SECTION CINQUIÈME
De quelle manière on se doit comporter avec les m-
fidiles.
Qvaad c^esl un fidèle quHm assiste^ il y a plus k travailler sur son comr que sur tM>a esprit U faut , cmuuie j'ai dit> lui proposer d*abord quelques motib de crainte et de pénitence ys'il a été dans le désordre: mais après avoir .reçu ses sacrements, il Daint élever son eq>rit k Tespéranee du Paradis ; car il est rave qu'un grand pécheur soit tenté de présomption 9 n'ayant fait que du mal pendant sa vie ; et il faut avoir perdu non-seulement la foi , mais encore la raismi , pour croire qu'on se sauvera par ses propres mérites , sachant qu'on n'a fait aucun bien.
Cette tentation donc n'est ni ordinaire ni dangereuse ; mais celle du désespoir est Recueil où la plupart des pécheurs font naufrage à la mort : car ils savent qu'ils ont offensé Dfeu ; et le diable leur fait voir là multitude et l'énormité de leurs péchés encore plus grande qu'elle n'est U leur représente la justice de Dieu sévère et inexorable : et comme ils n'ont jamais connu sa bonté , et qu'ils n'ont aucune babitttde 4e former des actes d'espérance > si un confesseur prend encore le parti de la justice, ei pèsesur ce côté-là , il est sans doute qu'il le poussera dans le désespoir , principalement si c'est une personne faible et timide. J'en ai vu plusieurs qui m'ont confessé ^ qu'entendant quelques discours que
222 II. PABTIE.
des gens de bien , mais peu discrets , leitr tenaient des jugements de Dien^ Os avaient tté près de se désespérer.
La présomption et le désespoir sont deux extrémités k craindre : mais c'est nn moindre péché , comme j*ai dit, de présumer tnqi de ht bonie de Dieu que d'^ désespérer t et puisqn -B est mmni^ ment impossible qu'on pécheur à la mort phtiumif de ses bonnes œuvres , et que Dieu promet infail-' liblement dans toutes les pages de l'fiericnre de sauver celui qui espftre en lui , e^est le parti qu'il faut prendre ; on doit s'appuyer sur la hoali 4e Dieu et sur les mérites de sou JPils » phnitf i ilf mr u rcr eu paix comme si TdUre ée notre salut étiôt une aflaire arrêtée. Comne f ai traité de cette ma* tière dans l'article des tentations , je n'en dis Tien davantage. Je passe aux âmes saintes , pures et innocentes qui ont été dans l'union pendant leur vie.
SECTION SIXIÈME
De quelle manière il se faut comporter envers les
gens de bien.
Comme l'amour s'augmente k mesure qu'il ap* proche de f objet aimé , c'est en ce temps que les chastes épouses languissent d'amour , et c'est letiT causer une peine inconcevable que de tronbl«r lem repos par de longs discours , et par des molirs de crainte ; il ne faut que dire un mot de tënA^essr pour les embraser d'amour.
LA SàlNTETÉ DE LA MORT. 223
Je conjure les confesseurs par les entrailles de de Jésns-Christ , de ne point troubler le repos de ses éponses , mais de les laisser dormir en paix tant qu'elles voudront sans les éveiller ; elles donnent , ce semble , mais le cœur reille. C'est un sommeil mystérieux que leur mort ; c*e$t une langueur d*amDur que leur maladie. La prudence d'un confesseur consiste h conduire chacun par son attrait ; celui de ces flmes est un attrait d'amour et d'abandonnement de soi-même , de soumission et de confonmté à la volonté de Dieu ; c'est pourquoi tout ce qu'on leur dit ne doit respirer que l'amour , que la paix , que la confiance , que l'union , que l'abandonnement , que la conformité.
On leur peut dire de temps en temps un petit mot , comme serait : Ecce spomus reniï^ Voilà l'époux qui approche. Diciie dilecto» quia amure langtieo. Dites à mon bien-aimé que je languis d'amour. Quando ventes ? Quand vtendret-vous ? Moriar ut te videam. Que je meure pour vous voir.
Ita, Pater. Oui , mon Père , je suis content de mourir pour votre gloire et pour votre amour. Cupio dissohi et esse cum Christo. Que j'ai un grand désir de mourir et d^être avec Jésus-Christ ! Ecce appropinquat hera^ Voilà l'heure qui approche»
Eamus et nos» et moriamur cum iUo. Allons et mourons avec lui.
Lœtatus sum in kis qui dicta sunt milii y etc. Je me suis réjoui quand on m'a dît : Nous nous en allons à la maison du Seigneur.
Quant à ces âpies pintes « je n'ai qu'un avis à leur donner , qui est de mourir conune elles ont vécu , c'est-à-dire dans la paix et dans l'union avec Jésus-Christ , et de ne la troubler jamais pour quelque raison que ce soit La tentation dont elles doivent se donner de garde > est un mouvement de crainte et de défiance» que le diable ne manque jamais d'exciter au commencement de la maladie , en leur mettant devant les yeux tous les péchés de leur vie , et leur faisant croire qu^elles n'ont r^ cherché dans tout le bien qu'elles ont fait 9 que l'estime des hommes et leur propre satisfaction. U n*a pas de peine à le persuader à des ftmes humbles qui ont toujours veillé sur les mouvements de leur cœur ; car comme 11 est presque impossible de faire aucun biea où la nature prenne quelque part, et que l'âme en toutes les rencontres reçoit des impressions de plaisir ou de douleur qui ne lui sont pas libres ; il est facile au démon de lui persuader que ces sentiments sont des consentements , et que les pensées de l'esprit ont passé jusqu'au cœur ; qu'ainsi toutes ses bonnes œuvres ont été infectées de vanité et d'amour-propre.
D'ailleurs comme nous ne pouvons remarquer dans nos bonnes actions , qui sont celles qui tendent directement à Dieu , et que le mouvement de la grâce étant surnaturel ^ il poite l'âme à la vertu d'une manière spirituelle , qui est souvent imperceptible ^ on se persuade aisément qu'on n'a jamais faii un bien pur ^ puisque le surnaturel de l'action
nous lest cacbé , et que le naturel se fait sentir aux âmes les plus saintes» mieux qu'i celles qui ne le sontjias.
Or Pieu permet ordinairement cette tentation , afin que l'âme ne s'appuie pas sur soi-mâme , mais qu'elle mette tonte sa confiance aux mérites de son Fibj et qu'elle s'abandonne à la mort , comme elle a toujours fait pendant la vie. C'est pourquoi quand elle se sentira un peu troublée et inquiétée de l'avenir , et que le diable lui dira qu'elle n'a fait aucun bien» qu'elle lui réponde aussitôt qu'elle en est bien persuadée , que ce n'est pas sur ses mérites qu'elle fonde son espérance , mais sur la bonté de Dieu» et sur les mérites de Jésus-Christ Ensuite qu'elle se perde et qu'elle s'abandonne entièrement poiur le temps et pour l'éternité , mettant son esprit entre les mains de Dien » et son corps entre les mains des hommes. Qu'elle dise avec l'Apotre , Scia cui credùUfetc, Je sais qui est celui à qui j'ai confié mon âme» je connais sa bonté et son amour» je me suis donné à lui » je lui ai abandonné mon salut » il fera de moi ce qu'il lui plaira : je me repose sur la providence» et je lui dirai jusqu'à la mort : Seigneur^ je vous recommande mon esprit s je le remets enr^ tre vos mains g vous me Patez dorme ^ je vous le rends ; faites de moi tout ce qu'il vous plaira^ Ayant dit cehi » elle doit baisser la tête et demeurer en paix » attendant comme une victime le coup de la mort » sans se mettre en peine d'aucune chose et sans rien appréhender pour son salut
226 U. PAHTIÉ.
Ce ii*a pas été non desselioi de donner des avis aux confeMenn qnt sont pins haUleset [rtos expérimentés qoe moi , mais sealement à ceux qui nVmt pas encore acquis tonte Texpémnce ^ et qui ne sont pas versés dans les choses spirituelles.
Nous enseignerons dans la section dernière ce qu'il faut foire et ce qu'il faut dire quand le malade est à Tagonie.