‹ La double mépriseChapitre 58 sur 61 · Le Moaléaégro · texte numérisé non relu

Le Moaléaégro

— Trêve à vos vanteries, mes pauvres petites

sœurs!

» Ne me parlez pas de Vuk Brancovich ; ce n'est point un cavalier de renom. Ne me parlez pas de George Czernoevich; il n'est ni brave, ni fils de brave. Parlez de Milosch Kobilich, noble de Novi Pazar. C'est un brave, fils de brave, enfanté par une mère de l'Herzégowine *■ !

La femme de Brancovich s'en est irritée. De sa main, elle frappe Vukassava au visage. Elle la frappe légèrement, et le sang lui jaillit du nez*.

La jeune Vukassava saute en pieds, et, toute en larmes, rentre dans son blanc palais. Elle appelle en pleurant Milosch, et lui dit avec calme :

— Si tu savais, mon cher seigneur, ce que dit la femme de Brancovich ! que tu n'es pas noble fils de noble, mais vaurien (ils de vaurien. Encore, elle se vante, la femme de Brancovich, et dit que tu n'oserais paraître en champ clos en face de son seigneur Brancovich, car tu n'es pas brave de la main droite.

Ces paroles sont amères à Milosch. Il saute sur

1. Milosch était en réalité d'une naissance obscure, et n» devait son élévation qu'à ses exploits.

2. Suivant quelques auteurs, ce fut Vukassava qui frappa Marie.

ses pieds de brave; il s'élance sur son cheval de bataille, et appelle Vuk Brancovich.

— Ami Vuk Brancovich, si une mère t'a enfanté, sors, viens avec moi au champ des braves, pour que nous voyions qui de nous deux est le plus vaillant.

Vuk n'a pu se dédire. Il s'élance sur son cheval de bataille et sort sur la plaine unie ; il entre au champ des joutes*.

Là ils se heurtent de leurs lances de bataille, mais les lances de bataille volent en éclats. Ils tirèrent leurs sabres suspendus à leur côté, mais les sabres se cassèrent aussi.

Alors ils se frappèrent de leurs pesantes masses, et les plumes* des masses s'envolèrent. Le sort favorisa Milosch : il désarma Vuk Brancovich.

Milosch Kobilich a dit :"

— Vante-toi maintenant, ô Vuk Brancovich! Va te vanter à ta fidèle épouse. Dis-lui que je n'ose jouter avec toi. Je puis te tuer, ô Vuk! je puis habiller de noir ton épouse chérie. Mais je ne te tuerai pas, car nous sommes amis. Va-t'en avec Dieu, mais ne te vante plus.

Peu de temps s'est passé, et les Turcs viennent

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