LE PASSAGE SOUTERRAIN
Parmi les quelques ouvriers survivant au teriible assaut se trouvait un vieillard qui écoutait avec attention la conversation des deux jeunes chefs.
— Courage, seigneurs ! leur dit-il, si vous voulez vous retirer dlci et sauver les femmes, je sais un passage qui vous conduira hors de tout danger.
Ces paroles firent renaître Tespérance dans Tâme des deux amis. Au moins ils pourraient sauver leurs femmes!
Il n'y avait pas une minute à perdre, car l'ennemi se préparait à une nouvelle attaque qui serait la dernière.
Elles n'étaient pas loin, les deux jeunes femmes ! Muzio s'approcha d'elles et obtint la promesse qu'elle] se réfugieraient avec le vieux Dentato et Jacques dans le passage souterrain, que les infirmières les suivraient,
LA DOiMINATION DU MOINE 377
qu'eux-mêmes ne tardoraicnt pas a venir les rejoindre.
Er. les blessés? — Atlilio s'en occupait et réunissait tous ceux qui pouvaient se traîner encore pour les envoyer avec Julia et Clélie dans le souterrain.
S'il y a une circonstance déchirante et horrible dans les boucheries que les hommes appellent « batailles, » c'est l'abandon des blessés en cas de fuite.
Les infortunés I En un iastint, les figures tendres des amis et des frères, de ceux qui vous soignaient avec tant d'affection, disparaîtront pour être remplacées par les visages triomphants, révoltants, horribles des mercenaires. Envisageant les choses au mieux, ils se contenteront d'être brutaux, mais plus souvent ils,^ront cruels et tremperont leurs ignobles baïonnettes dans le sang précieux des martyrs. Les infâmes I qui, si souvent, ont reculé ! auxquels vous avez trop souvent fait grâce de la \h !
Ils oublient qu'ils nous doivent leur existence, ces êtres soutenus par 20,000 soldats du Deux-Décembre I
A San-Antonio, en Amérique, les Italiens combattirent contre les soldats du despotisme. Un gmnd nombre d'entre eux furent blessés. Tous furent emportés soit sur des chevaux , soit sur les épaules de leurs frères d'armes. Pas un seul ne fut laissé vivant sur le champ de bataille pour tomber à la merci des cannibales de Rosa ' .
1. Un mallieureux, dont Tétat ne laissait aucun espoir, fut achevé pour ne pas demeurer entre les mains des ennemis, qui tranchaient la tète à tous les blessés quMs trouvaient respirant encore sur le champ de bataille. Ce lait est triste, mais il est véridique.
Les mercenaires du gouvernement papal ne sont pas moins cruels. Après la glorieuse journée du 25 octobre, i Monte-RotondOy trois blessés attendaient l'escorte qui devait les conduire à Terni, quand arrivèrent les soldats du pape. Dignes successeurs des inquisiteurs, ils s'amusèrent i fkire périr nos infortunés compagnons en les perçant de leurs baïonnettes et en les frappant avec la crosse de leurs fusils ^
Italiens ! n'abandonnez jamais vos blessés à vos ennemis I C'est un spectacle trop déchirant I Si on ne les tue pas, ils seront Tobjet de la risée de ceux qui ne savent qu'outrager l'Italie.
Attilio et Mu2io, épuisés de &tigue, blessés euxmdmes, ne voulurent pas laisser aux insultes et au fer des soldats leurs camarades mis hors de service.
Dans la partie la plus basse de la manufacture, au fond d'une immense buanderie destinée au lavage des laines, se trouvait une porte en chêne massif. Elle semblait conduire au canal qui fournissait au lavoir les eaux du Tibre. Le canal existait bien, mais la porte en question n'y conduisait pas uniquement. Elle ouvrait sur un passage qui menait aux catacombes, après avoir passé un pont jeté sur ledit canal.
Le défilé de femmes, de blessés et de ceux des ouvriers qui soutenaient les blessés s'engagea dans ce souterrain.
Pendant ce temps, l'ennemi faisait un dernier et terrible assaut de la barricade. Attilio et Muzio, avec