‹ La douce France. Illus. de J.M. BretonChapitre 26 sur 81 · NOËL · texte numérisé non relu

NOËL

cienne n'était rien, et que le bonheur c'était maintenant; ils sentirent que leur cœur s'ouvrait tout grand; ils comprirent que la joie des âmes était née, que la loi de crainte était finie, que tous les hommes étaient aimés, et que, pour aller à Dieu, les bergers avaient le pas sur les rois.

Depuis lors, tous les pays de chrétienté ont composé des chansons de Noël; tous les fidèles ont chanté la nuit la plus belle que le monde ait vue. Ils ne savent quel nom lui donner, comment lui dire : « Nous vous remercions. » Un poète du xvi^ siècle, le comte d'Alsinois, l'appelle « la nuit la plus heureuse, nuit couronnée en beauté non pareille, nuit éclairée en beauté plus que rare, nuit divine, nuit bénite, nuit désirée, qui à tous jours doit être préférée ».

Ne restez pas dans vos lits, cette nuit-là, mes petits; demandez à vous lever; prenez le chemin de l'église : votre place est auprès de la crèche. Comme les bergers, vous ne pensez pas à grand' chose; comme eux, vous n'apporterez d'autres présents que vos coeurs tendres. Si vous laissiez venir les années, vous seriez comme les rois, qui ne furent reçus que les seconds, qui eurent bien du tracas pour former leur cortège, et un voyage bien long à faire, et qui donnèrent de l'or, de la myrrhe et de l'encens.

Mes petits, j'ai souvent songé : que devinrent les présents des rois? Il me semble que l'or fut distribué, par l'Enfant Jésus, aux bergers qui

go LA DOUCE FRANCE.

ne se lassaient pas de revenir. La myrrhe, qui embaume, Jésus la remit à sa mère, en lui disant : « Gardez-la pour m'ensevelir. » L'encens fut jeté au feu de l'étoile, de l'étoile qui avait amené les mages, et dans les nuits de Noël, quelquefois, j'ai cru respirer son parfum et voir sa vapeur blanche.

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