‹ La double mission de Jeanne d'ArcChapitre 3 sur 7 · DE JEANNE I» ARC · texte numérisé non relu

DE JEANNE I» ARC

!(•■> bénédictions ou les châtiments, suivant <|u elles s ( > 1 1 1 fidèles ou rebelles à sa loi. L'Écriture sainte n'est guère dans sa partie historique que la magnifique affirmation <le cette souveraineté el de cette |»!o\ idence divines sur tous les empires.

Puisque les peuples dépendent ainsi du Cr Leurentanl que peuples, ils «loi \ ci il reconnaître son autorité en tant que peuples. Il ne suffirai! donc p que tous les membros d'une société, pris individuellement, fussent très bonsel très pieux : ils doivent encore s'unir pour rendre à Dieu un culte public, social, national, pour faire monter vers Dieu une prière publique, sociale, nationale, pour lin chanter après leurs triomphes un Te Deum public, social, national, pour se frapper la poitrine après leurs fautes dans un mea culpa public, social, national. I ne société <>ù l'on prie n'a pas rempli i oui son devoir; ce que Dieu veut, c'est une Bociété qui prie.

.Mais cela même ne suffit pas. Les peuples ne doivent pas seulement adorer le Dieu Créateur, ils doivent le même culte au Dieu Rédempteur, à Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui les a tous saui au prix de son Ban g. lai montrant les nations à son Fils, Dieu lui «hi : « Je le les donne en héritage : I ><i/jo i i/j> génies hcereditatem tuant. » Et

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en présentanl son Kils au\ nations, il leur répète la parole (juc Pilate adressait aux Juifs : « \ oici \ <>i re Roi : Ecce rex vester. »

Toute société doit ôi re une théocratie chrétienne, non pas certes dans ce sens que ses chefs politiques doivent être des prêtres, des pontifes, m dans ce sens que ces chefs politiques, Laïques, doivent être des hommes profondément religieux; que, tout en gardant leur indépendance absolue, plénièro, dans le domaine des intérêts matériels, ils soient soumis dans le domaine delà conscience à la loi de Dieu, qui est le Décalogue, ei à la loi de Jésus-Christ, qui est l'Évangile ; qu'ils aient à cœur de porter leurs sujets ou leurs concitoyens vers le bien, et par conséquent vers Dieu et son Christ, et d'exercer ainsi une sorte de sacerdoce magnifique entre le ciel et le peuple qu'ils ont l'honneur de gouverner.

Et il n' va rien là, entendez-le bien, ô hommes de cette génération toujours inquiets et jaloux «lices droits que vous tenez cependant de Dieu, il n'y a rien qui doive alarmer les sociétés laïques. Elles garderont la forme de gouvernement qui conviendra le mieux à leur tempérament national, elles seront république, démocratie, monarchie, royauté, empire, comme il leur plaira, sans que

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['Église ait ou songe à intervenir dans leur choix, parce que l'Eglise esl au-dessus de toutes les formes de gouvernement; mais elles resteront toujours sous La suzeraineté transcendante de Majesté No! re Seigneur Jésus-( ihrist .

Et, dans cette suzeraineté j il n'y a rien non plue (jni doive porter ombrage aui chefs d'Etal eus mêmes. 1^ roi Jésus, qui règne au ciel el <|ui distribue 1rs couronne ne songe pas à leur disputer leurs couronnes périssables <>u leur pouvoir d'un jour, j»;is plus qu'autrefois, petit enfant de Bethléem, il ne songeait à renverser le trône d'Hérode : Non eripit mortalia (jui régna dat cœlestia. Au contraire, son nom rendra leur autorité plus sacrée aux yeux de leurs peuples, H les délivrera peut-être de ce cauchemar «les révolutions et de l'anarchisme qui agite aujourd'hui aussi bien les républiques que les monarchies.

Ainsi. Messieurs, tous les peuples doivent reconnaître Jésus-Christ pour leur roi : ce n'est p seulement pour eus le devoir, c'est la condition de la pais h de la prospérité.

Toutefois ce n'est pas dans ce sens général, c'est à un titre bien plus particulier h I »i« ■ i i plus intime

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que l;i France doit être !<■ royaume «lu Christ. Ce n'est pas moi qui le dis : ce n'est même pas Jeanne qui l'a Imaginé. C'esl un pape, Grégoire IX. qui l'écrivait à saint Louis. « De même, lui disait-il, que jadis la tribu de Juda lui choisie entre toutes les autres pour combattre l'idolâtrie ci terrasser les ennemis de Dieu, de môme, dans le Nouveau Testament, le peuple franc est entre t<>n> les peuples de la terre, prœ cœterls terrarum populis, le peuple élu do Jésus -Christ, chargé de la mission de faire respecter la justice et la liberté de son Église. »

La première parmi les nations modernes, la France a entendu la grande parole : « Voici votre Roi ! Ecce Rex veslerî » Dieu la lui disait, par la voix de ces vénérables évoques, les Irénée, les Denys, les Hilaire, les Martin, qui, parcouru ni les campagnes et les municipes de la Gaule romaine, apprenaient à nos pères à transformer la pierre des dolmens en pierre d'autels et à se tailler des crucifix dans les vieux chênes druidiques, et leur répétaient sans cesse en leur montrant le Christ: « Voici votre Roi ! » Plus tard, c'est la Parisienne Geneviève qui dit aux lils de Mérovée sauvés par elle : « Voici votre Sauveur, votre Roi ! » Bientôt après, c'est la reine Clotilde

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qui ilii à son farouche épouji en lui désignant le grand Couronne d'épines : Voici i<>n Roi I Enfin un jour, un beau jour, c esl la \ ictoire, plus écoutée que les reines, qui sur le champ de Tolbiac crie dans les étendards Francs : o Voici votre Roi, c'est lui uui m'a envoyée vous couronner. »

Les Francs comprirent et acceptèrent cette \ ocation de peuple élu il»' Jésus-Christ. Ils comprirent que. ni le Dieu de Clotilde avait été les chercher au milieu d'une bataille et les avait conduits à Reims sans leur donner le temps de déposer leur casque et d'essuyer leur épée sanglante, c'était pour leur dire qu'il les prenait comme soldats à son service, que leur christianisme devait être batailleur, leur cretht conquérant et que cette épée, baptisée dans le sacrement d'une victoire surnaturelle, devrait être désormais la grande épée «le lachrétienté. \ quoi virent-ils et comment conclurent-ils tout cela ? .le ue Bais. A quoi et comment des petits enfants reconnaissent-ils parfois avec une irrésistible évidence qu'ils seront un jour les prêt i'es il u Très-Haut ? Les grandes vocations sont comme les instincts, antérieures et réfractaires à l'analyse, claires comme le jour, lumière de Dieu. Telle fui la \ ocat ion de la Fram

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Voyez-vous ces guerriers chevelus, à la figure tailladée d'estafilades, à l'œil rêveur, encore plein de l'ombre des forêts germaniques, qui écoutent debout, la lance au poing, le blanc vieillard Rémi leur racontant la Passion de Jésus? Il- sentent leur cœur frémir dans leur poitrine et la lance dans leurs mains ; el le jeune et brillant barbare, leur chef, ému comme eux, s'écrie : « Ah ! que n'étais-je là avec mes Francs ! »

Frémissement des lances, frémissement sacré des cœurs! C'est la France «-n qui s'éveille la vocation chevaleresque et chrétienne^ c est la nation dont le cœur ouvert à toutes les pi lies et le cerveau splendidement fermé à toutes les injustices ne comprendront jamais que, s'il s'élève quelque plainte d'opprimés et se commet quelque vilenie dans le monde, cela ne la regarde pas ; c'est celle qui s'en ira batailler sous tous les cieux pour assurer au Christ, ici un trône pontifical respecté, là un sépulcre glorieux, et partout, si c'était possible, un berceau de foi et d'amour dans l'âme des peuples convertis par ses fils. C'est bien là ce que vous vouliez dire, n'est-ce pas, ù nos vieux pères ? c'est bien là rengagement solennel que vous preniez, lorsque, dans les illuminations de votre première nuit de Noël, la chevelure encore

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ruisselante <!<' l'eau baptismale, \ « ms vous écriiez: \ i\ e le ( Ihrist qui aime les Francs !

■Wec cet instinct des mères qui devinent aux moindres indices la vocation de leurs enfants, l'Église pressentil ce qu'elle devait attendre de sa fille aînée, et parla plume de sainl A\ii. évoque de Vienne, elle écrivit nu royal néophyte de Reims : « Une nouvelle lumière a brillé sur 1 Occidonl : l;i Noël «lu Seigneur devient la Noël des Francs. Cette nuit B'est écoulée pour nous pleine • If votre pensée, et nous Buh i<>n> en esprit chaque détail «le la cérémonie sainte. Vous ries l<' soleil (|ui vivifie ei réjouit les catholiques 'lu monde entier. »

Quelques années plus tard, Grégoire «le Tours exprimait encore la pensée «le l'Église quand il écrivait que le peuple franc était l'exécuteur des grandes œuvres, 'l«'^ Gestes de Dieu par I.- moi nie : Gesta Dei per Francos.

« () Francs ! s'écriait l<- pape Etienne II. vous qui secourez tous ceux qui vous implorent, combien plus devez-vous défendre la sainte Église «le Dieu ! o Francs! 'If toutes les nations qui sont s<>u> le soleil il est avéré que la vôtre est la plu^ dévouée à L'apôtre suint Pierre.

Et voyez comme, dès l'origine, les Francs

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répondent au pressentiment et aux appels <!<•

I Eglise. A la place des [>h;i risiens déicides qui ne sont plus là pour éprouver la vigueur des lam franques, il y a les Ariens qui crucifient le Christ avec des textes de mensonge. Ah ! Clovis, ceux-là tu peux les atteindre ! « Il m'ennuie, dit-il un jour à ses soldais, il m'ennuie do voir ces hérétiques occuper les plus belles provinces des Gaules. En avant, avec l'aide de Dieu ! » Et il marche contre l'arianisme qu'il écrase à Vouillé. Ennui d<- Clovis, ennui des Francs écœurés de voir triompher le mensonge, ennui superbe et sacré, c'est encore la vocation qui gronde au cœur delà France.

Un galop de chevaux arabes à l'horizon. Des cimeterres de Damas qui étincellent. Mahomet, voici Mahomet ! Crois ou meurs ! Le Christ va être égorgé, le Christ se plaint et appelle au secours. A cette vue, Charles Martel bondit. A moi, les Francs ! A moi, Tépée de Clovis î Champs de Poitiers. Victoire î Mahomet mord la poussière.

0 vocation de la France !

Une brèche dans les murs de Rome. Astolphe et Didier dans le palais des Papes. Le Vicaire du Christ asservi, le Christ prisonnier. C'en est trop. Pépin et Charlemagne franchissent les Alpes.

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