‹ La douce et sainte mortChapitre 13 sur 20 · SECTION SEPTIÈME · texte numérisé non relu

SECTION SEPTIÈME

Prière que doit faire te malade eu celui qui Fassiste.

Saint Augustin dit en quelque lieu , que c'est savoir bien rivre , que de savoir bien prier , et moi j'ajoute : c'est aussi savoir bien mottrir ; car la piëre obtient tout de Dien ; et s'il y il une occasion où die soit de nécessité , c'est à l'extrémité de la vie y d'autant que l'âme alors est dans un danger extrême de son salut. Il fiiut donc que le malade démande à Dien le p«rdon de ses péchés^ la patience dans ses maux , la force contre les tentations > la persévérance finale , la gloire du paradis , et cela par les mérites de son Fils , par l'intercession de sa sainte Mtee 9 et par l'entremise de tons les saints ; principalement de eeux qu'il honore particulièrement Qnand il ne sera plus en état de prier , ce sera au prêtre , ou ft celui qui l'assiste 5 à faire les prières pour lui. La plus noble et in plus efficace de tontes est celle que noire Seigneur a composée., et qu'if nous a lui-même enseignée. Comme elle obtient

tout de Dieu , il la faut récijter en toit temps , mais spécialement k la mort^ Voici une Paraphrase assez déTOte sur cette prière^ que nous avons tirée de nos petites Méditatîons.

Notre Père..

Je croiis» mon Dieu, que yqus êtes mon Père qui m*avez donné la vie de la nature et de la grâce , et de qui j'^espère celle de la gloire. Vous êtes le Père de tous les hommes 5 mais principalement de ce malade que vous voyez sur ce lit que je me ré^ jouis d'avoir un père si bon^ si saint , sa sage^ si puissant! J'espère que puisque vous m'avez donné la vie temporelle, vous me donnerez aussi rétemelle.

Mon Père , j'ai péché contre le ciel et contre vous : je ne suis point digne de polter la qualité de votre enfant ; mais recevez-moi , s'il vous plaît , au nomlHre de vos esclaves.

Mon Père, s'il est possible ,qoe ce calice de mort et de douleur passe et s'éloigne de moi sans que je le boive : toutefois que votre volonté s'accomplisse, non pas la mienne^

O mon Père , je vous rends la vie que vous m'avez donnée. Je suis marri d'en avoir fait un si mauvais usage , et de m'en être servi pour vous offenser.

Mon Père , glorifiez votre Fils , afin que votre Fils vous glorifie : et puisque je ne vous ai point honoré sur la terre , faites que je vous loue et que je vous honore éternellement dans le ciel.

Voulez-vous que je quitte la terre? que mou âme se sépare de son corps , et qu'elle aille Cure l)énitence dans le purgatoire ? Voulei*TOUS que mou corps souffre encore de plus grandes douleurs^ qu'il soit consumé de longues et cuisantes maladies? Je le Yeux, mon Dieu ^ je l'agrée , je m'y soumets, que votre volonté soit faite ^ et non pas la mienne.

Donnez^mus aujourd'hui notre pain de chaque

Jour.

Heureux celui qui mangera du pain dans le rojfaur me de Dieu. Je vous remercie , Père charitable , de m'avoir donné la nourriture du corps et de l'âme pendant tant d'années , et surtout de m'avoir donné le pain des anges qui est le précieux corps de votre Fils Jésus-Christ.

O pain de vie ! je ne crains plus la mort, puis* que je vous ai mangé avant que de mourir. Je n'appréhende plus mes ennemis ; puisque vous êtes avec moi. Je marcherai, fortifié de ce pain , par le désert de cette vie , jusqu'à ce que j'arrive à la montagne d'Ch^b 5 qui est la vue de Dieu.

Vous avez promis et juré , d vérité éteraeUe , que celui qui mangera votre corps et qui boira votre sang, vivra éternellement C'est cette promesse qui dissipe mes craintes , et qui soutient mes espérances, puiscpie nous avons été unis si étroitement en cette vie , vous ne souflrirez pas que nous soyons séparés en l'autre.

Jésus ! donnez-moi mon pain de ce jour ; for*

votre grâce pour faire ce grand voyage de Tétemité ; sans ce pain je tmnberai en dèfiiillance ; et je ne pourrai jamais arriver au cieL

Pardonnez-nous noi offentess comme nous par^ donnons à ceux qui nous ont offensé.

Seignear , le nombre de mes péchés est infini : si vous en tenes compte 9 je sois perdu. Je ne pois pins prier 5 ni jeûner ^ ni faire pénitence I que ferm-je donc pour apaiser votre justice 3 et pour assurer mon salut?

Tous avez promis de pardonner à celui qui par* donnera^ de faire miséricorde è celui qui la fera. O mon Dieu ! je pardonne de tout mon cœur à tous ceux qui m'ont oSensé , et je vous prie de ne leur point imputer le mal qu'ils m'ont fait Je vous demande cette grâce pour eux , et je vous oITre ma mort 9 unie à celle de votre Fils^ pour l'expiation de leor péché.

Et ne nous laissez pas succomber à la tentation.

C'est maintenant , mon Dieu , que j'ai besoin de votre protection et de votre assistance ; car voilà mes ennemis qui m'environnent de toutes parts. Voilà le lion rugissant qui est sorti de l'enfer pour me dévorer. Mais puisque vous êtes avec moi , je ne craindrai point cette béte sanguinaire ; quand je marcherais dans l'ombre de la mort , je n'appré^ headerai rien étant avec vous.

Levez-vous donc , Dien des armées , venez ou

plus tôt k mon secours ; envoyés saint Michel avec ses auges pour combattre mes ennemis. Vous conr naissez ma iaiblesse, il n*y en a point de plus grande au monde ; empochez satan de me nuire , défendezlui de me tenter, du moins ne me laissez pas suc* coiuber h la tentation.

Mab ditivrez-nous du mai

De celui du corps que j*ai bien mérité ; de celui de rame dont Je suis menacé. Délivrez-moi da plus grand de tous les maux, qui est celui de Tenfer. l'accepte toutes les douleurs que je sens ; je suis prêt à aller oîi il vous plaira : mais , A Dieu de miséricorde f je TOUS conjure par la mort et par la passion de votre Fils^ de ne me point envoyer en enfer. Comment pOurrais-je être une éternité sans Toufi louer et sans vous aimer ? Appelez-moi au ciel dans la compagnie de vos Saints , oîi je vous puisse bénir dans les siècles des siècles. Ainsi soit-iL

SECTION HDITIËBIE.

Paraphrttic sur le Salve 5 regina 9 p&ur imptoter tauitance de laêainie Vierge.

Sahe, Begina, Maiermisericordiœ* Je vous lue 5 reine du del.et de la terre , des hommes et des anges , des vivants et des morts.

Je vous salue , mère de miséricorde , et ensuite des misérables. Comme mère de grâce , vous êtes la mère des justes ; comme mère de miséricorde ,

VOUS êtes k mëre des pécheurs. C'est ce qui mo donne rassoraoce de m'adresser à vous » et ce qui mefiiit eqpéfer que vous exauceres mes prières. Si vous éties use mère de justice , je vous craindrais ; mais qu'ai-je à appréhender d'une mère de miséricorde ? ou plutèt que n'en dois-je pas espérer ? L'Eglise vous adonné ce beau nom , d'autant ^9ie vous ouvres Cabtme de la mùirkarde divine à gui vous voulez , autant que vous voulez, et de la numière que vous voulez : de sorte qu'il n'y a point de pé-ckeur, pour énorme qu'il soit ;qui puisse périr ^ si tous daignez prier pour lui, romme dit votre serviteur saint Bernard (i).

Je vous salue donc , notre vie , twtre douceur , et notre espérance. Puisque vous êtes Hère de Dieu, il fout que vous soyes la mère des hommes : car donnant la vie à un Dieu , vous Tavez rendue à tous les hommes. Vous êtes donc notre mère qui nous aveiL conçus avec votre Fils au pied de la crois ; et nous sommes vos enfants , puisque nous vous avons été donnés en la personne de saint Jean.

Vous êtes une mère de douceur , et non pas de sévérité* Nous avions un père de miséricorde en Dieu -: mais il nous fallait encore une tnùre de miséricorde^ Cette glorieuse qualité vous est due , de^ puis que vous axez porté neuf mou durant la misé^ rici^de même dam votre dwste ^ein ; peut^n douter que ^w entrailles ne soient toutes pénétrées de misWi'orde (2) ?

(I) /?ert in Salve Reginar^ (î) Bernardm-

S3& n. fAATiïï.

Veilà ce qui nom donne courage. Voilà ce qui nous remidit de conlBance , et qvi noos Ceût vous appeler , avec rEglifle, toute notre espénmee auprès de YOtre Fib ^ cmnme il est toute notre eqiérance anprès de son Père.

Ad te damamuê, exule$ fUUEvm. Nous vous réclanons, enfinnts d-Eve bannis du paradis. EHenoos a perdus quand elle nous a chassés du paradis terretxte, et par une merveille étrange elle nom a donné la mcMrt avant que de nous donner la vie : mais Dieu vous a choisie pour réparer les dommages que nous a causés la première femme. Vous guérisses ceux qu'elle a blessés 5 voi» «ottt^i^ ceux qu'elk a damnés.

C'est pour cela que nûm criant vers vous , et que nous soupirons , gémissant et pfeurani dan» cette ToUée de larmes (1), où nous sommes chargés de péchés 9 accablés de misères y éioigné» de Dieu , environnés de démons , bannis de notre chère patrie^ et toujours en danger d'être damnés.

Eia ergo Advocata nostra, etc. Çà donc , notre avocate , jetei sur nous les yeux de votre miséricorde. Nous avons un avocat auprès du Père , qui est son Fils Jésus-Christ ; mais nous avons besoin d'une avocate auprès de cet aeecai , parce qu^ estaussinotreju§e{ïj. C'estvousque Dieu a choisie et qu'il a transportée de la terre au ciel , afin que vous intercédiei confidemment pour nous auprès de lui 5 comme parle la sainte Eglise.

(I) /iMac. m. Pr.^ (») Bern.

LA SAIKTKrB BB Là HÛBT. 235

Jeltt donc sur moi les ycn^e TOtremMrtcorde jNinMpiVm ne peut rien T«ir de pins pauvre et de pins aisénble. Si mns mo regardes , tous aurez compassion de nin Miskre ; si tous détonrnei les yenx demoî, ^estfût de mon saint liais où est le péchenr fni poisse dire qne Tons rares wisçimè qnand i Tons a invoqué 7 O Vierge sainte » assistes* moi dann maderniire mabuKe.

Et Jeum ùemdkiumfirueium s eic.^Eî me faites voir «près cet exfl votre PUs très-beni , vous qui êtes beide entre tontes tes femases» C'est vous qui l'avei fait voir au monde revéto de chair ^ et c'est par vous que j^et^èrete voir revêtu de gloire*

O clemens! Omère debontélOpia/ômèrede piété I O iMcis Firgo Maria I à mire de douceur , très-sainte Vierge Marie I

EOe « révélé à une sainte, que lorsqu'on lui dît ces paroles , Eia erjfa Adoocata noitra , eêc* y elle regarde d'un cril E^voralde tons ceux qui rinvoqueDt> et qu'elle leur donne sa bénédiction.

SECTION fiKQYlfcllE.

Ce q^Con doit dire au malade quand onJuiprésenie

le crucifix*

De tous les objets du monde , il n'y en a point do plus doux et qui console plus un malade , que la vile du crucifix : car si l'admiration produit la Joie ,

(S) fHr$* éésêumpi.

236 II. PAKTIE.'

quelle cbiose plus admirable que de voir UD Dieu en croix ? S'il y a du ptaisir à être aimé , quel amour comparable à celui du Fils de Dieu , quiriouflat pour nous une mort si cruelle et si ignominieuse 7 Si l'espérance épanouit le cœur, quelle consolation a un malade de Toirriostrument de son salut » la cause de son bonheur , le principe de sa joie , l'objet de sa ié^ licite^ le fondement de ia paix et de son espérance!

Tout ce qu'on dit à un malade , ne dure pas longtemps dans son esprit ; sa mémoire. , qui d^iend des organes , s'aSaiblissant a?ee le coi^^u'a plus la force de rien garder : quoi qu'on lui confie , il s'échappe et s'écoule ausntôt Outre que la douleur occupant entièrement l'esprit y elle ne lui permet pas de songer presque à autre chose qu'à son mal C'est pourquoi, pour suppléer à cette faiblesse > il fout de temps en temps réveiller sa mémoire.de quelque bonne pensée qui soit douce et courte » qui ne demande point d'application , et qui ne fatigue point l'esprit.

Or il n'y a rien qui fasse de plus douces impressions sur l'âme du malade , et qui entre plus facilement dans son cœur^ que la pensée du crucifix. Pour peu qu'il ait encore de vue , lorsqu'on lui présente ce spectacle d'amour , il réveille sa foi , il relève ses espérances , il ranime sa charité » il renouvelle sa ferveur , et affermit les résolutions qu'il avait conçues de ne le plus offenser. Outre que l'image du Sauveur , le signe de la croix , et le souvenir de sa passion est la chose du monde qu'appré-

Là sainteté hb la mort. 337

hendent le plus les mlins esprits. Il bat donc de temps en temps loi présenter le cmcifiz , et lai dire avec la sainte Eglise :

Ecce lignum crucù , in quo salus mundi pepcudit : venite, adoremu». Voici le bois de la croix ^ où est attaché le salut du monde : venes l'adorer , venez le remercier , venez l'embrasser.

Eccecrueem Damini: fugite, partes oihersœ.

Voici la eroizdn Seigneur ; fuyez, troupes ennemies,

Ecce Rex vester. Voilà votre Roi qui vient vous défendre*

Scee gpmiusvemL Voici votre épouz, âmesainte, qui vient vous consoler.

Beee Sàcerdoi magma qui indiebuM miêpiacuit Deo, et in tempcre iracundiœ fœtus estreconciliO' Ha. Void le grand-prétre de la nouvelle loi , qui a, été infiniment agréable à Dien pendant le cours de sa vie , et qui nous a réconciUés avec lui dans le temps de sa plus grande colère.

Adores ce divin Sauveur. Approches avec confiance du trône de la grflce. Lavez-vous dans ce sang qn'il a versé pour vous. Entres dans ce ccrar ouvert pour votre amour. Baises ces mains qui vous ont formé. Baisez ces pieds qui Tons ont cherché. Slîtes avec la doulenr et llinmilité dn publicaln : Bimi Dieu » wgezprapiee àun pauvre pichtur. Dites avec ce pauvre aveugle de l'Evangile : Jésus Filn de Damdp agez piiié de moi.

238 n* PABTie.

Dites avee la sainle Eftiise : AéorœnuB te, darioeg et benedicimm tibi, etc. Je voua adore^ Jéain-Ghritt mon Seigneur , et je vous bénis , parce que voua avez racheté le monde par votre sainte croix. O Jésus qui avez tant souffert pour moi , ayex pitié de moi.

On peut encore s'adresser à Dieu le Père « et lui présentant son Fils crociié , lui réciter cette Oraison de l'Eglise , qui seule est capable d'apaiser sa colère.

Respice , quœsumus , Domine , super hanefami^ liant , pro quâ Damimu nù$ter Jésus Qiristus non dubitavit tnanibus tradi noceniium, et eruci^êur bire tormentwm. Jetez les yeux » Seigneoar ^ sur ce malade 5 pour lequel notre Seigneur Jesus-Christ n'a point fait de difficulté de se livrer à la puissance des méchants > et de subir le tourment de la croix ; ou ces autres de saint Bernard.

Bespice , Domine sdncte Pater, de eanetuor rio tiiû, et intuere hancmnctam hostiam quam tibi offert magnuM pontifex noeter , sanctus puer tuuM Dominus Jésus , pro peccatis frcirum suorum (1). « Père très-saint et très-adorable^ rcgardei de » votre sanctuaire et du temple de votre gloire » cette sainte victime que vous offre notre grand » pontife votre très-cher enfiuit Jésus notre Sei- » gneur pour le salut de ses frères. •

(t) Serm de Pets* Dom.

LA SAINTETÉ M Là MOIT. 239

Ecee tox êanguùm fratrU nmtri Jesa eùtmat mdtede Cruce. « VoUà lesang de Jésus notre firère, » qui crie pour bohs de dessus la croix. Voilà le » sàug du saint et de Tinnocent Abel qui vous de- » mande miséricorde. ■

CognoiC€,Paier, tunicam fiUi tui Jateph. Uck! fera pessima devaravit euni. « Reconnaisseï , Père » charitable , la robe de votre fils Joseph. Hélas I » il a été dévoré par une bête crnelle et sangui- » . naire. Voilà son habit qui est tout ensanglanté , » qui est percé et déchiré en cinq endroits. »

Reipice» Domine, infaciem Christi tuî, qui tibî usgue ml tnartetn factm est obe4iem : nec recédant ab oculis tuis cicatrices ejys in perpetuum. « Jetei les yeux ^ Seigneur , sur le visage de votre » Fils Jésu»-Cbrist , qui tous a été obéissant jus- • qu'à la mort> et ne détoumex jamais la vue des » plaies qu'il a reçues pour notre amour.

» Pesez f pesez , Seigneur à bi balance de la croix » les péchés que j'ai commis , et les douleurs qu'en- » dure votre Fils très-innocent , et vous trouverez » qu'elles surpassent infiniment le poids de mes ini- » quités , et qu'elles sont plus dignes que vous nous » fiissiez miséricorde , que nos péchés ne méritent » que vous nous lassiez justice. »

Saint Augustin nous propose encore des paroles inlmîm(:nt toudiantes , et qui sont .capables d'at* tendrir le cœur le plus endurci.

2i!i0 ir. PARtte.

Mon frère , dit-il , oavrei les yeux , regardez votre Sauveur en croix. Vide pendenîem, audiprecan^ tem : Pater , ignosce illh. Voyex comme il est attaché ; entendez comme il prie : Mon père , pardonnezleur , car ils ne savent ce qu'ils font ; c'est pour vons qu'il prie ; pardonnez comme lui h tons vos ennemis.

Voyez ce qu'il souffre ; entendez ce qu'il vous dit : Mon Fils, voilà votre mère: Ma mère, voilà votre Fils. Recommandez-vous à la sainte Vierge , et lui dites avec confiance , Ecce quem ornai infirmatur. Ma bonne mère, voilà votre enfant que vous aimez si tendrement , tini est bien malade , il n'en peut plus. Mère de miséricorde , mire de grâce , dèfendez-woi de mon ennemi ,elme recevez sous votre protection à l'heure de ma mort. Je remets mon esprit entre les mains de votre Fils et entre les vôtres , je vous le recommande , prenez-en soin , et ne le laissez pas périr.

Voici une autre dévotion du même saint Augustin, qui est encore bien tendre , et qui peut donner de la confiance aux plus désespérés.

Regardez , mon frère , Jésus votre Sauveur en croix ; quelques péchés que vous ayez commis , il est prêt à vous les pardonner , pourvu que vous lui en demandiez le pardon. Ne craignez point de vous approcher de lui. C'est un Agneau qui n'fi que de ia douceur, et qui vient de s'immoler pour vous. As^ vice quantum valeas , et quantum debeas. Gonsi-

LA SAINTETÉ DE LA UOET. 2àl

dérei ee que tous valei et ce que tous devei. ^'ous vdez la Yie dTao Dieu , et vous (bsves fotre vie à votre Dieu. N'ête»-votts pas content de mourir pour lui , comme il est mort pour vous 7 Intpice vulmra pcnâentù. Regardes les plaies de ce corps déchiré, /mpîce êonguinem warieniis. Regardes le sang de cet Agneau égorgé. Impice preiium redimentis. Regardes le prix de ee rédempteur immolé.

Hé bien ! êtes-vous persuadé maintenant qu'il vous aime 7 Voyex^vous comme 11 baisse la tête 7 C'est pour vous donner un baiser : Capui habet inclina^ tum adotaUanéum. Voyes-vous comme il a le cœur tout mivert 7 Cest pour vous aim^ : Car apertum ad éiligenâam, Yoyes-«vous comme il a tout le corps eiposé aux outrages de ses ennemis 7 C'est pour vous ndwter : Toium corpus extemum ad redhnendum.

Ne craignes donc point de vous approcher de lui , et tâches de correspondre aux témoignages de son amour. A^Nroches votre bouche pour le baiser, étendes vos bras pour l'embrasser ^ ouvrez votre cœur pour Ty faire entrer ; espérez en celui qui est mort pour vous sauver ; dites avec confiance ces paroles du Prophète : Tu e$ Deus Sakator meu$* Vous êtes mon Dieu et mon Sauveur. Dites avec un autre Prophète : Ecce Deus Sahator meus : fiduciatiicv a§am etnontimebo. «Voici mon Dieu et mon Sau- • veur, je traiterai conidemment avec Ini^ je ne » craindrai point , d'autant que le Seigneur est na

(I) rua. n.

^U1 n. PARTIE.

» force et ma louange ^ et qu'il s'est fait mon saint. » Nous puiserons des eaux avec joie dans les fon- » taines du Sauveur. O que c'est une chose terrible » de tomber entre les mains d'un Dieu vivant ! » O que c'est une chose douce de tomber entre IIbs mains d'un Dieu mourant et crucifié pour notre amour.

Outre ces dévotions , en voici quelques-autres qu'on pourra suggérer à un malade, et qui feront infiiîliiblement impres£»on sur son tœùr.

Baisez , monsieur , ces pieds sacrés qui se sont fatigués par tant de voyages • et qui voos ont cherché l'espace de trente-trois années. Dites de cceur on débouche : Quœnnàme $edistila$iuê, redemisti crueem poisus, tantus labar non êUeasêtis. Vous vous êtes lassé à me chercher ; vous êtes monté sur une croix pour me racheter : que tant de travaux que vous avez pris pour moi , ne soient pas inutiles et sans fruit

Baisez ces mains percées pour votre amour , ces mains qui vous ont formé et réparé ; mettez votre, âme entre ces mains charitables , et dites : Manus tuœfecerunt me. Mon Sauveur ^ ce sont vos mains qui m'ont fait , que ces mains me conservent , et me protègent contre tous mes ennemis. O Seigneur » c'est entre vos mains percées que je remets mon esprit.

Baisez ce côté et entrez dans ce cœur où l'amour

a fait une si grande brèche. Pateni arcana corda per foraminaeorpark (i). Voua ne ponvex plus douter que Jésus ne vous aime » vous voyez son cœur par l'ouTerture de son corps : entres dans cette fournaise d'amour ; dites avec David : M(bc reguies mea in secuban ieeuti (2). C'est ici le lieu de mon repos dans les siècles des siècles. Hic Imbitabo, quoniam elegieanu J'habiterai ici , parce que c'est le lieu que j'ai choisi.

Regardes cette couronne d'épines qui est sûr la tête de votre Soi ; il a pris les épines et vous a laissé les roses ^ il a porté cette couronne d'ignominie pour vous mériter une couronne de gloire. Souvenezvoos que ce mal de tête qui vous accable est une de ses épines; que votre mal de côté est un coup de lance que son amour vous a porté ; que les douleurs que vous sentei en toutes les parties de votre corps sont les sacrés stigmates qu'il vous a imprimés*

On peut encore , en présentant le crucifu à un malade , parcourir la passion du Fils de Dieu ^ et le saluer dans les sept stations de ses soufirances , de la manière que nous avons enseignée dans nos petites méditations.

1. O Jésus mon Sauveur, qui avez sué le sang et l'eau dans le jardin des Olives , à la vue de vos tour- Ci; êeraaréas, — (J) /»j. 131. 11.

2/i& ^l« PARTIE.

liients et de mes péchés , et qui vous êtes dépouUlé (le votre force pour vous revoir de bkui infirmité ! Je vous adore , tout baigné ^e wm êtes dans votre Haug. Je remercie votre sacré cœnr de s'être attgé pour moi. Je déteste tous mes péchés qnt en ont été la cause. Je vous supplie de me fortifier contre les frayeurs de la mort et contre les tMtattons du démon. Vous le savey^ et vous Tavei dit^ Ueêpritat prompt, mais la chair esi faibk. DonneiHBoi la force de votre esprit, puisque vous aves {uris Tinfirmité de ma chair. Mon Père , éloignes de va bouche le calice de la mort : toutefois que votre volonté soit faite y et non pas la mienne.

2. Jésus mon Seigneur , qui avei été sonlletë et maltraité chez Anne et chei Calpbe! je vocs remercie d'avoir reçu ces injures et ces confusions pour mon amour. Hélas ! combien de lus vous ai-je outragé dans la personne de mon proebaân , pnu^ que vous tenez fait à vous-même tout le mal qui lui est fait I je vous en demande pardon et à tous ceux que j'ai offensés, et j'accepte la mort en satis&ction de mes fautes.

5. O Jésus mon roi , qui avez été méprisé par Ilérode et par les Juifs , quand ils vous postposèrent h un voleur , à un séditieux et à un homicide ; j'ai un extrême déplaisir de vous avoir tant de fois post« posé au démon , et à de misérables créatures. Je confesse que j'ai eu tort de vous avoir méprisé jus* qu'à ce point , et je consens en satisfaction à être abaiulouné de toutes les créatures, à i>crdre la vie,.

lA SAINTETÉ DE LA U6rT« 2A5

à être Biangé des ifen, à être foolé aux pieds de tout le UMinde , et à-fitre toarmeuté des démons dans le Poifatoire , si vo^e justice eu ordonne ainsi.

h. O Jésus le plus pur et le plus chaste de tous les bounnes^ dont la chair innocente a été déchirée de coups de fouets pour expier les plaisirs criminels que j'ai pris en la mienne : je suis marri de tant de plaies que je vous ai fûtes, et que j'ai si sQUTent renouvdées. J^accepte en pénitence tous les maux que j'ndure, et la mort que j'attends. Je vous cou» jure par vos douleurs de sanctifier mon corps et mon âme, de les larar dans votre précieux sang, et de les purifier de toutes les ordures , i^ que je sois trouvé digne d'entrer dans la Jérusalem céleste , où rien d'impur ne peut avoir d'entrée.

5. O Jésus , le plus grand des rois , qui avez été couronné d'épines, et qui aves porté sur vos épau* les les marques royales de votre principauté ; je vous reconnais pour mon roi , tout méprisé et tout défiguré que vous êtes I et je vous conjure par cette couronne d'épines que vous portez sur votre tête , de me donn^ après ma mort la couronne de gloire,

6. Jésus , mon rédempteur, qui avez été attaché pour moi à une croix , et qui avez versé tout ^Dtre sang pour me retirer de la puissance du démon , dont j'étais esclave ! je vous remercie affectueusement de cet amoiur IncomparaUe que vous

' m'avez porté , et de tant de tourments que vous avez endurés pour moi ; je liaise avec respect vos

sacrés pieds et vos sacrées mains percés de gros cloas* J'adore votre sacré cœur ouvert pour mou amour. Je meurs sur ce lit de douleur au' défaut d'une croix > et je vous prie de ne pas permettre que Je retoome sous la puissance de vos ennefliis et des miens.

O Jésus ma vie^ qui êtes mort pour moi I que puis-je faire pour reconnaître une si grande bonté ? que vouspnis-je présenter qui égale le don que ^ous m'avei lait de votre vie? cellesde tous lesangesetde tous les hommes ne la valent pas. Hé ! de quelle va-* leur setà celle du dernier de tous les hommes , et du premier de tous les pécheurs tel que je suis ? Néan>moins , parce qu'on ne peut donner un plus grand témoignage d'amour à son ami , que de mourir pour lui , je proteste devant le ciel et la terre que je veux mourir pour vous. Je vous donne ma vie que j'aime par-dessus toutes choses ; et s'il m'était libre de ne pas mourir ^ je chercherais la mort partout pour vous donner quelque marque de mon amour et de ma reconnaissance. O Jésus ! je vous conjure par votre mort et par vos souffrances , de bénir ma mort et mes douleurs. Je crois à votre sainte Eglise , je pardonne & tous mes ennemis , je renonce aux suggestions de satan ; je consens à l'arrêt de mort que voiis avez prononcé contre moi. Je vous abandonne mon cmps et mon âme , et j'es* père que vous me ierei la grâce de me recevoir en votre paradis. Ainsi soit-ii.

La dernière dévotioa envers le crucifix consiste en une oraison dévote que saint Ignace notre fondateur récitait souvent , et à qui nous donnerons un pen pins d'étendue.

Ane de Jésus, sanctifiez-moL

Sang de Jésus» purifiez-moi.

Passion de Jésus , fortifiez-moi.

Plaies de Jésus , guérissez-moi.

GcBiir de Jésus , embrasez*moi.

Cloos de Jésus , pénétrez-moi.

Épines de Jésus , couronnez-moi.

Croix de Jésn^, consacrez*moL

Borné de Jésus ^ pardonnez-moi.

Grflce de Jésus , rempIissez-moL

Esprit de Jésus, animez-moi.

Douceur de Jésus , consolez-moi.

Biiséricorde de Jésus , sauveznmoi.^

Pieds de Jésus, venez à moi.

Mains de Jésus, bénissez-moi.

O bon Jésus > exaueez-moi.

Ne vous séparez jamais de moi»

Quand je serai tenté, dé£endez-mol»

AppeleMttoi à l'heure de ma mort , afin que je vous puisse louer avec vos saints dans les siècles des siècles^ Ainsi soit-iL .

Toutes ces dévotions se peuvent pratiquer par les personnes saines , et rarement par les malades

248 II. partie:

. qui ne sont pas capables de longs discours. Que s'il s'en rencontre qui aient Tesprit libre , on pourra , s'ils le désirent 5 lenr en faire pratiquer tantôt l'une , tantôt l'autre , prenant garde de lea lasser ou incommoder,

SECTION DCnËME.

Ce qu*ilfaut faire t/uand le malade est à l'afforùe.

Le malade qui est à Tagonie a plus besoin de prières que d'instructions. Il Jbut de tenps «i t^nps lui dire un bon mot, pnis réciter les litanies de la Vierge et des Saints , et les autres prières qui sont marquées dans le rituel.

% Il ne faut pas manquer de loi donner de nouveau l'absolution sacramentale ^ priiicqMdenient quand il vous aura témoigné qu'il la désire pour le temps qu'il ne la pourra plus demander.

3. Il lui faut donner de l'eau bénite , et en jeter quelquefois sur son lit , parce qu'elle a la vertu de chasser les démons , comme l'a expérimenté sainte Térèse.

U, Si l'agonie dure , il faut réciter la passion de notre Seigneur selon saint Jean,

5. Outre l'absolution sacramentale , il est bon que le prêtre lui donne souvent sa bénédiction en cette manière , ou en quelque autre qu'il lui plaira : Benedicat te Deus Pater qui te creavit.

Que Dieu le Père qui vous a créé, vous bénisse.

LA'sAINTETK de tk MORT. !249i

Benedkat te Deu$ Fitius qui ie redemiL

Que Dieu le Fib qai vous a meheté , vous bé*

Benedkat te Spiritus Sanctuê qui te êonctificavit.

Qne Ken le Saint-Esprit qvi vont a sanctifié , vfMis bénisse.

€. Il UmX par de petits mots réciter k la douleur de aea péchés, et à la confiance en Dieu , lui prononçant souvent les doux noms de Jésus et de Marie.

O très-doni Jésus , ijui pitié de moi.

O Jésus mon Sauveur , sau?ei-moi.

O JéMs mon Père , bénissezHSMi,

O Jésus mon rédempteur 5 pardonnez-moi.

O Jésus ma vie 9 je tous donne ma vie.

O Jésus mon amour » je meurs pour vous 9 je crois en vous , j'espëne en vous , je me donne à vous.

Domine Jem , suseipe epùritum meum. Mon Seigneur Jésus 9 recevez mon eqprit

Inmanus tuas. Domine, etc. Seigneur, je remets mon esprit entre vos mains.

Mater JDet , mémento met. Mère de Dieu , soovenei-vons de moi.

Saint Michel , défendez-moi.

Anges de Dieu 9 assistez-moi.

Mes saints Patrons , secourez-moi.

7. Après avoir fait la recommandation de l'ftme^ si le malade n'est point encore passé , on peut faire une iitanie de la passion du Fils de Dieu , et lui en i-éciter de temps en tem}>s quelque verset.

Jésus qui avei sué le sang ci l'eau » à la vue de vos tourmenl» , ayez pitié de œoL

Jésus qui avez été livré à la mort pour l'amour de moi , ayea pitié de moL

Jésus qui avei été trois heures sur la croix pour mon salut , ayez pitié de moi.

Jésus qui avez prié pour vos ennemis , ayez pitié de moi , etc.

Par votre sainte croix et par votre douloureuse passion , ayez pitié de moi.

Par l'aflliction de votre sainte Mère , ayez pitié de moi.

Par votre agonie et votre mort , ayez pitié de moi 5 etc.

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