‹ La douce et sainte mortChapitre 11 sur 20 · II. PARns · texte numérisé non relu

II. PARns

leil s'éclipse, que des ténèbres affreuses se répandent sur votre esprit , et qae vous ne voyez plus ni ciel ni terre pour en recevoir delà consolation ; c'est alors qu'il faut regarder votre crucifix , et vous souvenir que notre Seigneur a mérité par son abandonnement y que nous ne soyons point abandonnés ; qu'il a mérité par sa tristesse que nous soyons consolés , et par sa crainte que nous soyons fortifiés et assurés. Ensuite il faut offrir à Dieu les peines de son Fils y et lui dire avec humilité et confiance : Deus meus s Deus meus, ut quid dereliquîsti me^ Hon » Dieu 9 mon Dieu , pourquoi m'avez-vous aban- » donné ; je confesse que vous êtes juste » et que j'ai » bien mérité d'être abandonné à la mort, puis- » quejevousai tant de fois abandonné pendant la » vie» Hais je vous conjure , Père de miséricorde , » de jeter les yeux sur votre Fils mourant , et privé » de toute consolation. S'il faut être abandonné ,

> que ce ne soit pas entièrement et pour toujours : » Non me derelinquas usguequaque. Voilà tout le

> monde qui me quitte : voilà mes amis qui me » tournent le dos , je n'ai plus personne qui me cou- » sole en l'état où je suis : mais vous , 6 Seigneur, » ne m'abandonnez pas lorsque je serai sans force, » sans appui, sans secours et sans assistance; ve^ » nez à mon secours , cquvrez-moi de vos ailes , » protégez-moi contre la fureur de mes ennemis. Cùm defecerit virtus mea , ne derelinquas me.

LA fiAUnxrt DE Lk MORT. 203

CINQUllCME PAROLE.

Sitio. Joan. 9. J*ai soif.

Cette parole du Fils de Dieu mourant adoucira ¥0S douleurs , si tous en comprenei le sens.

n faut pour cela remarquer que notre Seigneur sur la croix était br Aie d'une double soif ^ Tune corporeUe^ et l'autre spirituelle. La corporelle venait de la perte de son sang qu'il avait versé en abondance au jardin de Gethsemani , et dans le prétoire , et qui coulait sur la croix de toutes les parties de son cOTps. Il en voulait faire sa déclaration pour nous faire connaître sa douleur , et pour augmenter sa peine : car il savait bien qu'on lui donnerait pour tout rafraîchissement du fiel à boire. Il en prit dans sa bouche pour l'enfieller ; mais il ne l'avala pas ^ parce qu'H assoupissait les sens , et qu'il émoussait la douleur. La soif qu'il a soufferte , et le fiel qu'il a pris, sont les peines de votre gourmandise qu'il a voulu subir pour satisfaire à la justice de Dieu son Père.

Outre cette soif corporelle , il en avait une autre sphrituelle , qui le brûlait et qui le consumait ; c'était le désir qu'il avait de sauver tous les hommes , et de sonfirirpour eux. 5t7io , J'ai soif. Domine, quid si^ fis ? lui demande un Père de l'Eglise ; Seigneur , quelle est cette soif qui vous tourmente ? Ergonepliis

(1) ûrego serm, de Pas s.

.2(^4 n. PABTIE.

(Tuciat skis quàm crux ? Quoi donc 5 la soif voi fait-elle plus souffrir ^ que votre croix ? Vous e vous plaignez point de votre croix , et vous voi plaignez de la soif. Saint Augustin répond , qu'il éta altéré de notre salut; et que la perte de nos âmi le tourmentait plus que sa croix. Phis animarw vestrcurum quàm corporis mei cruciatus me tene

O quelle confiance nous devons avoir en un Dieu qui a versé pour nous jusqu'à la dernière goutte c son sang 5 et qui meurt du désir qu'il a de notre s; lut! Ceux^ comme j'ai dit 5 qui doutent que noti Seigneur soit leur rédempteur , n'auront point c part à cette consolation ni à cette espérance.

Pour vous ^ âme fidèle, quand vous serez malad souvenez-vous de la soif du Fils de Dieu 5 et prat quez ces quatre avisque je vous donne.

Premièrement 5 souffrez avec patience les ai deurs de votre fièvre , et l'altération qu'elle voi cause.

Secondement , prenez , à son exemple 5 toutes 1< médecines qu'on vous présentera , quelque amèr< qu'elles puissent être. Si vous y faites entrer ui goutte de fiel du Fils de Dieu , il en ôtera toute Yi mertume 5 et vous les fera ti^ouver plus douces qi le miel.

Troisièmement , concevez une grande confiant en notre Seigneur Jésus-Christ , qui était si altéi de votre salut, qu'il en est mort

Enfin , excitez en votre cœur un grand désir ( le voir. Dites comme lui sur votre croix : Sitic

LA SAINTBXi 1» £A MORT. 205

li sstf. SiiMi anima mea ad Deum farîem «tquandù vemiam et apparebo anie facicm BdT lion âne briUe d'une soif trdente de jouir de Dieu qui est fort et vivant Quand sera-ce que je le Verrai , et que je me trouverai en sa présence? Quand viendra ce bienheureux moment? Quand irai^e boire et étancher ma soif dans ces sources de consolations étemelles ? Hélas ! je suis comme M pasifre cerf poursuivi d'une meute de chiens et brtfé 4e soif, cpii soupire après la fraîcheur des etox. O qu'il m^^nine de vivre I O que je désire de souffrir t O que j'ai d'envie de mourir ! Mon Dieu , tires au ploiAt mon âme de sa prison. E<h»e de eustoduâ aniiÊ/^anfn tn/cant^

SIXlfiNE PAROLE.

CMMummatum e$i. Jom. 19.

Tout est consommé.

Cest comme s*il disait l'holocauste est brûlé , la victime est consumée, les prophéties sont accomplies, le nouveau Testament est dressé, les péchés sont pardonnes , les captib sont délivrés , les sacrements sont institués , le monde est réparé , le diable est surmonté , les volontés de Dieu mon Père sont accomplies , et sa justice satisfaite. Tout ce qui a été prédit par les prophètes , et figuré par la loi ,

<1) Psmt. il. S.

206 n. PARTIE.,

est de point en point exécuté, il né me reste phis rien à faire ni à souffrir /je m'en vais mourir. Voilà ce que signifie ce consmnmatum e$i du Fils de Dieu.

Les bons et les méchants diront à la mort : C&r^ sufnmatum e$t, mais d'une manière bien différente. Les méchants diront : Cansummaium esi : nos plaisirs sont passés ^ nos divertissemients sont finis , nos beaux jours sont éclipsés , nos espérances sont évanouies , notre temps est éepulé , notre m^ lice est consommée , il faut mourir , et s'en aller souffrir des tourments qui ne finiront jasuls.

Consummatumesi s diront lesgensdebieB, Tout est consommé. Nos mauvais jours sont passés, nos souffrances sont finies « nos travaux sont achevés , nos combats sont terminés , il n'y a plus de pénitence à faire 5 ni de croix à porter , ni de douleur à endurer , ni de difficulté à vaincre 5 ni de tentations à surmonter. Nous allons dans un pays de gloire et de réjouissance où notre joie ne finira jamais.

Or si vous ne pouvez pas dire ce cœuwnmatum est des gens de bien dans toute son étendue , il ne faut pas pour cela entrer en défiance de votre salut : mais vous devez demeurer en paix , regardant , comme dit saint Paul , l'auteur de votre foi , et le consommateur de votre salut Jésus-Christ en croix : car il ne tiendra pas h lui que vous ne soyez sauvés. Il a fait de son côté tout ce qui était nécessaire pour cela : l'affaire de votre salut est une affaire consommée de sa part Ecoutez comme parle saint Panî.

Didicit ex iis qtuBpassii» e$t , obedieniiam , et con- 9ummatu$ factus^ est omnibus obtemperantibus sibi causa sabHis eUernœ (1). Il a appris Tobéissance par tous lea maux qn'il a soufierts ; et par la consommatioo de 8a Tie , il est devenu Paatear do salut étenid pour tons ceux qui lui obéissent II appelle sa mort la consommation de l'ouvrage de notre salut

Il faut donc pendant voire mahidie > que vous jettes les yeux sur votre crucifix^ et que vous en^ teadiea votre Sauveur quF crie ; Tout est con-sommé , tout est accompli , tout est achevé. « lion » Père 9 voilà ma vie consommée pojEur ce pauvre » malade y j'ai fait et souffert tout ce qui était né- » cessaire pour son^ salut , j*ai satisfait pour ses pé- N chés y ie lui ai mérité le paradis. Vous voyez qu'il » est fidèle , qu'il est eQfant de mon Eglise 5 qu'il » est un des membres de mon corps. II croit en » moif. il esptee en moi , il est content de. mourir » pour moi. lion Père ^ je vous le recommande ^ » recevez son esprit entre vos mains. »

Pour le oudade y après avoir remercié . notre Seigneur d'avoir tant travaillé pour on ingrat , il loi doit dire avec un grand sentiment, de confiance et d'amour: « mon Sauveur , voilà ma vie ache- » vée et consommée ; je m'en vais sortir de ce » monde , puisque c'est votre bon plaisir ; recevez >. mo^ âme entre vos mains , et lui donnez entrée

» en votre royaovie. Mon salut. Seigneur^ est

» Ponvrage de vosrmainft 9 et le prix de TOtre Mot ;

» sr je ne suis point sauvé , il manquera quelque

chose à votre ouvragé, votre rédemption sera en

n quelque manière imparfaite. Operimanuum tua-

» rumporrige dextertmu Aelievei.» d doux Jésus,

» ce que vous avei commencé ; je désire me oonr-

>' sumer comme vous dans le feu de la charité ; et

» S) j*ai passé ma vie dans votre haine, je la veux

» finir dans votre amomr. Agées le sacrifite cpie

nr je vous en fais« et ne permectexpasqo'une tma

». qui vous est si chère , et qui voos^a tant coMé,

» soit perdue à jamais. «

SEPTffiME PABOLE.

Pater, m manus tuas comtnendo. spirifum tneum.

Luc 23. h5.

Mon Père 5 je vous recommande mon esprit , et je le remets entre vos mains.

Saint Ailianase dit, que notre Seignent étant le chef de tons les hommes , il reeommandait à Diea leur esprit en lui recomnumdant le sien ; et qu'il parle ici en la personne des; justes, comme il parlait en son délaissonent en la personne des pé^ chenrs. C'est pourquoi quand vons serex malade 9 vous deves croire qu'il a songé à tons, et ^'S a recommandé votre âme à Dieu son père : car , comme dit saint Paul , celui qui est uni fortement

à Dieu par la grâce » de?ieiii un même esprit avec lui* Qttt adhœret Domino, unus spiritus est (1). Par conséquent le Fils de Dieu recommandant son esprit à son Père, il lui a recommandé le Vôtre ^ et celui de tout les justes , qui est la pensée du monde la plus consolante.

Je le dis encore avec une extrême douleur. Ceux qui nient que Jésus-Christ soit le rédempteur de tous les hommes , n'auront point de part à cette consolation , et ne pourront sans horreur , ou sans présomption , prononcer les paroles de David , qoe l'Eglise ajoute à cdles du Fils de Dieu« Bedemûti me 9 Domine Deu$veritaiis. Vous m'avez racheté , Seigneur , Dieu de vérité : car s*ils ne croient pas qu'ils sont rachetés^ ils mentent en disant ces paroles, et tombent nécessairanent dans le désespoir: s'ils le croient, ils s'estiment i^édestinés, puisqu'ils croient que ce n'est que pour eux qu'il est mort : Et les voilà dans la présomption.

Gardezrvous bien , flme fidHe , de révoquer en doute cette vérité , qui est la plus forte défense que vous ayei contre les tentations de l'ennemi ; mais animé de cette confiance , finissez votre vie , en disant de coNur ou de bouche avec votre Sauvemr : Paier, in manus tum commendo spiritum meum :

redemUti me , Domine Dem veriiatis. Mon Père , je TOUS recommande mon è^rit , je le remets entre iros mains , car vous m'avez racheté ^ Dieu de Vé-

(!) t. ror. C. 17.

210 U. PARHE.

rite. Je sais que vous êtes mon juge ; mais je toils que vous êtes mon Père, qui m'avez donné 1 être , qut me Tavez conservé tant d'anuées, et qui m^avez donné par votre mort une nouvelle vie.

Je remets mon âme entre vos mains qui m'oat formé f entre vos mains qui m'ont racheté , entre vos mains qui ont été percées et attachées à la croix pour mon amour.

Ce ne sont pas mes biens que je vous recommande 9 ni tout ce que je laisse dans le monde ; car cela ne m'appartient plus. Il n'y a plus que mon esprit qui soit à moi » spiriium meum. Et c'est cet esprit que je vous donne , et que je vous recommande , vous conjurant de le recev<rfr entre vos mains , et de le tenir sons votre protection.

Après cela vous baisserez la tête pour msHrque de votre soumission et de votre obéissance 5 et vous rendrez votre esprit à celui qui vous l'a donné.

SECTION SECONDE

Avis pour ceux quiamsient le$ malades.

De toutes les actions de charité qu'on rend au prochain , il n'y en a point d'une plus grande importance 5 ni d'un plus grand mérite 5 que celle qu'on exerce envers les personnes mourantes. Elle est d'importance , d'autant que c'est de ce dernier combat que dépend le salut ou la perte d'une âme. Les fautes qu'on commet pendant la vie se peuvent

réparer » luii» celles de la mort sont irréparables. C'est pourquoi le prêtre qui assiste ua malade , doit biea prendre garde à s'acquitter comme il faut de son mmistère ^ et à conduire si bien l'âme qui est 8008 sa direction , qu'elle arrive heureusement au port de l'éternité ; car c'est à lui que s'adressent les menaces que Dieu lait aux directeurs des âmes par un prophète (1). S'il arrive faute de cet homme^ je m'en prendrai à vous , vous me répondrez de sa perte et de sa damnation.

Cette action est aussi d'un très-grand mérite > car on ne peat procurer de plus grand bien à un homme , que la vie éternelle , ni dans une plus gnnde nécessité qu'à la mort, ni avec pins de falîgafis qne dans le cours • de sa mahidie , puisqu'il init être nuft et jour au chevet de son lit, respirer un air infect et corrompu , essuyer ses chagrins , soulager ses «firmités , et voir mille choses qui font sodefer le cœur. Aussi ne doit-on pas croire que Bien laisse cette action de charité sans récompense } et que le malade étant arrivé au ciel , manque de reconnaissance envers celui qui lui a rendu de si Immis offices. Job faisait quantité de bonnes CBiivre»^ mais celle dont il se flattait et sur laquelle il oouetait davantage , était l'assistance qu'il rendait aux moorants. Benedictio perituri super me vemeàat (2).'ta bénédiction de celui qui allait mourir venait sur moi.

(I) Sieeh, 3. 18 ~(2) Job, 29. 13.

212 II. PABTIE.

C'est cette bénédiction qne désirait saint Ambrotse, et qu'il préférait à tons les biens dn monde. Benedictio tnorituri mpernos vemai (1). O qne far bénédiction des monrants Viorne snr moi. Pestinte celle des vivants, mais beaucoup pins eeDe des moiûrants. Si j'ai lenr bénédiction > Je ne serai jamais frappé de la malédiction de Dien.

SECTION TRi

ï:\rAA

De fueUe manière le prêtre te daii txnnporter emen tcuies $orte$ de malades.

J'appronve fort la pensée dé oehri fw a dit ^ qne nons avons besoin d'nne sage^iemiie ponr entrar benrensement an monde , et d'mi faonme sagèpMr en sortir benrensement*

Le prêtre qui va assister nn malade , doit se ecoM sidérer comme nn capitaine qui va défendre ime place assiégée par nne paissante «rmée d'ennemis i comme un pilote qui prend la conduite d*nn vais^ seau, et qu'il veut faire entrer dans le poitan tra^ vers d'une infinité d'écueils pendant nn temps d'o^ rage et de tempête s comme nn médecin qui vent et qui doit préserver de la mort éternelle n^ line extrêmement malade , chargée de idaies invété* rées , et brûlée d'une fièvre ardente. Il doit reNmnaître que cette entreprise sui*passe ses forées , et

(1) ^mb, t/b, de bono mortls»

LA SAINTBTÉ BE Là MORT. 213

qa'il n'y réossira jamais sans iu aeeoars particulier de Diea y qu'il doit demander avec bea n c oa p dlin* iiiBilfi et de défiance de soinmeme : Eè fut* itn^ WUÊ^ disait Saûl à David « pour combattre ce fier et ce superbe Philistin ? C'est un géant , et vous n*ites qu^un enfant : Il est rompu au métier de la guerre» et vous ne tavez jamais appris : il est armi jusqu'aux dents , et vous n*avez qu'un bâton en main. C'est avec le bâton de la croix qu'il faut combattre le démon y ce géant furieux et terrible. C'est iHur la Tertu de notre Seigneur que nous en triompiierons y non pas par nos propres forces.

3. Celui qui entreprend d'instruire et de consoler an malade, doit savoir son métier ; je veaxdirc l'art d'assister les mourants ; car c'est une science plos nécessaire que celle d'un médecin ^ ou d'un eapitidne y ou d'un pilote. Si un malade meurt pa^ la faute d'un médecin , si une place se perd par la fiwte d'un capitaine y si un vaisseau fliit naufirage par la faute d'un pilote, ils sont tous dignes de mort ; mais principalement un prêtre , qui ne sachant pas «m métier y entreprend la cure y la dé* fedte, et la conduite d'une ftme.

2. Comme un médecin qui est appelé pour un malade, tâche de connaître son mal , et d'en découvrir la cause; il étudie son tempérament et s'^qniert de sa manière de vivre : Ainsi le prêtre doit d'abord s'informer dé l'état y de la qualité y de l'esprit, des mcnurs, et de la diqiosition du malade y pour lui donner des remèdes propres à son' mal.

21 ft U. PA&T]^

U. Qu'il se donne bien de garde de choquer d'abord son esprit par quelque demande, iiidiscrète ; mais qu'il s'insinue doucement en son amitié : qu'il lui témoigne de la compassion , et qu'il prenne part à sa douleur.

5. Après l'ayolr salué et entretenu quelque temp& de son mal, U lui représentera que la plupart de nos maladies nous sont envoyées de Dieu pour la punition de nos péchés 5 et le moyen le plus court pour en être guéri est d'en dter la cause ; que la paix de l'âme contribue fort à la santé du corps , et qa'il est impossible d'avoir cette paix qqand on est mal avec Dieu ; qu'on ne sait pas ce qui peut arriva; qu'encore bien qu'on ne voie rien de bîendangereux en son mal , cependant la fièvre est un ennemi dont il feut toujours se défier ; que la vie de l'âme nous doit être plus chère que celle du corps ; et qu'on ne peut jamais prendre trop de sûreté quand il s'agitd'une éternité: Nunquam satis magna securiUUjt ubi periclitatur œiemùas.

6. Après cette première tentative , il faut lui demander s'il ne reçoit pas la maladie comme une faveur 5 ou comme un châtiment de la main de Dieu ? S'il n'est pas résigné à toutes ses volontés? S'il ne ire veut pas mourir enfant de l'Eglise catholique 5 apostolique et romaine? S'il n'est pas marri d'avoir offensé Dieu , et s'il est résolu d'en faire pénitence, supposé qu'il lui rende la santé ? S'il n'a pas confiance aux mérites de Jésus-Christ ? S'il m pardonne pas pour l'amom* de lui à tous ses enne*

mis , et s'il n'est pas dans la résolation de satisfaire ' à tous ceux qu'il a offensés? Qu'il s'enquête ensuite s'il a mis ordre à ses affaires : s'il a pourvu à la paix et à J'établissement de sa famille ; s'il n'a point de bien f autrui : s'il n'a point foit tort à personne ; s'il n'a point quelque dépôt entre les mains ; s'il ne sent point sa conscience chargée ^ et s'il est en état de paraître devant Dieu.

7. Après avoir entendu sa confession, il doit le consoler, et lui donner espérance que Dieu lui fera miséricorde , puisqu'il l'a attendu jusqu'alors , et reçu au sacrement de pénitence ; qu'il doit le remnder de cette grftce , et lui protester que si jamais il retourne en santé , il mènera une vie plus chrétienne et plus réglée. Ensuite il le disposera à recevwr les autres sacrements , lui représentant combien ils «ont salutaires et à l'âme et au corps,

S. Après que le malade a satisfait à son devoir , etqn'ilest dans un danger manifeste, qu'il se donne bien de garde de lui tenir de longs discours. Il est de l'esprit du malade comme de son corps , l'un et l'autre n'est pas capable de beaucoup de nourriture ; il faut de temps en temps lui dire un bon mot , puis lui donner le loisir de le goûter et de le digérer.

9. Tout n'est pas bon à toutes sortes de personnes ; et ce qui est salutaire en un temps , ne l'est pas en nn autre. II faut traiter les gens de bien autrement que les pécheurs. Les premiers doivent être consolés 9 et les derniers intimidés. Les motifs de crainte sont bons h ceux-ci avant la- confession;

216 IL YARTIB.

mais après il ne lear faut proposer qae des motib d'espérance , de consolation et d'amonr.

1 0. Il y a un défaut dans le qnd tombent la plupart des confesseurs. Quand le malade a perdu la parole ils lai crient aux oreilles à pleine léte , comme à une personne endormie pour la réveiller. Il y a bien de l'indiscrétion en cela ; car si le malade a perdu Tusage des sens , rous avei beau crier , il ne TOUS entendra non plus que s'il était mort , s'il tous entend encore , il a l'ouïe plus fine que s'il était en santé , ce qui est ordinairo aux malades : car ce sens , tout au contraire des autres , se raffine k mesure que l'âme se sépare du corps. Que si le malade ne donne aucun signe , ce n'est pas qu'il ne tous entende bien , mais c'est qu'il n'a pas la force de répondre. Alors ce lui est un tourment étrange d'aroir un homme qui lui ébranle tout le cerveau fort afiaibli par le tonnerre de sa parole ; c'est ce qui le fait souvent tomber dans de grandes impatiences» et charger intérieurement le confesseur de aille imprécations , comme nous avons appris de quantité de malades retournés en santé.

J'ai assisté une personne de condition à la mort, qui me disait que pour peu qu'on lui parlât » il souffrait comme si on lui eût rompu le crâne de la tête, ou qu'on lui eût donné un coup de levier ; c'est pourquoi je lui parlais rarement, et si bas, qu'à peine m'entcndais-je moi-même , et cependant il m'entendait très-bien.

Ces exemples fondés en raison, nous doivent

LA SAiNTEtÉ DE LA MORT. 217

faire prendre des mesures fort justes aa regard de& malades, de peur que nous ne leur apportions plus d'incommodité que de soulagement; laissons-les mourir en paix , et gardons-nous bien de leur donner quelque sujet d'impatience*

11. Dieu nous garde d'un médecin qui n'a qu'un remède; pour toutes sortes de maux. Il y a des confesseurs qui traitent tous les malades de la même manière ^ et qui n'ont qu'un jargon pour tous ceux qu'ils assistent Ils ont une certaine routine dont ils ne se départent jamais. Qu'un malade soit une personne d'éminente rertu , ils le traitent comme si c'était le plus grand des pécheurs ; ils ne ménagent non plus les faibles que les forts , les ignorants qoeles savants, les scrupuleux que les raisonnables. C^est eo ce point que le\ïonfesseur doit faire paraître sa prudence; car il faut traiter autrement un nialade au commencement de la maladie , autrement les impies que les fidèles, les imparfaits que les parfaits , les âmes dures que lésâmes tendres, timides et scrupuleuses.

12. Au commencement de la maladie, comme j*ai dit , il n'y a pas de mal de proposera un grand pédienr les peines de l'autre vie , la sévérité des jugements de Dieu , le compte exact qu'il lui faut rendre f etautres motifs terribles , à moins que Ton ne comaisse que cela est pour le jeter dans le désespoir -ou dans la défiance de son salut.

Quand il a reçu ses sacrements , il lui faut faire produire des actes de foi , d'espérance, de charité ,

de pénitence 9 de contrition , de résignation & la vo* lonté de Dieu , sans le jeter dans la terreur , qui' serait capable de faire mourir l'espérance qu'on vient de faire naître dans son cœur.

Lorsqu'il esta l'extrémité, il ne lui but plus parler que du paradis , et du bonheur dont il Ta jouir dans le ciel y lui en excitant le désir par des paroles tendres et affectueuses.

SECTION QUATRlfiME.

De quelle manière il se foui comporter eiwert k$

impies.

Quand un malade est impie, il le faut manier avec force et adresse , lui proposant des raisons qui emportent son esprit , et qui lui persuadent efficacement la nécessité de la foi , et la vérité de nos mystères 5 de telle manière néanmoins qu'il nesem* ble pas qu'on veuille disputer avec lui ; cair l'autorité que ces sortes de gens se sont donnée déjuger de tout, les empêche de se soumettre au jagemeni des autres ; et pour peu qu'on les choque , ils se cabrent et se révoltent contre la vérité* Il leur dut faire entendre doucement que la foi est un don de Dieu : qu'ils n'entendront jamais ce qu'il fout croire ,.s'ilfi ne croient auparavant ce qu'ils n'entendent pas ; qu'il n'y a rien de plus visible que la divinité ; qu'elfe se manifeste dairementdans la beauté de l'univers . dans le bel ordre de toutes les créatures , dans b

U SAINTETÉ 1» U IIOIT. 219

Tarîèlé des iriaaget , et dans une infinité d'autrea manières , qu'il faut avoir en main pour établir fortement Tunité d'un principe. Ensuite de quoi on pourra lui représenter , que s'il y a un Dieu 5 il faut qu'il y ait une religion , et comme il n'y a qu'un Dieu véritaUe , il ne peut y avoir qu'une véritable religion ; que la chrétienne » de Ta vende tous les sages, est la plus sainte^ la plus pure et la plus confodrme. à la raison ; que sa fondation , son établissement , sa propagation , sa durée 9 ses combats et ses victoires sont des preuves incontestables de sa vérité ; qu'il n'y a qu'ignorance et brutalité dans les autres sectes; que celle-ci a été approuvée , enseignée 9 et défendue par les plus grands esprits ^ par les plus saints etpar les plus savants hommes de l'univers ; qu'elle est scellée du sang de plus de douse millions de fluutyrs ; que dix-huit conciles généraux ^ composés des plus saints et des plus habiles gens de la terre 5 en ont examiné et approuvé ^les dogmes ; qu'il n'y a que Dieu qui puisse faire des mûrades ; qu'il n'en peut faire pour attester et pour autoriser l'erreur ; qu'il s'en fait une infinité dans l'Eglise catholique ran[>ortés par saint Augustin , par saint Grégoire , et d'autres qui en sont témoins oculaires ;9i'il est impossible que d'un si grand nombre qui est arrivé dans'toos les siècles , il n'y en ait un qui- soit véritable, et qu'un miracle seul vaut autant que cent mille , puisque Dieu ne peut jamais autoriser le mensonge : que si la religion chrétienne est véritable , toutes les autres sont fausses , puis-

220 H. PAETfl.

qu'elle les condamne tontes, et qu'elle déclare qu'on ne pent s'y sanver.

Après tontes ces considérations , il fant prendre le malade du côté de la prudence , lui représentant qu'en matière de salut , il n'est ni de la sagesse , ni de la conscience de s'ezp<Mser à un danger évident d'être damné ; que dans l'état où il est ^ il n'y a point h délibérer quel parti il doit prendre ; qu'il risque tout suivant son sens ; qu'il ne risque rien suivant celui de l'Eglise ; que la lumière naturelle nous enseigne qu'il faut soumettre notre jugement fa l'autorité divine , et que dans une affaire de <;ette conséquence il faut prendre le parti le plus sûr*

Si le malade se rend à ces raisons^ il lui faut faire abjurer ses erreurs , produire des actes de foi sur tous les articles de notre religion , et dans le cours de la maladie tirer de lui des protestations qu'il croit tout ce que l'Église croit , et qu'il meurt dans la communion des fidèles.

Que si l'on ne peut rien gagner sur un esprit re* belle ^ il faut avoir recours aux prières , surtout fiiire dire des Messes , afin qu'il plaise à Dieu d'éclairer cet aveugle , et de toucher ce cœur endurci Nous voyons tous les jours arriver des espèces de miracles en récitant les Litanies de la sainte Vierge ; et j'en ai appris un cette semaine de personnes trèsdignes de foi , dont Dieu s'est servi pour convertir des hérétiques et des désespérés.

lA SAINTETÉ DE LA MORT. 221

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