‹ La douce France. Illus. de J.M. BretonChapitre 25 sur 81 · NOËL · texte numérisé non relu

NOËL

volonté et par la droiture de la vie : des païens, des schismatiques, des hérétiques, plusieurs de ceux que les hommes eussent damnés volontiers, et qu'une justice plus miséricordieuse aura déclarés recevables là-haut. Je médite souvent sur cette doctrine, et j'admire combien elle est large, et combien fortement elle incline au respect d'autrui. Je pense, avec délices, que la plupart de ces âmes saintes ne sont que des pardonnées. Je les appelle à mon secours, je leur dis : « Donnez-moi la bonne volonté à laquelle une si belle promesse a été faite : la paix qui est si loin de Timmobilité. »

Noël.

En certains villages normands, aujourd'hui encore, on peut voir, à la messe de minuit, des bergers avec un agneau. Si j'en crois un de mes amis, on a compté, cette année même, dans le bourg de Venable, près de Gaillon, plus de quinze bergers, couverts de la houppelande et portant la houlette. Ils se tenaient, par honneur, dans le chœur de l'église. Que venaient-ils faire? Vous le devinez. Un grand souvenir a traversé les siècles. Les pauvres furent les premiers invités à saluer Dieu fait homme. Ils le furent par les plus grands seigneurs, les anges, qui se montrèrent à eux et chantèrent le premier Noël. Ahl je les vois, ces bergers, sur les colhnes de

Bethléem! Ils sommeillaient à demi, appuyés sur leur bâton, n'attendant rien, sinon que la lumière de la lune passât et que vînt celle du soleil. Le vent glissait le long des pentes. Ils se défendaient contre lui en lui tournant le dos, en s'accroupissant sur leurs talons, et leur manteau traînait à terre. L'ombre des oliviers voyageait lentement parmi les cailloux. Une rumeur inusitée arrivait de la ville assoupie et blanche. Il y avait des lueurs de lampes à quelques fenêtres, à cause de la foule qui emplissait les hôtels. Un des bergers, le plus vieux, songeait : « Si je pouvais avoir un abril » Et le plus jeune rêvait : « Si quelqu'un pouvait me sourire! »

Ce fut alors que les anges parurent et dirent : « Venez! »

Les bergers descendirent tous des collines. Ils vinrent chacun de son pâturage. Les plus âgés ne tiraient plus la jambe; les plus soigneux ne pensaient r plus aux brebis : ils avaient le cœur tout plein de la musique divine qu'ils venaient d'entendre, et de la promesse faite aux hommes de bonne volonté. Et, tant qu'ils furent en chemin, ils se crurent bien heureux. Mais quand ils virent l'Enfant, ils jugèrent que la joie an-

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