‹ La double vieChapitre 19 sur 26 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

S^T comment vous nommez- vous? de- ^manda la baronne avec un sourire de ïl' bienveillante curiosité.

— Gaston de Chantreuil !

Ce n'était pas vrai ! — Non, celui qui faisait cette

réponse ne s'appelait pas Gaston, — de Chantreuil,

bien moins encore. Il s'appelait Jules -Théophile

Miller, ce qui, du reste, n'ôtait rien à son mérite.

Mais comment faire comprendre au lecteur le motif qui fit substituer par Jules Miller à ses noms patronymiques et baptismaux, le pseudonyme précité? (Autant vaudrait leur raconter tout entière la vie de Jules Miller.]

Lui-même n'en savait rien; et il s'en repentit amèrement le soir, lorsqu'on contemplant de sa fenêtre les genêts de son jardin, il se prit à songer qu'il ne pourrait dorénavant, sans commettre un faux sur porcelaine, mettre sa carte chez la baronne.

Et, qui sait? si... plus tard... (et ici il soupirait plus péniblement) oîi pourrait-elle adresser ses lettres ?

Tranchons dans le vif î — Jules avait menti toute sa vie ; menti effrontément et sans pudeur : il en convenait lui-même, et, ce qui est pis, il ajoutait qu'il mentirait encore.

Un vilain péché! pensera-t-on. Mais quoi! Jules ne raisonnait pas de cette façon :

Un pé<;hé? niaiserie ! Qu'est-ce qu'un mensonge? disait-il ; de l'imagination à la deuxième puissance. De convoiter une chose, à dire qu'on la possède, il n'y a que le carré du désir. — Le Menteur de Corneille n'était à ses yeux qu'un personnage fort raisonnable : quand il raconte à Clarice ses exploits dans la guerre d'Allemagne, il fait dans ce moment plus de frais pour se persuader que pour la persuader elle-même. 11 se voit sur la brèche en costume

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d'officier; il commande l'artillerie, pare celle-ci, pousse celle-là, monte à l'escalade et plante le drapeau sur le glacis ! Il porte la main à sa poitrine, pour comprimer la douleur de sa blessure. Il vit en une minute des années d'une vie de dangers et de triomphes (voyez ses yeux , comme ils brillent ! ) et se trouve au bout du compte aussi riche de gloire et de bravoure que le grand Condé au lendemain de la bataille de Rocroi !

S'il raconte à Philiste ébahi le divertissement sur l'eau et la collation en gondole, voyez comme il se répand en détails, comme il caresse en artiste les moindres traits, les moindres circonstances ! C'est qu'en ce moment il n'est plus sur la place, entre ses amis imbéciles et son assommant valet; il est réellement sur l'eau , couché mollement dans sa gondole tapissée de feuillages; il respire les parfums du jasmi7i et de Voranger, sent l'odeur de la poudre du feu d'artifice, s'enivre des regards de la belle inconnue et presse amoureusement sa main, en écoutant les modulations infinies de la flûte et du hautbois !

Cliton a beau le tirer par son habit. — Tais-toi, plat animal ! — Et maintenant qui mo prouvera que je n'aie pas donné hier au soir une collation royale à la plus belle d'entre les belles ? Je te dis que j'en reviens. Je le raconte à deux niais ébaubis qui me croient et me félicitent sur ma magnificence ;

eh ! s'ils me croient, eux, comment ne me croiraisje pas?

— Voilà vivre ! —

Ainsi il avait vécu. Et plus qu'un autre, disait-il, et nous le croyons bien !

II avait été tour à tour millionnaire, virtuose, avocat, député, conspirateur, prince déguisé, lazzaroue, chasseur tyrolien, fellah d'Egypte, guerrier, touriste, organiste de paroisse, prédicateur, pêcheur de harengs et professeur de littératures étrangères. Il avait possédé des palais, des chaumières, des petites maisons à la Jean-Jacques, des écuries superbes, des harems, des bricks armés en guerre, des galeries de tableaux, des collections d'autographes.... le tout suivant l'occurrence et le tempérament de l'auditeur ou de l'auditrice.

Ses amis, voyant le vice incurable, s'étaient résignés de bonne foi au rôle de Philiste et d'Alcippe. — Jules était, d'ailleurs, quelquefois amusant à entendre, pourvu qu'on ne dérangeât pas sa poésie.

A quoi bon me servirait-il, disait-il un jour à l'un d'eux, de m'être fatigué dix ans pour apprendre à jouer du violon? voilà cinq ans que je suis sûr d'en jouer mieux que Paganini (il y a pourtant des jours où je suis de l'école de Baillot ) ; je m'en joue tous les soirs pendant des heures d'une façon ravissante, telle que jamais personne ne me causera un plaisir égal. Je me fais des tableaux comme tu n'en feras jamais, Gustave. Et pour être officier de la

Légion d'honneur, jo n'ai qu'à me promener une heure dans les rues sans regarder ma boutonnière. J'étais hier à la séance de l'Institut : mon discours a obtenu un succès immense ; veux-tu que je te le récite ? Voulez-vous que je vous décrive la fête que j'ai donnée, la semaine passée, dans mon hôtel de... ? Tout Paris y était. M... a été charmant ! Liszt s'est un peu fait prier, mais il a fini par s'exécuter et être admirable. C'a été la plus belle fête de l'hiver. On ne verra plus cela... etc., etc.

C'était un système, comme vous voyez.

J'ai connu des gens comme cela.

Un, par exemple, fort maltraité par les huissiers, ayant reconnu que l'argent était la cause foncière et principale de ses tourments, s'était demandé de sangfroid pourquoi il ne supprimerait pas — l'argent?

Et allons donc ! à compter de ce jour, l'argent n'exista plus qu'à l'étal de fantôme. Il ne prononçait plus le mot : si l'on venait à le prononcer devant lui, il pensait à autre chose. En passant le pont des Arts, il avait la bonté d'étendre sa main ouverte sur la planchette, pour ne pas voir le sou qu'il donnait à l'invalide. Au restaurant, il jetait sa pièce sur la table, en disant au garçon : — Enlevez cette coquille d'oeuf!

Mais hélas ! comme tous les faiseurs de systèmes, le malheureux avait creusé autour de lui un abîme, — la réalité !

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Le triomphe de cette doctrine serait d'arriver à la folie complète.

Le pauvre garçon dont je parle avait senti cette vérité; mais en la découvrant, il fut bien désolé; car il fut forcé de reconnaître qu'il lui restait encore assez de raison pour la trouver.

Jules n'allait pas aussi loin, ou plutôt il allait plus loin encore : il voulait persister dans la folie, en dépit de la réalité.

— Qu'est-ce que la vie? demandait-il, — un mensonge I — Lisez Montaigne, etc., etc..

Mais quel choc rude et douloureux éprouvait le chasseur tyrolien en tombant du pic du Mont-Blanc sur le trottoir de la rue Vivienne ; — quel choc le millionnaire, en chutant du haut de son belvédère sur le parquet de sa petite chambre !

Quel dédale monstrueux et comphqué ce mélange de faux et de vrai avait jeté dans la vie de Jules! — comparable au supplice de cet autre excentrique, qui, possesseur d'une salle pavée en pierres de liais, noires et blanches, et rêvant apparemment un dallage blanc uniforme, — s'était interdit de miarcher jamais sur les dalles noires ; supplice renouvelé chaque jour et à chaque instant !

Pour le moment, la pierre noire, c'était pour Jules Miller la visite du lendemain promise à la baronne.

— Qui sait? songeait-il en contemplant toujours les mômes genêts, ces choses-là n'arrivent qu'à moi.

— si coite damnée baronne ne m'aura pas fait suivre pour savoir positivement qui je suis? Peut-être en ce moment un laquais galonné s'arrête chez la portière !

— N'est-ce pas ici que demeure M. Gaston de Chanlreuil !

— Inconnu !

— Un jeune homme brun, velu de noir, etc.. Il vient de pa.sser à l'instant.

— Ah ! ça? M. Jules Miller, un jeune homme qui ne fait rien — là-haut au troisième.

Quelle chute !

— Eh bien ! après tout, continuait-il, suis-je le premier exemple d'un homme qui ait été contraint de cacher son nom? Je m'appelle Gaston de Chantreuil, parbleu ! ma famille est originaire du Piémont (je connais beaucoup Turin). — Chanlreuil! Canteroglio ! c'est cela ! — Je suis ici , à Paris, caché. J'ai eu quelque mauvaise affaire là-bas... En Italie, c'est si commun! — Ou bien je suis poursuivi pour mes opinions.

— Et puis, — et ceci était dit lentement, d'un ton attendri, en regardant la lune (c'était la lune qui éclairait les genêts , — si je suis forcé d'avouer ma faiblesse, si je suis convaincu — d'imagination — par la baronne Eh bien! mes pistolets sont là!

Ressource ordinaire des gens à imagination et sans caractère.

— Ou bien, je — Ou bien je bonsoir!

Et là-dessus Jules ferma sa fenêtre, et s'en fut se coucher.

ANDA.NTE.

Peut-être serait-il à propos ici, et à coup sûr il serait convenable de mettre le lecteur au fait de l'aventure dont Jules était le héros, de lui raconter dans ses détails la rencontre merveilleuse qu'il fit de la baronne Lydie et de nous mettre enfin au sujet de cette dernière en quelques frais de description.

Mais à quoi bon ?

Depuis le temps que ce personnage mythique et éternel,— ce Saturne lettré qu'on appelle le lkc- TFX'R, — fait passer par son estomac sans fond, — comme un ruban sans extrémité, — cette manne perpétuelle et infinie qu'on appelle le roman ;

Depuis tant de siècles qu'on la lui prépare sans cesse sous tant de noms divers, Poëme, Conte, Histoire, Nouvelle....

Depuis le temps seulement que j'en lis moimême, j'ai mis chaque fois tant d'empressement à tourner du pouce les bienheureux feuillets qui, dans tout ouvrage de ce genre, contiennent l'aventure (l'aventure ! ce cauchemar, cette roue d'Ixion, cette pierre de Sisyphe du romancier, odieux stratagème

qu'il lui faut combiner et varier peri>éluellement, sachant qu'il sera perpétuellement omis à la lecture), pour arriver au développement et à la péripétie;

Que je mo suis toujours étonné qu'il ne se soit pas encore rencontré un homme assez audacieux, assez fort pour laisser en blanc lesdits feuillets, après la précaution prise d'écrire en tête, par manière d'intitulé : Ici un tel et une telle se rencontrent; les circonstances sont abandonnées à la fantaisie du lecteur.

J'avoue d'ailleurs que je suis retenu par une autre difficulté. On a tellement usé et épuisé le romanesque sous toutes ses formes, et jusque dans ses combinaisons les plus innocentes, que les écrivains de nos jours, pour se présenter au public décemment et d'une façon un peu neuve, ont été forcés d'affecter les dehors de la simplicité la plus banale. Mais ici nouvelles complications, nouveaux labeurs; le tout pour arriver à cette formule hypocrite :

Chapitre III (c'est ordinairement au Chapitre m que se produit la rencontre, les précédents étant généralement consacrés aux préliminaires, à l'histoire, à la description); — Chapitre III : Un matin, Rose et Théodore se rencontrèrent. — Comment? — Je pourrais vous dire que le ciel était, ce jour-là, chargé de nuages; — vous transporter dans un paysage mélancolique, au sein d'une nature sauvage et effarée qui vous eût disposé aux pressentiments ;

— vous peindre Rose emportée sur un cheval fougueux, courageusement saisi au mors par Théodore.... Hélas ! il me faut, pour être vrai, renoncer à ce« dramatiques accessoires. — Rose et Théodore se rencontrèrent tout bonnement — un matin — sur le trottoir de la rue du Bac. — Rose avait un tablier de soie noire., etc., etc....

Oui, si seulement Jules eût rencontré Lydie là oîi un jeune homme et une baronne peuvent naturellement se rencontrer tous les jours — dans un salon,

— sur le boulevard, — à l'Opéra, — j'atteste que je prendrais courage, et que je me résoudrais encore, moi deux cent millième, à rouler la pierre du récit de l'Aventure.

Mais, pour mon malheur, la rencontre de Jules fut, je le répète, merveilleuse, incroyable, impossible,— telle que, pour la faire accepter au lecteur, je ne vois pas de moyen meilleur que celui que je vais prendre : qui est de la lui laisser faire à luimême.

Que le lecteur donc — si lecteur il y a — se remémore, en quelques minutes de recueillement, tous les prodiges littéraires qu'il a, depuis qu'il est au monde, — absorbés ! — qu'il remonte à la nage et les rencontres du roman moderne, et les coups de foudre du dix-huitième siècle, et les par hasard de tous les temps, et que, de ce butin, passé à l'alambic de son génie, il compose un précipité, le

plus romanesque, le plus extravagant, le plus inconcevable.

Nous lui fournirons seulement, en deux coups de crayon, deux ou trois indications pour servir à la mise en scène, savoir : une baronne en calèche, un jeune homme à pied, et, pour encadrer le tout, quelque paysage emprunté aux bois de Meudon, de Saint-Cloud ou de Versailles.

Et maintenant que nous vous avons rendus complices de l'extravagance du sujet, nous poursuivrons, le cœur plus léger, le récit des grands et petits péchés de notre ami Jules.

Juler,, je l'ai dit, ne se contentait pas de mentir sans vergogne; il fallait encore que ses mensonges eussent des approbateurs.

Aussi, le lendemain de cette soirée mémorable oii nous l'avons vu faire à ses éternels genêts de si admirables apostrophes, il se rendit, dès le matin, dans l'atelier de son ami Gustave le peintre, où se trouvaient aussi son ami Antoine le musicien , son ami Arsène l'avocat, et son ami Marcus le naturaliste.

— Oh ! oh ! dit Gustave en le voyant entrer, quelle nouvelle histoire aujourd'hui ? Je vous trouve une toilette et un air tout pleins de triomphes et d'aventures.

— Et ces apparences, mon cher, répondit Jules en se laissant tomber sur le divan, — ces apparences ne sont point trompeuses. Je suis en effet le héros de l'aventure la plus extraordinaire et la plus roma-

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nesque ; la plus romanesque et la plus flatteuse. . . et, ce qu'il y a de pis, c'est qu'elle est vraie.

— Oh ! firent les trois amis d'un ton d'incrédulité.

— Hélas ! trop vraie...

' Et, pour expliquer cet hélas, Jules raconta la rencontre que j'ai laissé imaginer au lecteur; et communiqua à ses amis les embarras qui, par sa faute, venaient en contrarier les résultats.

— De sorte, ajouta Marcus, que te voilà prêt à te donner au diable pour n'avoir pas voulu te laisser aimer par une intéressante personne qui ne demandait pas mieux?

— Marcus, mon cher ami, je ne vous ai jamais dissimulé que vous étiez une bête. Croyez-vous que la baronne m'eût accueilli aussi facilement et que les choses seraient aussi avancées si je n'avais eu la présence d'esprit de me donner pour son égal? Apprenez que le romanesque a sa logique comme tout au monde. Ne vous souvient-il pas de ce jardinier qui, surprenant une dame endormie, s'écrie : — Ah ! pourquoi ne suis-je pas un beau monsieur ? — Eh bien ! moi, rencontrant une baronne, j'ai trouvé plus tôt fait de me baptiser vicomte ; et la baronne doit me savoir gré d'avoir épargné le temps en lui faisant sauter deux ou trois degrés de l'échelle sociale.

— Bah ! insista Marcus, on a vu des rois épouser des bergères...

— Eh ! dit Arsène, vous avez eu un quart d'heure de gentilhomme, c'est quelque chose; maintenant

mettez-moi la baronne de côté, et n'y pensez pas davantage.

— Impossible, rcpritJules ; je l'aime.

— Filer une intrigue avec une baronne de rencontre, c'est un piètre dessert pour un homme qui a eu des rendez-vous dans la grande tour de porcelaine avec la fille de l'Empereur de la Chine !...

— J'en conviens,' j'en conviens. — Que voulezvous? les attachements ont leuT* fatalité, comme les livres. L'amour est un grand pipeur de dés. — Au surplus, j'apprécie votre observation. Arsène, touchez là ! vous êtes un homme d'esprit. Donnez-moi la main, vous dis-je ; entre nous je puis vous accorder cette marque de familiarité. Bientôt, au grand jour, je serai — qui sait?.... l'héritier d'un trône, une tète couronnée...

— Ah ! s'écria-t-il en se rejetant sur le divan, c'est un beau rêve, mes amis. — Si j'allais épouser cette femme? si, dans sa famille, la noblesse se transmettait à l'époux? — Elle a de beaux domaines, j'en suis sûr. Tu serais notre peintre ordinaire^ Gustave ; Antoine serait notre maître de chapelle ; Marcus dresserait le catalogue des plantes et des insectes do nos jardins. Arsène, qui est avocat... prendrait la régie de tous nos biens.

— Je couvrirais vos murs de peintures et d'arabesques ! dit en se levant Gustave.

— Quelle musique ! s'écria Antoine. Vous en au-

riez le matin, à votre lever ; musique pendant \e repas, musique le soir, à votre coucher...

— Pour nous endormir ?

— Oui, pour vous endormir ; mais de quelle façon ! Dis plutôt pour vous bercer comme le chant des génies. — Concert tous les jours et opéra trois fois la semaine, dans une salle bâtie exprès.

— Moi, dit Marcus, dont le visage s'illumina, j'imprimerais à vos frais le catalogue avec planches, et j'en ferais un ouvrage qui m'ouvrirait les portes de l'Académie.

— Je ne laisserais pas un coin sans un coup de brosse, reprit le peintre, nullus munis sine figura. Ce serait plus beau qu'au palais Borghèse. Je voudrais qu'on vînt voir cela de tous les points de la France ! — Quelle œuvre ! sans parler de l'Institut et de la décoration qui seraient au bout.

— Ma fortune serait faite, ajouta Arsène. Je ne plaiderais plus que les affaires majeures : ou bien tu me prêterais de l'argent pour acheter un cabinet d'avocat à la Cour de cassation ; je ferais un beau mariage, et je pourrais aussi, moi, acheter un château — qu'il faudrait encore décorer, dis donc, Gustave ?

— Mon cher, tu ne serais pas assez riche, et je ne m'encanaille pas à travailler pour les petites gens.

— Quelle musique ! dit encore Antoine.

— Corbleu ! le beau livre ! repartit Marcus.

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— Animaux I brutes ! hypocrites? s'é(;ria Jules en se levant avec violence. Je vous y prends à faire do l'imagination à votre tour. Ne venez-vous pas de vivre on un instant plus que vous n'avez fait et que vous ne ferez jamais dans toute votre existence de colimaçons et de vers à soie? Regarde à présent ta toile, Michel-Ange; et toi, monsieur l'avocat à la Cour de cassation, regarde tes bottes! Vous en ètesvous donné pendant un quart-d'heure ! Des commandes, des décorations, des palmes vertes... Fermez donc les yeux une bonne fois, et retournez-moi vos toiles. Abandonnez-vous franchement à la Chimère, — soyez conséquents, — puisque vous avez la lâcheté de lui céder pendant dix minutes. Mais non ! vous n'avez de goût que pour les croûtes, legalimatias, et le pathos de la police correctionnelle' Je vous méprise. Adieu. A ce soir.

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