CHAPITRE LXV
LR8 MONTIOIANI
Pendant que le Transtevère était le théâtre de la latte que noua avons rapportée, les Montigiani, conduits par Cuccbi, Cuorzoni, Bassi, Adamoli et d'autres braves, ne restaient pas inactifs.
L'explosion de la mine creusée sous la caserne des zouaves était le signal du soulèvement. Us marchèrent alors animés d'un indomptable courage avec tous les Jeunes gens qulls avaient pu réunir.
La mine cependant avait causé peu de dommages. Elle avait été mal creusée ou la quantité de poudre était insuffisante. Mais le désordre, l'efiroi qui suivirent furent sans bornes. Agents et mercenaires prenaient la fuite. Un grand nombre d'entre eux furent désarmés par le peuple, ou tués s'ils résistaient.
Les Journaux cléricaux ou ceux du gouvernement — ce qui est à peu près la même chose, — annoncé-
rent que la musique des zouaves, composée d'Italiens, avait sauté avec la caserne, et que les étrangers, recommandés particulièrement aux prières de Sa Sainteté, avaient été miraculeusement sauvés.
Les Italiens, il est vrai, n'ont pas la bonne fortune d'être recommandés aux prières, mais il est bon de rétablir les &its. Les voici :
Un très-petit nombre de mercenaires périrent. Les autres avaient quitté la caserne et avaient ouvert un feu des plus Vifs contre le peuple.
Gucchi, ses lieutenants Bassi et Adamoli, suivis de leur intrépide colonne de jeunes Romains, se précipitèrent avec fureur sur les étrangers.
Ce fut un combat corps à corps entre des hommes pour la plupart désarmés et des soldats parfaitement dressés auxquels ils s'efforçaient d'arracher leurs armes.
Le nombre des mercenaires était écrasant. L'or et Taide de Bonaparte avaient été tout-puissants. Un nombre considérable de soldats français s'était assemblé depuis longtemps à Civita-Vecchia, sous le titre de zouaves pontificaux, et attendait le moment propice pour marcher sur Rome.
Les jésuites et les réactionnaires avaient de leur côté fourni, de tous les coins du monde, d'immenses ressources au pape. Un grand nombre de fanatiques, de prêtres, de moines (1) cachés sous l'uniforme des mer-
<1) On en dëconvrit plntieurs an Monte-Rotondo, parmi les zouaves faits prisonniers par GaribaldL
oenaires, grossissaient les rangs do l*armée pontificale et excitaient les troup3s au carnage, leur promettant pour récompense les gloires du ciel, les richesses de la terre et tout co qu'ils pourraient désirer.
Pauvre peuple romain !
Mais qui pouvons-nous compter sous cette dénomination de peuple romain ?
Quand on a fait abstraction de toute la partie cléricale de la population, du pape, des cardinaux, des évêques, des prêtres, des religieux de tous pa^'s assemblés à Rome, de leurs servantes, de leui*s cuisinières, de leurs cochers, de tous les parents de leurs serviteurs et d'une considérable portion de la classe ouvrière vivant sous leur dépendance, — que reste-t-il ?
Ceux qui restent et qui sont dignes du titre de peuple romain, sont quelques honnêtes familles bourgeoises, quelques bateliers, quelques lazzaroni.
Dans les campagnes, où l'ignorance est soigneusement entretenue par les prêtres, ils sont plus puissants encore. Le peuple marche de concert avec le clergé, surtout dans la Campanie, où tous les propriétaires sont, soit des prêtres, soit leurs alliés.
Mais revenons à la triste journée du 23 octobre.
Pendant que Cucchi et ses braves soutenaient ce combat héroïque et inégal en dehors des casernes des zouaves, Guerzoni et Castellazzi, à la tête de quelques jeunes gens, avaient forcé la porte de San*Paola, désarmé les gardes, et étaient entrés dans la cour, où devait se trouver un dépôt d'armes.
Les armes s'y trouvaient bien, mais elles étaient
gardées par un fort détachement de troupes papalines et de police.
Nos jeunes braves soutinrent un nouveau combat terrible et inégal. Ils durent se replier, poursuivis par les soldats furieux.