‹ La double mission de Jeanne d'ArcChapitre 5 sur 7 · LA D<)( BLE MISSION · texte numérisé non relu

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amour pour se rattacher le cœur de la France el pour faire son bonheurî N'était-ce pas l'idée même de Tétendard de Jeanne d'Arc revenanl du Ciel sous une forme plus tendre el plus glorieuse encore pour notre pays ? Oh ! plaise à Dieu que la chère patrie réponde enfin de nos jours à ce vœu de son Roi ! Plaise à Dieu que le splendide mouvement d'opinion qui commence à tourner les prits vers ce grand devoir national aille toujours croissant, devienne irrésistible ef fixe enfin à lout jamais la victoire dans nos drapeaux avec l'emblème infiniment sacré du Cœur de Dieu !

Ce ne sera qu'une tardive réparation : car plus les siècles marchent et plus nous semblons oublier le programme de Jeanne. A la grande Révolution, l'abandon devint officiel; un vent de folie passa sur la France et de là sur le monde. Les peuples frémirent et firent des rêves insensés pour détruire la puissance de Dieu et de son Christ. En vain tous nos bons saints français criaient-ils éperdus du haut du ciel à leur chère patrie égarée : « Voici ton Roi ! Ecce Rex vester », elle répondait en mettant Jésus hors la loi, en s'écriant : « Nolumus hune regnare super nos : Nous ne voulons pas qu'il règne sur nous. Toile! Toile! » Et le toile montait, montait de plus en plus for-

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cent', renversant les crucifix, mutilant les statues il<^ saints, démolissant les superbes vieilles cathédrales où avaient pleuré les aïeux. Et il retentit encore de nos jours I»' toile maudit. Des hommes < j 1 1 i font plus de mal à noire pays que mlui en firent jamais les \\\ g] tis ont juré <!<• détrôner le Christ. Ils en ont presque fait un pauvre roi <1<" Bourges; ils ne lui ont laissé que le cœur de son royaume, le cœur d'une élite. Us voudraient l'enfermer dans l'intérieur de ses églises, détruire ses églises, H entourer nos libertés chrétiennes de bastilles plus odieuses que celles d'où l'Anglais insultait ( Orléans.

Tant d'impiété nous a été fatale. Toutes poignantes horreurs qui ensanglantèrent I»- siècle • le la Pu celle, nous les avons connues et vécues Nous avons <'n. nous aussi, la grande angoisse de voir notre chère armée, malgré son courage héroïque, forcée de reculer devant l'invasion du nombre. Nous avons eu notre Axincourt.

Et, comme si ce n'était pas assez de la guerre étrangère, des malheureux ont donné aux ennemis couronnant les hauteurs voisines de la capitale, ce spectacle gratuit : un grand fleuve de flammes H * 1 * * pétrole coulant près du vieux fleuve parisien roulant di calcinés, dans !<•

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décor des rives sanglantes, des monuments fumants, sous le crépitement des fusillades fratricides.

Ah! nos pères du quinzième siècle onl du moins connu les joies de La revanche, et salué le retour de la paix et de La concorde nationales, mais nous, ô mon Dieu ! nous avons encore au front la j>àle terreur des sombres avenirs et nous portons au bras le crêpe d'un double deuil inconsolé Kl sur nos grandes routes militaires, les plui ♦ -^ et les neiges de trente hivers n'ont pas encore lavé la tache de votre sang, ô nos pauvres soldais de l'année terrible.

O France, o ma douce et bien-aimée France, c'est parce que je t'aime du plus profond de mon cœur que je parle ainsi de tes fautes et de tes malheurs. C'est à genoux et avec un immense et douloureux respect, pauvre mère égarée, que je t'adjure de revenir au Christ, ton roi. Ace prix seulement tu verras se refermer tes blessures. A ce prix tu seras non seulement la plus glorieuse parmi les nations, mais encore la seule immortelle.

Qu'ai-je dit, Messieurs ? j ai parlé d'immortalité. Et cependant, je le sais, on n'admet plus

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guère aujourd'hui cette i<lt'<' d'une nation immortelle. IMus que jamais <!•' nos jours, après tan! d'illustres décadences de peuples, on esl frappé de ce grand spectacle, <l<»ni la hantise a eu souvent inspiré l<' génie de Bossuet, des empires qui s'entre-choquent el se détruisent, des <l\ nasties qui

«croulent el des nations qui meurent. < > r » en tire une lui. Les peuples puissants s'élèvenl peu à peu jusqu'à 1 1 t i poinl culminant, puis un jour, reprenant en sens inverse La pente gravie jadis dans un crescendo d'enthousiasme • •( <l«i gloire, ils gbssent, glissenl insensiblement jusqu'à ce qu'ils disparaissent dans l'abîme, <1 <>ù ne monte plus que la mélancolie des p panda sou> enirs.

El l'on applique cette loi à la France, el ses ennemis Burtoul croient v lire son mane, thecel, phares, g Bile est bien vieille, dit-on, la na ion née à Tolbiac : «'ll<' va mourir, a <>n veut bien encore respecter sa vieillesse, qui garde quelque verdeur el iif Laisse pas d'être redoutable, mais on se partage à L'avance son héritage. Les uns auront ses belles provinces, Les autres ses riches colonii il autres enfin tendent Les bras par-dessus les mers pour recueillir de ses mains défaillantes le flambeau de la civilisation qu'elle a porté Bi haut el si loin, g Ne voyez-vous pas, s'écrient-ils, que La

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prospérité industrielle el commerciale L'abandonne et émigré vers nos rivages? Pauvre nation sentimentale et rêveuse! Elle va faire place à d'auti races plus jeunes, plus actives, mieux organisa pour les luttes économiques, qui décideronl dans l'avenir <le La prééminence des nations. »

J'avoue, en effet, Messieurs, qu'il y a là une loi d'airain. Mais ceux qui l'escomptent ainsi contre nous oublient une chose qui leur résen e peut-être quelque surprise : c'est qu'à toute loi il peut y avoir des exceptions et que Dieu a peut-être quelque raison d'en faire en notre faveur el de donner au monde le spectacle de ce fait anormal, unique, de ce miracle,, si l'on veut, d'une nation immortelle, montant la garde autour de l'Église immortelle !

Il faut, en effet, absolument qu'il y ait ici-bas une race éprise d'idéal, qui mette l'esprit au-dessus de la matière, le droit au-dessus de la force, qui, en face des brutalités de la politique mercantile et matérialiste, soutienne la politique idéaliste et chevaleresque ; i] le faut, ou c'en est fait du droit sur la terre; il faut une race qui reste toujours non par intérêt, mais par dévouement et par amour, l'apôtre de la vérité et le soldat de la foi, toujours prête à donner des croisés, des zouaves,

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des missonnaires, à parler, à lutter, à agoniser pour la justice : il le faut, ou o'esl à désespérer de ce i riste monde. S'il n \ a qu'une race < j u i puisse ou qui veuille remplir ce pôle, il faul conclure qu'elle es! nécessaire comme la justice qu'elle doit soutenir. A toi donc, ô la plus belle des nations, qui que tu sois, à toi l'immortalité politique.

Or, on ;i beau chercher par delà les océans el les grands 11 « m j \ « - ^ séparateurs, <>n ne voil pas encore poindre à l'horizon la nation qui sérail de taille el de cœur à s'acquitter de cette tâche. Apparemment, ce ne sonl pas celles qui font tant d'étal de la prospérité matérielle qu'on ne voil p trop quelle place \ reste encore à l'idéal, el qui entrent dans la voie des agrandissements par des conquêtes qui eussent chargé d'orages le Iront de saint Louis et de Jeanne d'Arc.

Il ne snflil jcis non plus, pour nOUS supplanter.

de prétendre protéger les chrétiens d'Orient, el d'afficher, par ambition, un dévouement de parade contre nature, <|ui ne tiendra pas contrôle temps et que le monde, pas plus que la papauté, ne prend an sérieux.

Ce n'esl pas ainsi que la France a entendu sa mission toutes les fois qu'elle l'a remplie. Elle

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ne calcule jamais ce que lui rapporteronl s< crifices pour la justice. Si elle se dévoue, c'esl parce qu'elle aime ! Ah ! une nation qui aime, c'esl chose belle, Messieurs, c'esl chose rare, si rare que j'ignore si cela s'esl vu deux fois. La France donne sou sanu : elle ne le rend pas; ou plutôt, elle se regarde comme bien payée de ses périls et de ses douleurs si une noble cause en sorl vengée.

0 vocation de la France !

Supprimez donc la fille aînée de l'Église. Qui soutiendra ridée ? Qui vengera le droit? Qui répandra des flots de sang- pour le Christ comme la race de Glovis aimait à le faire? « Je vois, écrivait Joseph deMaistre, en 1794, au moment où la Convention le jetait sans asile hors de son pays, je vois dans la destruction de la France le germe de deux siècles de massacre...., l'abrutissemeni

IRRÉPARABLE DE i/eSPÈCE HUMAINE et Hlèllie, Ce qu

vous étonnera beaucoup, une plaie mortelle pour la religion (1). »

Il faut en conclure que, tant que la France voudra remplir sa mission suivant le programme de Jeanne d'Arc, Dieu ne lui en enlèvera pas le glorieux privilège, car il ne rejette que qui le

(1) Lettres, t. I, Lettre du 28 octobre 1704.

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rejette. Il \ a «Inné là pour nous, bj noua le voulons, un principe infaillible de rénovation. Grâce i ce principe, la France esl toujours Bortie indemne «le huiles les catastrophes qui auraient dû l'anéantir; grâce à lui, son existence .1 été une alternative <le chutes el <le relèvements qui déconcertent la philosophie «le l'histoire el qu'il faul juger de plus haut, dans une lumière surnaturelle ;

tce à lui, elle participe à cette grande \ ie de l'Eglise qui esl faite de passions el de résurrections, comme à cette grande vie <le la nature que rythment les miiis el les jours.

A toi donc, ô blanche nation, ô gardienne <le l'Idée, ô vengeresse du droit, ô soldai de Irlglû à loi. ma France, la couronne, à toi l'immortalitél

N'rsi-il pas doux de constater que, longtemps avanl nous, nos pères on! eu conscience de ce grand théorème «le l'immortalité exceptionnelle de la France ? Et, chose touchante, nous en trou vous I expression bous la plume d'un contemporain de Jeanne d'Arc, I»' président Thomassin. Il écrivait, quelques années après le supplice de Rouen, celle phrase Buperbe que toul Français devrail connaître : Sache un chacun que Dieu a aimé el aime le royaume «le France el l'a spécialement •'•lu

pour son héritage et, pouh ce, m poti le laisser périr. Mais, sur tous les signes d'amour que Dieu lui a envoyés, il n'y «-n a poinl de si grand ni de si merveilleux que celui de cette Pucelle. »

Laissons donc, Messieurs, laissons aller nos coeurs à ces grandes el fortifiantes pensées. Chantons-nous à nous-mêmes ces belles espérances pour nous donner du cœur. Dans l'impressionnante immensité de cette cathédrale, où toutes lés pierres sont presque de notre race et de notre famille, tant elles ont été associét-s à notre vie nationale, tant elles ont vu passer de générations de nos aïeux, dans cette inoubliable fête qui nous permet de boire un instant au calice des gloires passées, détournons les yeux des tristes>' ss ambiantes et suivons du regard le doigt de la Puceile,, qui nous montre dqns son programme, dans notre vocation surnaturelle, le secret des grandeurs et des prospérités humaines, une France plus belle que l'ancienne dans le flamboiement de l'avenir !

Mais pour que ces espérances deviennent des réalités, nous devons nourrir dans nos cœurs les

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