NOS RELIGIEUSES
Vous les voyez passer dans les rues des villages et des villes; vous les rencontrez près du lit des malades, dans les hôpitaux; vous savez qu'elles se sont données aux oeuvres de miséricorde et de piété; quand vous les nommez : « ma bonne sœur », vous dites bien. D'où viennent-elles? de partout. Elles sortent de familles pauvres et de familles riches, de familles chrétiennes le plus souvent, et parfois de maisons où Dieu est comme ignoré. Leur enfance a ressemblé à la vôtre. Quand elles étaient petites, elles jouaient, elles couraient, elles aimaient à rire, elles avaient des amies, leur mère les grondait plus d'une fois par semaine, elles avaient peut-être beaucoup de peine à être sages : rien, dans l'apparence, ne les distinguait des autres enfants. Celui qui aurait lu dans leur cœur y aurait vu de la bonne volonté, et une attention plus grande à demeurer pures.
Un jour, plus ou moins tôt, elles ont entendu l'appel de Dieu. C'est là une chose mystérieuse et certaine. Une force raisonnable, persuasive et puissante, les attire au sacrifice, et leur demande, pour le soulagement de la misère du monde, leurs douces mains, le regard compatissant de leurs yeux, chacune des heures de leur vie et tout l'amour de leur cœur. Même
J /^ BRtTOn.
celles qui devront s'enfermer dans les clôtures et passer dans la prière la plus grande part de leurs jours et de leurs nuits, le feront par tendresse pour toute l'humanité vivante et pour les âmes des morts, afin de réparer les ignorances, les lâchetés et les fautes. Toutes, elles ont lutté contre elles-mêjiies, elles ont souffert de la séparation. J'ai un ami que sa fille a quitté ainsi, quand elle avait vingt ans. Il m'a raconté quelques-uns de ses souvenirs, et il en parlait comme de l'heure qui vient de sonner, et qu'on entend encore vibrer par toute la maison. Il disait :
« Mon enfant va se faire religieuse. Elle achève de se faire aimer de nous. Elle vit ses derniers jours parmi nous, et ils sont remplis de la joie jalouse de l'avoir, et de la douleur de la perdre. Quand nous nous regardons, elle y pense, et j'y pense à ce départ dont la date est écrite entre nous. Elle est calme, plus prévenante que jamais, et joyeuse par l'extrême pointe de sa volonté, qui dépasse le trouble où nous sommes, où elle est comme moi. Elle ne cache pas sa peine, qu'elle domine. Elle me dit : « Les moindres choses de la maison m'attachent : ma chambre qui est dans l'ordre que j'ai voulu, un ruban, mes oiseaux, mon dé d'argent, mon bénitier, le jour qui entre droit en face de mon lit, les photographies rangées sur ma table. J'ai de la peine à briser. Cependant il le faut. » Elle est appelée en pleine jeunesse, en pleine