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CUCCHI ET SES COMPAGNONS

Pendant que les Gairoli versaient leur sang pour la patrie, que faisaient à Rome Cacchi et ses compagnons, nobles patriotes de Rome et des provinces qui s*étaient dévoués au service de la liberté ?

Gucchi de Bergame était un des hommes les plus excellents, les plus parâdts, que la révolution donna à ritalie. Jeune, riche, beau, il appartenait à une des premières fieunilles de Lombardie.

Autour de lui se pressaient Guerzoni, Bassi, Adamoli, et tant d'autres qui méprisaient les tortures de l'inquisition et tous les dangers, et qui se dévouaient à rinsuirection romaine sous le commandement immédiat de rintrépide habitant de Bergame.

Le malheureux peuple romain recevait avec reconnaissance et respect les ordres de ces jeunes braves : il demanda des armes.

De toutes les villes d'Italie on expédia des armes pour les volontaires de Rome, mais le gouvernement de Florence» habile dans Tart de la rase sous toutes les formes, prit des mesures pour arrêter ces envois. Fort peu d'armes arrivèrent aux Romains.

Si encore cette trahison avait été la seule I

Hélas I elle a été la moindre. N'y avait-il pas cette promesse tacite qu'aux premiers coups de feu l'armée italienne campée sur la frontière volerait au secours de Rome ?

Rome et ses héroïques amis furent trompés par ces &UX semblants «t ces menées sous main.

Les coups de feu furent tirés, mais il ne vint aucun secoui's d'Italie I

Pauvres Romains I Ils combattaient dans les rues avec de pitoyables armes contre une force considérable de troupes supérieurement armées, derrière lesquelles se trouvaient les prêtres, les moines et la police.

Ils réussirent à faire sauter une caserne de zouaves et se défendaient avec leurs couteaux pour seule arme contre les chassepots des mercenaires.

Nos vieux amis Attilio, Muzîo, Orazio, Silvio et Gasparo s'étaient réunis dans le Transitevère avec tous ceux des Trois-Cents que la police avait épargnés. Le gouvernement paternel de Rome arrêta pendant ce dernier mouvement dix mille patriotes, à ce qu'on dit. Le peuple conduit par d'habiles chefs fit son devoir. Plusieurs des vieilles carabines qui avaient servi dans la campagne romaine reparurent dans la ville aux mains d'Orazio et de ses compagnons, et furent des auxiliaires efficaces aux couteaux des Transtevérins.

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La ville accablée de chaînes se souleva aussi bien qu*cllo put Le déseâpoir lui faisait inventer des armes. Des fenêtres des maisons on lançait sur lea détachements de carabiniers» de zouaves, de diagons, qui parcouraient les rues, des tuiles, des ustensiles de cuisine, mille autres objets ; le 4 poignards des libéraux en tuèrent un bon nombre, les espingoles, les vieilles armes à feu en blessèrent plus encore. Ces troupes prirent la fuite depuis la Lungara jusqu'au pont Saint- Ange. Elles voulurent le traverser malgré la défense despapalins.

Ce pont était gardé par une batterie d^arilllêrié et tout un Friment de zouaves.

Les fuyards et ceux qui les poursuivaient s'engagèrent en même temps sur le pont. Lorsqu'il fut couvert â*une foule compacte, lé commandant des dèricauœ commanda le feu sur toute la ligne et à la batterie. Une seconde après, le pont' offrait le spectacle d'une horrible boucherie de Romains et de mercenaires.

Qu'importait au pape la vie de ceux qù*il achetait ? L'argent des traîtres à Tltalie ne lui permettrâit-lt pas d'acheter de nouveaux mercenaires t L'importaiit était de tuer le plus grand nonibre possible de ses enfants romains. . '" '

Ils furent nombreux ceux des rebelles qui payèrent de leur sang leur audace en s'engageànt sur ce pont* Nombreux, hélas ! Dans son enthousiasme, trois fois le peuple essaya de remporter le pont ; trois fois if fut repoussé par une décharge d*artillerie et le feu de la ligne.

Nos cinq amis combattirent comme des lions à cet

épouvantable assaut. Lorsqu'ils eurent épuisé leurs munitions, ils brisèrent leurs armes sur la tête des soldats du pape et ils ramassèrent les armes des morts. Ce furent eux qui trois fois entraînèrent le peuple et l'excitèrent à des actes d'héroïsme.

La tâche était au-dessus des forces humaines.

Gasparo, le vénérable prince do la forêt, fut frappé le premier.

Il tomba avec le stoïcisme qu'il avait déployé durant toute son existence, le sourire sur les lèvres, heureux de donner sa vie pour la sainte cause de la patrie et pour la cause de l'humanité.

Un éclat de bombe l'avait atteint au-dessus du cœur. Sa mort glorieuse fut instantanée, sans souffrance.

Sllvio tomba a côté de lui, les deux jambes brisées.

Orazio eut l'oreille gauche emportée, et Muzio luimême aurait été tué sans une montre (présent de Julia) qu'il portait sur la poitrine.

La montre fut brisie, écrasée par la balle. Il en fut quitte pour une contusion.

Âttilio fut légèrement touché par trois balles.

La boucherie du peuple était si affreuse, le no:iibre des tués si considérable, qu'après le troisième cchec les braves insurgés furent forcés de battre en retraite.

Orazio porta Silvio jusqu'à la maison la p!us rapprochée du pont, où il succomba.

Les autres blessés furent massacrés par la solda- ' tesque.

Bien des personnes sa is armes, bien àes femmes, bien des enfants partagèrent le sort des blesses.

Loi instincts bons et nobles de la classe ouvrière se

font jour dans les moments de révolution. A cette heure solennelle, l'ouvrier défendra la propriété de son patron Jamais il ne s'avilira en le volant. Et s'il prend les armes, il épargne les vies de ceux qui sont sans défense et de ceux qui se rendent. Il aurait horreur de tuer avec le cynisme du mercenaire. Lui qui était si patient, combat comme un lion, seul contre dix.

Dans la Lungara, il y a une grande manu&ctore de laine qui emploie un nombre considérable d'ouvriers. La plupart d'entre eux s'étaient joints aux insurgés. Les plus âgés restaient pour garder l'établissement.

Quand ces braves vieux artisans virent le peuple et leurs camarades poursuivis par la horde de mercenaires, ils ouvrirent les portes de la manu£su^ture pour donner refuge aux fuyards ou tout au moins à quelquesuns d'entre eux, et s'emparèrent de haches, de barres de fer et de tout autre instrument qui put leur servir d*armes offensives ou défensives contre la gendarmerie et les étrangers.

Il s'ensuivit un tumulte indescriptible à l'entrée de la flEibrique. L'avantage resta d'abord aux honnêtes gens ; plus d'un papalin eut le crâne brisé. Enfin les assaillants se réfugièrent vis-à-vis dans les maisons ; et les assiégés, après avoir élevé une barricade derrière la porte principale, se préparèrent à une nouvelle bataille.

Orazio et les deux: survivants de ses amis furent les premiers dans la mêlée, ils combattirent avec acharnement. Les ouvriers aussi bien que les insurgés, encouragés par leurs chefs, s'étaient comportés avec la plus grande valeur. — Mais les munitions manquaient et

des détachements de merceiiaires venaient renforcer le camp ennemi.

La nuit, cependant, favorisa les enfants de la liberté. Malgré le manque absolu de munitions de guerre» ils surent encore se tenir sur la défensive.

Il était sept heures du soir, quand les insurgés cessèrent le feu, et quand une division papaline commença rassaut. Elle s'attaqua d'abord à la grande porte que les ouvriers avaient admirablement barricadée.

Orazio et Muzio, armés chacun d'une hache, couru* rent à ce poste. Ils s'entourèrent des plus jeunes et des plus hardis Romains de leur bande et se préparèrent à une résistance désespérée et à vendre chèrement leur vie.

Attilio avait entrepris de défendre la seconde porte, qui ne tarderait pas à être attaquée comme la première. Restaient plusieurs entrées de derrière. Il les verrouilla aussi bien qu'il put, et après avoir placé un grand nombre d'ouvriers aux fenêtres de la fabrique, ' d'où ils devaient jeter sur la tète des assaillants tout ce qu'ils trouveraient sous la main, il retourna au poste le plus dangereux. Pour toute arme, il avait le sabre d'un gendarme qu'il avait tué dans la journée.

La manufacture présentait à ce moment un triste spectacle. Dans un coin de la grande cour étaient entassés les corps des courageux citoyens morts pendant l'attaque. Des blessés étaient étendus dans les autres angles de cette même cour et dans des chambres du rez-de-chaussée. Pas un gémissement ne sortait de la poitrine de ces héroïques fils du peuple.

Dans un grand salon qui s'étendait à gauche de la

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principale entrée, une immense table était chargée de bandages, de ouate, de linge de toute es[)èce, en un mot de tout ce que la maison avait pu fournir pour le |iansement des blessés. Un candélabre éclairait cette vaste pièce.

Sous la table était un baquet d*eau, la chose la plus utile pour adoucir les souflrances des malheureux blessés. La pire de leurs tortures est une soif ardente, Inextinguible.

Cet hôpital improvisé avait pour sœurs de charité nos trois héroïnes, Clélie, Julia et Irène. Avec qu'elle douceur, quel courage et quelle intelligence, elles prodiguaient leurs soins à tous ces infortunés !

Camille, ignorante encore du sort de Silvio, les aidait machinalement. Sa figure portait toujours les traces de ses malheurs liasses.

Ce sont elles, les trois nobles femmes, qui avaieiit, dès le commencement de Tattaque du pont, fait tous ces préparatifs pour recevoir et soigner les blessés. La manufacture leur offrait, sous ce rapport, [ lus de ressources que tout autre endroit. Elles ne se doutaient pas alors de la bataille qui se livrerait dans ses murs mêmes et qui ren;lrait plus urgents encore leur dévoueme..t et leurs soins.

Elles s'étaient adjoint comme aides plusieurs lemmes du pe pie...

— Eh bien ! prince de la Campanie, dit Attilio à Orazio, nous avons vu bien des luttes, mais celle-ci me parait devoir être la plus sérieuse do toutes. Ce qui me console, c'est que les Romains paraissent se sou- ^enir des anciens temps. Voyez-les ! Aucun d'eux ne

pâlit. Tous sont prêts à affronter la mort, quelle qu^clle soit.

— Loin d'être tristes ou accablés, répondit O.azio, ils rient, plaisantent, et sont aussi j03'eux que s'ils partaient pour une partie de plaisir, que s'ils allaient au Foro vider une feuillette.

— Nous avons encore du vin ! s'écria Orazio. Passons un verre d'orviéto à tous ces braves camarades.

Lorsqu'ils se furent tous rafraîchis par quelques gorgées de cet excellent cordial, le cri solennel de « viva ritalia ! » retentit comme la foudre dans les rangs serrés de ces défenseurs de Rome préparés au dernier combat.

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