ARTICLE ONZIÈME
Ce quUl faut dire aux gen$ de bien quand ib sont
à Cexirtmiti.
Gomme nous conservons à la mort les goûts et les sentiments que nous avons eus pendant la vie , il faat tâdier de connaître l'attrait de son malade , et lui suggérer de petits mots conformes à sa disposition.
Les saintes âmes et les chastes épouses du Sauveur ne se laissent toucher qu'aux sentiments d'amour: c'est pourquoi il faut bien se donner de garde de faire ce que font quelques personnes peu discrètes 5 qui sans aucun discernement ne leur parlen t que de justice, que die comptes à rendre^ que
de la profondeur impénétrable des jagements de Dien ^ qne des péchés de la vie passée , que des rigueurs et des sévérités de la pénitence.
J'avoue quMl n'y a point de mal quelquefois de leur inspirer des sentiments d'humilité , pour les tenir toujours dans une sainte défiance d'ellesmêmes ; mais comme elles ne se laissent point toucher aux motifs de crainte ni d'espérance , et que tout leur attrait est Famour et Tabandonnement , c'est par ces douces pensées qu'il faut réveiller leur esprit quand on le voit un peu assoupi. Les gens de même pays se connaissent à la voix et à Taccent : un mot qne dira une personne qui a l'expérience de ses voies^ et qui est conduite par le même attrait que le malade , fera plus d'impression sur son cœur que ceat mille belles choses que lui dira celui qui n'a point son attrait , et qui n'est point , pour ainsi parler , de son pays. Mon âme s'est iù/uéfiée , dit l'épouse , dès-lors que mon bienraimi a parlé. Une âme qui est dans l'union ^ fond en douceur comme la cire auprès du feu , quand elle entend une parole d'amour.
Il ne faut donc pas traiter ces malades de la même manière que les antres , comme j'ai dit auparavant: il leur faut parler peu, et d'une voix douce 9 et de choses tendres , surtout d'amour , de confiance , de perte de soi-même , d'abandonnemcni y de victime j de sacrifice , de noces , de paradis. Il est difficile de prescrire ce qu'on leur doit dire ; car c'est le Saint-Esprit qui l'inspire à eelui
qui leur parle, et qui lai fiUt énoncer des ehmes toutes conformes à la disposition où elles se trouvent alors. Généralement on peut dire qu'il vaut mieux ne leur point parler du tout« que de leur parler trop , et de trouMar leur repos par des discours longs et ennuyeiBL
Je vous caryure, filkê de JéruBokm , dit TEpoux dans les Cantiques, de nepai éveiller ma bienHÙrmée ; hissez^ dormir tant qu'il lui plaira. Lorsqu'on croit ces malades assoupis, c'est alors qu'ils sont aux noces , et qu'il goûtent des avant-goOts du paradis. Dieu est fidèle , dit saint Paul , «t il ne faut pas croire qu'il abandonne h la mort des flmes qui l'ont aimé de tout leur cceur pendant la yie ; il les fait reposer sur son sein ; il leur donne une paix exempte de trouble et d'inquiétude ; il ks couTre de sa dnnte , comme parte l'Ecriture » et les cache comme de petits poussins sous ses ailes. Ne leur dites donc rien, si vous ne savez que leur dire ; oq si vous voulez leur parier, dites-leur quelque chose qui approche des paroles suivantes, qui doivent être dites en latin à ceux qui l'entendent, parce que le Latin a plus de force et plus d'énergie que le français.
Domine , guid me vis facere ? Mon Dieu , que voulez-vous que je fasse ?
Paraium cor meum, Deus, paratum car meam* Mon cœur est prêt , Seigneur, mon cœur est prêt
Eamus et nos , ut moriamur cum ipso. Allons aussi nous autres , afin que nous mourions avec lui.
Tu scis quia amo te , et animam pono pro te.
LA SAINTETÉ DE Là MORT. 151
Vans saTes qne je tous aime , Seigneur , je suis prêt à mourir pour tous.
Hxwi à Paire, et veni in mundum : iterùm retinquo mundum , et vado adPatrem. Je suis sorti de moD Père , et je suis venu au monde ; main* tenant je quitte le monde , et je m'en retourne à mon Père.
Ita,Paier, qtumiam sic placitum fuit unie te. Oui 5 mon Père , parce que vous le voules ainsi. i Pater, in manus tuas cammendo spiritum meum. Mon père^ je vous recommande mon ftme^ je la remets entre vos mains.
tien inires id judicium cum servo tuo, çuùt nosujustifieabitur in compectu tuo omnis vivens. N'entrez point en jugement avec votre serviteur, car Éul ne sera trouvé juste en votre présence.
Quifaciu^est nobis sapientia à Deo» etjustitia, tt sanetificatio, et redemptio (1). Jésus-Gbrist nous a été donné de Dieu pour être notre sagesse , nént justice , notre sanctification , notre rédéiiiplim.
Pane me sicut signaculum super cor tuum (i).
llettei-moi comme un sceau sur votre cœur ; comme un sceau sur votre bras ; car l'amour est fort comme la mort
(^uandù veniam et apparebo ante faciem Dei{ l) ? Quand viendrai-je , et quand parattrai-je devant la race de Dieu ?
(I) I. Cor, \,—'X Can, 8. — (S) Psal. 41,
Tadei ànimam tneam viêm meœ (iy. Mon Diev , qa'il m*ennuie de viTre,
Ecee spansus venii (2). Voici l'époux qui ?iênt
Venide Libano, spansamea; veni, coranabe^ rtSi(3). Yenei du Liban « mon l^nse ; Yenei^ toqs serez conronnéé»
Dem meus et omnia (&). Mon Dien et mon toot
Quidmîhieêt inùBlo, etc. (5) Que déidrerai-je dans le ciel , sinon vons ; et que puis-je sonhaiter sur la terre après yous , le Dieu de mon cœur , et le partage de mon âme à jamais.
Dominas pars hcBreditatUmem^ et eaUeii met; tu es qui restitues hareditatem memn miài (6). Le Seigneur est mon partage et mon héritage ; c'est vous , Seigneur , qui me rétablirex.
Domine 4mte te omne desiderium meum , et ge* mitus meus à te non est absconditus (7). Seigneur , tout mon désir est devant tous« et mon gémissement ne TOUS est point caché.
Daminus virtutum nobiscum ; susceptar noeter Deus Jacob (8). Le Seigneur des armées est avec nous ; le Dien de Jacob est notre protecteur.
In pace in idipsum dormiam et requiem cam i etc. Je dormirai et je me reposerai dans h paix et sur lui-même , parce que c'est vous » Seigneur , qui m'avez seul affermi dans l'espérance.
Hœc requies mea in sœcuium smculis €tc^ (9)
(t) Job. 10. —(2) Matth. 15.— (3) Cani. 4. — (4) Psal. 71 — (5) PsaU 15. — (6) Psal. 7. — (7) Psai. I, — (8) Psai. 4. — i9) PsttU 131.
LA. SAINTETÉ 1» Là IIOIT. KS
CeÉl ici moa repos daD8 le tiède des lièdct , je d^ menrerai ici^ parce qae c'est le liea que f ai cboisL
Tuusium ego s iohwn me foc (1). Je sois k yoQs i Seigneur » sauvez-moi.
Ccnoeriere, anima mea, in requiem iuam, quia Dandnui benefecit tibi (2). Mon âme ^ entre dans ion repos 9 car le Seigneur fa fait du bien.
Si ambulawero in medio umbrœ moriis, etc. (S).
Quand je march^ais au milieu de Tondire de la mort, je ne craindrai point les maux^ parée que TOUS êtes avec moi.
Deu$ cordiê mei, et pan mea Deus in œter^ nom (&). Dieu de mon cœur, et mon partage à jamais.
Dicite dilecto , quia amure langueo (5). Dites h mon bien-aimé , que je languis d'amour*
Déminas meus et Deus meus (6)» lion Seigneur et m<m Dieu/
Paxvobis, nolite timere (7). La paix soit avec vous 5 ne craignez point
Quœ paratœ erant » intraeerunt cum eo ad nup^ tias (8). Celles qui étaient préparées, entrèrent avec lui dans la salle des noces.
Mortuiestîs, ettitavestra, etc. (9). Vous êtes morts , et votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu.
Beatimorluiqui in Domino, etc (10). Heureux
(1) Pêol 1. 8. ~ (2) Psai. 101. — (3) PsaK 2 1 1 . «- (4) Psal. 72.
— (6) Coff/. f . — (6) Joan. 20. — (7) Lue. 24. — (8; Matth. 25.
— (S) Col. 8. — (tO) Apoe. 14.
256 O. PAETIE*
sont les morte qui meurent dans le Seigneur : dès maintenant , dit TEsprit» Us se reposeront de leurs trayauiL
Quàm bonus Israël Deus l O que le Dieu dlsrad. est boni
Domine^ quis similis tibi (1) ? Seigneur, qui estce qui est semblable avons ?
Quemadmodùm desiderat cervus, eîc (2). Comme le cerf soupire après les eaux , ainsi , mon Dieu, mon ftme soupire après vous.
Quàm dilecta tabemacula iuatetc. (3). Que vos tabernacles sont aimables , 6 Seigneur des armées! moft flme désire avec passion , et languit du désir d'entrer dans la maison du Seigneur.
Sitivit in te anima mea , etc. (&] • Mon ftme brûle d'une soif ardente de vous voir.
LtBtatus sum in hisguœ dicta sunt mihi, etc. (5). Je me suis réjoui lorsqu'on m'a dit : Nous irons en la maison du Seigneur.
Cupio dissohiet esse cum Christo (6). Je désire d'être détaché de mon corps pour être avec Jésus- Christ
On peut ajouter les actes d'Amour et de conformité que nous allons former en la section suivante.
(I) Psai. 72. — (J) ibiiL - (8) PsaU 45, - (I) Psai. 99. - (S) Psa:. 02* — (6) Psal. tOU
tk SAINTEli DB LA MOIT. 257
SECTION DOnZifilfE.
Aeieide vertus qu'en doit faire produire au maladependam tout le coun de sa maladie.
Se metft à la fin de cet Oavrage les actes de toutes les Tertos qn'oa doit fiiire produire à on malade » soit ao commencement 5 soit au milieu , soit à la fin de sa maladie. La diversité platt en tout temps , même à la mort ; car on se lasse de répéter ou d*en-^ tendre toujours la même chose. C'est pourquoi je prqpdse quantité de passages et de pratiques que lepretre ou les domestiques pourront suggérer de temps en temps à un malade > pour entretenir sa déYOtion.