‹ La douce et sainte mortChapitre 3 sur 20 · L PARUS · texte numérisé non relu

L PARUS

pour leur amour. Nous ne pouvons pTus être martyrs : quelle affliction ! mais nous pouvons encore cependant mourir pour Jésus-Christ Nous avons une vie que nous pouvons perdre pour son amour : quelle consolation I

SECTION QUATRIfiME.

La mort met fin à nos misères.

Ces motib doivent toucher les Ames nobles , et tes véritables chrétiens qui ont quelque sentiment d'amour et de reconnaissance pour Jésus-Christ liais quand nous ne regarderions que nos propres intérêts , nous devons désirer la mort comme nn bien infini , puisqu'elle met fin à nos misères , qui sont infinies.

Salomon , le plus sage et le plus heureux de tous les rois , appelle la vie un joug insupportable que Dieu nous a mis sur les épaules : Jugum grave super filios Adam , àdie exitûs de ventre mairie eorum , usque m diem sepulturœ. On porte, un joug avec peine , et on s'en décharge avec plaisir. C'est ainsi que nous devrions vivre , c'est ainsi que nous^âêfsions mourir.

Jacob , ce^fg^d patriarche , interrogé par le roi d'Egypte quel âgeVi*^^^ (*) » répondit qu'il avait cent trente années /§i^ 9"® ^^^ -î^"^ ^® ^^ pèlerinage ( c'est-à-direde sa^vîeT^^^"* P®^^ ®* ^^'

LA DOOGEDB Dl lA MOftT. 55

tMiB , panri et maS : fttàta , an regard de ceax de 868 ancètresL^ qoi vivaient des neuf eents ans a. mauvais à son ^[ard^ parce qne c'était nne chaîne de fliisKres continuelles : et cqiendant on peut ap* pder le temps où il vivait , la saison la plus belle , la plus douce et la plus agréable de la nature. Cétait en quelque façon son printemps. Mais à présent qu'un firoid hiver règne partout, et que la terre ne porte plus que des épines et des ronces « nos jours ne se comptent plus que par nos afflîclioDS, et ne se distinguent plus que par leur malice /comme dit le Fils de Dieu : Sufficii diei maiiit ya (1).

Les Pères sont en doute si la mort est une peine oa une grâce , et s'il vaut mieux vivre que mourir. Quant à la jn^emiëre question , ils sont obligés de rendre cette déférence à la foi , que la mort est une pdne pour Adam ; mais ils disent que c'est une grâce pour ses enfonts , parce qu'elle les délivre d*itne infinité de maux dont la vie est remplie. Saint Ambroise a avancé cette proposition dans l'oraison fimèlnre qu'A a faite de l'empereur Valen* tinien : Tamis mali$ hœe vita repteia est, ut com^ paratione eju$ mort remedium putetur e$êe» non pœna (3). Cette vie est remplie de tant de misères, que la mort esa comparaison est plutôt un remède qu'une peine.

Saint Augustin nous représente un homme vi-

(I) Maiih. 6. 81. — ()) Jmb. in Orat. funeb. de obitu raient.

vant , comme an* coupable que la justice met à la question. Vit-on jamais un criminel aimer la question 5 et se plaindre de ce qu'on ne la lui donne pas asseï forte ^ ni asseï longue , ou qu'on Ten vent délivrer ? Quidest diu vitere, nui diu tcrqueri (i ) ? Qu'est-ce que vivre Ipng-tanps'^ sinon fitre longtemps tourmenté ? Pierre de Blois tire cette conséquence de la proposition de saint Augustin ^ que puisque toute la vie n'est qu'un tourment , c'est nous faire du bien que d'en abréger le cours : Si tota vita tortneniiim est s beneficium est subîià finire vitam (2).

Ce qu'il ajoute ensuite , est beau et digne de son éminent esprit. Il dit donc que c'est un effet de la miséricorde de Dieu y de nous avoir condamnés à la mort ^ et que l'bumme s'étant rendu misérable par son péché , Dieu l'a rendu mortel pour remédier à sa misère ; que la vie lui serait une charge insuppoitable si elle durait toujours ; que son peu de durée fait la plus grande consolation des affligés , et que l'assurance qu'ils ont de bientôt mourir^ est de tous les remèdes celui qui donne le plus de soulagement h leur peine. Quipeccando fecerat se miserum , mortails factus est in miseriœ remC' dium : ciim enim miser ia sit miserum esse , gror vissima esset sarcina sine fine miseriam adesse. Vitœ brevitas miseris est in remedium , qui hoc

(1) Aug. feitn, 7. deperb. Dont, — (2) Pei* Bles.ser. 5. de Advent..

Ul DOUCEim DB Li MORT. 57

ip$o quàd cita mùriuntur , toterabitiia cneiantur.

C'est nne chose étonnante 5 que Dieu n'ait point condamné Cain à la mort , ponr aToir toé son frère, mais sealement à être vagabond sur la terre ( 1 ) : car il était de la justice de ne pas ' laissa* le premier homidde impuni 5 et la justice veut qu'on ôte la vie à cehiî qui Ta ôtée , principalement & un frère et an plus innocent de tous les hommes , et à la naissance du monde 5 ojk tout était de conséquence pour Tavenir , puisqu'il devait servir de règle à tonte la postérité. TertuUien répond à cette question 9 que Dieu laissa la vie à Cain , comme le plus grand et le plus terrible de tous les châtiments (2) ; qne c'eût été pour lui' une peine trop légère que de mourir ; qu'il fallait le laisser vivant sur la roue reqpace de quelques siècles. Ce misérable ^ dit-il ^ désirait la mort ; il était insupportable à lui-même ; il dierchait partout la fin de son exil : Mais Dieu prriongea sa vie pour prolonger sa peine : Cupidum mortis vetuitmori, ut lueret deUctimi. Ce n'est donc pas une grâce que la vie , mais une peine. C'est la réponse que font les Pères à la première question que j'ai proposée.

Quant à la seconde , ils disent tous généralement qu'il vaut mieux mourir , que de vivre. Leur sentiment est fondé sur le témoignage des saintes lettres 9 que si Ton considère la vie en elle-même 9 le

(I) Erit Tagus et profugiu super terrain. — (3) TertaU /. 2. contra Mare»

58 1* PABTIB.

meiUeur e&t de ne poiat ulire ;et wpgosi qu'on 80it né^ que le meillenr est de moorir bientôt C'est ce que dit formellement le roi des sages , après avoir goûté de tous les plaisirs de la vie» Laudavi magiêmortuoi guàm vmnieê, etfelkiorem uirO' guejudicavi , gui twedmn naiuê ai ,■ nec vidiî mata qWBsub sole fiùnt (1). J'ai estimé les morts plus l^enreux que ceux qni sont vivants ^ et la condition de ceux qui ne sont jamais nés> et qui n'ont point vu le mal qui se fait sous le ciel , préféraUe ii celle des uns et des autres.

Saint Ambroise en rend une très-belle raison : d'autant , dit-il , que celui qui est mort a cessé de pécher , et celui qui n'eit point né a ignoré le pé-* ché : Mortuuf prmfertur viuntig quk> peccare desinii : moriuo prœferiur quifuUut nw est »,guia peccare neicivit (2).

C'est dans ce sentiment que Jérémie se phJgiiait de ce qu'il était venu au monde (S) ; que Jobmaudissait le jour de sa naissance (&) ; qu'EUe demandait à Dieu la mort en grâce. Hé , mon Dieu , disait Jonas ^ tirez-moi de ce monde , je vous en coiyure , car la mort , toute terrible qu'elle est , me sera incomparablement plus douce que la vie : Domine , toUe , quœso 9 animam tneam àme » quia melior rnihiest tnon quàm vita (5). Il faut que la vie soit un graçd mal 9 puisque les plus saints de tous les hommes ^

(t) Beeiéu. I.s. * (2) In Pi. tOO. — (8) Jer. SO. — (I) Job. 9i — (5) m. 2. Res. 24.

Là OOUCEim DE Là IfOlT. S9

et ks idm grands «mis de Dieu la jugeaient plus ddiense qoe la mort ^ et pins insupportable que l'enfer , où ils allaient après la mort

J^ est un joge recevable ea cette matière , car il a en Texpérience du bien et du maL Voici son jiq^ement en trois paroles. Homo naius de maliere, trevi mvens tempcre, repletur mutiù mi$erii$. L^omme né d^nne femme 5 vit fort peu de temps j et est rempli de beaucoup de misères. C'est comme s'il disait j Phomme qui est né de Dieu f natt maintenant d'une femme; celui qui était immortel ^ vit à présent fort peu de temps ; et celui qui jouis- •aitde toutes les délices du paradis , est maintenant rempli de beaucoup de misères.

Saint Bernard fait des réflexions admirables sur éesparoks (1). Lliomme, dit-^l^ est rempli de beaufstfopf ou plutôt de toutes sortes de misères ^ de corps , d'esprit et de cœur. Il est misérable quand 11 dort 5 misérable quand il veille ^ misérable de qndqne côté qu'il se tourne , etc. Consideranti tilnquiê$î»; occurret iibi homo mubu» et pouper, et miter et mùerabUiê. Si vous considères ce que vous étes^ vous trouverei que vous êtes un iMMune nu^ pauvre^ malheureux, et misérable en toutes manières. Homo tMene , guod homo tit. ' Vu homme qui a regret d'être homme. Embetcem liuod ntidui tit, qiii a honte d'êtire nu. Pkraiu quàd natus sit , qui pleure de ce qu'il est né. Mur-

(t) Bern, duodeetm grad, humil.

murons quôd ad laborem mtm sît y qui nrarmôre de ce qa'il est né pour travailler. Voilà ce qae c'est que rhomme.

Saint Augustin a fort bien remarqué , que tous les enfants qui viennent au monde .« pleurent avant que de rire ^ car ils pleurent au sortir du ventre de la mère , et ne rient que beaucoup de temps après : et la cause de leur mal est le pressentiment, dit-il 5 des maux qu'ils doivent enduren C'est pour cela qu'il les appelle de petits prophètes de leur misère : Quando plorabat nascem , propheta suœ calamitatis erai (1). GLose étonnante ! Cet enfant qui vient au monde ne peut encore parler , et prédit déjà le malheur qui lui doit arriver, tiondum laguitur, et jam praphetat

Le même saint docteur rapporte et approuve la coutume de ces peuples qui pleuraient à la naissance de leurs enfants 5 et qui se réjouissaient à leur mort , d'autant , dit-il , que l'homme natt pour travailler 5 et meurt pour se reposer : Homo nascitur ad laborem , maritur ad q'uietem. Nous avons bien plus de sujet d'entrer dans ces sentiments f nous qui sommes éclairés des lumières de la foi : car quel moyen de se réjouir à la naissance d'un homme que le péché conçoit /que la douleur enfante, que la misère nourrit, que la tristesse consume , que le chagrin dessèche , que la pauvreté poursuit, que la maladie tourmente,

(f ) Serm. 24. de verà. Àpoit.

Là DOUCBOR DB lA MORT, 61

qae la OMrt enlève » et eDâevelit souvent dans les enfers?

Sénèqne dit avec quelque raison , que s'il était an choix de Tâme d'entrer ou de ne pas entrer dans son corps, elle aimerait mieux rentrer en son néant 5 que d'édore à la lumière du jour, voyant la prison affreuse où elle va s'enfermer ^ le boujii)ier infftme oik elle va se plonger, les péchés infinis qu'elle va commettre , les maux innombrables qu'elle va endurer, La nature , dit-il , trompe les enfants leur donnant la vie : elle leur fenne les yeux, pour ne pas voir l'appareil des tourments qu'ils doivent souffrir.

«Ten^r^ais dans un champ dont je ne trouverais jamais le bout, si je voulais Csdre le récit de toutes \t$ miaères qui accompagnent notre vie. Mille aulauns l'ont ûdt , et chacun de nous , sans avoir éindiéj le sait par sa propre expérience. Il n'y a pWMmne qui ne dise du plus profond de son cœur ajreç le sage fils de Sirach : O mon , bonum est jwtkfùfm tmtmhomini iruUgenti» et qui minora-iur virUmê, defectoœtate (1). O mort , que ton ju-> sèment est doux et agréable à celui qui est tombé dana l'indigence » qui n'a plus de forces et qui e^ cbai|;é d'années. Melior est mors quàm vita mnsara; ei refuies œtema, quàm languor perse^ venam (2). La mort est préférable à une vie fâcheuse

(1) Vlta fallai, tita misera , nemo accipereleam nisi darelur

iniclit. — (2) Eceles, 41. ^

62 I. PABtIE*

et amëre ^ et on repos éternel ik une langueur de durée. Voilà ce qui faisait souffrir saint Grégoire de Nazianze > et qui In! faisait dire incessamment à Dieu : Seigneur , tiépçuiUez^moi de cette chair dont je suis revêtu comme d'un habit très-pesanig et donnez-^m'en un plus Uger^

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