‹ La douce et sainte mortChapitre 10 sur 20 · QUATRIÈME PAROLE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PAROLE

Bteus meus , Deus métis , ut quîd deretiquùti me ?

Matth. 27. M.

Mon Dien , mon Dieu , pourquoi m'avec-vôus abandonné ?

Après que notre Seigneur eut recommandé sa sainte Mère , il voulut être abandonné de son Père 5 pour mourir sans consolation , et pour nous en procurer à la mort Voilà la lie de son calice, qui consiste en une soustraction de toutes sortes dé conso-* lations sensibles qui pouvaient soutenir sa sainte) humanité sous la charge infinie de ses souffrances : car il demeura toujours Dieu, toujours saint, et toujours heureux en la partie supérieufe de soir âme. Or il a voulu soufirir cette peine pour deux raisons.

La première , parce qu'il représentait la personne du pécheur ,«qui mérite d'être abandonné de Dieu h\ la mort : car comme il s'est chargé de tous nos péchés , il en a voulu subir toutes les peines , dont la plus grande et la plus effroyable , est ce dernier abandon à Pextrémité de la vie. Aussi lui tira-t-il les larmes des yeux , les gémissements du cœur , et les plaintes de la bouche , comme le témoigne saint Paul.

Secondement ^ il a voulu souffrir ce tourment , et être abandonné à la moït^ pour nous mériter la grâce de n'être point abandonnée la nôtre : car toutes les souffrances du Fils de Dieu sont des satisrac-

lions et des remèdes : des satisfoctions pour le passé » ^ et des remèdes pour Tayenir. C'est pourquoi ces paroles 9 qui sont des expressions d'une douleur exti^me y sont pour nous une source d'une consolation infinie : elles fortifient notre esprit contre toutes les frayeursde la mort^ contre toutes les tentations de rennemi , contre tous les assauts de la douleur , contre tous les abattements d'une nature agonii8ante> en ce qu'elles nous font espérer que Dieu ne nous abandonnera point en cette extrémité.

Pour faire un bon usage de ce remède ^ il faut remarquer qu'il n'y a presque point de malade qui ne tond)e 5 avant que de mourir ^ dans quelque crainte et appr^ension extraordinaire des jugements de Dieu ; ensuite dans quelque défaillance de cœur , et dans quelque inquiétude d'esprit; soit que cela vienne de la nature qui succombe à la violence du mal; soit que cela procède du démon qui veut jeter une flme dans la défiance ; soit que Dieu même soit l'auteur de cette peine , çn retirant ses consolations et faisant boire un malade dans le calice de son Fils ; soit enfin que tous trois donnent de l'exercice à cette ftme 5 et conspirent ou à sa peine , ou à son mérite : de quelque part que cela procède , j'estime qu'il y a peu d'âmes qui n'aient part à l'abandon-» nement du Fils de Dieu^ et qui ne sentent quelque frayeur aux approches de la mort , quoi qu'elle soif fort légère et fort courte au regard des gens de bien.

Ceci supposé^ quand vous remarquerez que votre âme entre dans les ombres de la mort , que le so-

Page 1