‹ La double mépriseChapitre 45 sur 61 · C'est la manière la plus générale de s'asseoir · texte numérisé non relu

C'est la manière la plus générale de s'asseoir

a mis un qnarlifer d'agneau dans son sac, et, ayant poussé sa porte % il s'en vint dans la montagne de Vorgoraz.

Et les balles que lançaient les pobratimi allaient toujours frapper le cœur des ennemis ; et nul homme, si fort, si leste qu'il fût, n'eût osé leur tenir tête.

Aussi, ils ont pris des chèvres et des chevreaux, des armes précieuses, de riches étoffes et de l'argent monnayé, ils ont pris aussi une belle femme turque.

Des chèvres et des chevreaux, des armes et des étoffes, Jean Lubovich a pris une moitié, et Cyrille Zborr l'autre moitié ; mais la femme, ils ne pofuvaieut la diviser.

Et tous deux voulaient l'emmener datis leur pays,

1. Ce peu de mots exprime assez bien les préparatifs de guerre d'uh Merlaque.

car ils aimaient tous deux cette femme : de sorte qu'ils se querellèrent pour la première fois de leur vie.

Mais Jean Lubovich dit ; « — Nous avons bu de l'eau-de-vie et nous ne savons ce que nous faisons : demain matin nous parlerons de cette affaire avec tranquillité... » Alors ils se sont couchés sur la inême natte, et ils oiit dormi jusqu'au matin.

Cyrille Zborr fut le premier qui s'éveilla, et il poussa Jean Lubovich pour le faire lever. « — Maintenant que tu es sobre, veux-tu me donner celte femme? » Mais Jean Lubovich n'a pas répondu, et il s'est assis, et des larmes coulaient de ses yetit noirs.

Alors Cyrille s'est assis de son côté, et il regardait tantôt l'esclave turque et tantôt son ami, et il regardait quelquefois le hanzar qui était à sa ceinture.

Or les jeunes gens qui étaient venus à la guerre avec eux se disaient : « — Qu'arrivera-t-il ? deux pebratimi rompront-ils l'amitié qu'ils se sont jurée à l'église ? j

Quand ils furent restés assis pendant longtemps, ils se levèrent à la fois, et Jean Lubovich a pris la main droite de l'esclave, et Cyrille Zborr sa main gauche.

Et des larmes coulaient de leurs yeux, grosses comme des gouttes de pluie d'orage. Soudain ils ont tiré leurs hanzars, et en même temps ils les ont plongés dans le sein de l'esclave.

« — Périsse l'infidèle plutôt que notre amitié ! » Alors ils se sont serré la main, et jamais ils ne cessèrent de s'aimer.

Cette belle chanson a été faite par Etienne Chipila, le jeune joueur de guzla.

HADAGNY^

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