‹ La douce France. Illus. de J.M. BretonChapitre 27 sur 81 · LA FRANCE AU DELA DES VOSGES · texte numérisé non relu

LA FRANCE AU DELA DES VOSGES

Ce que furent les deux provinces d'Alsace et de Lorraine.

L'histoire de l'Alsace-Lorraine, depuis la guerre de 1870, c'est le livre des regrets. Nulle fraction de peuple, séparée par la force, n'a donné de plus belles preuves, ni de plus constantes, de sa fidélité à l'ancienne patrie. Or, cette patrie est la nôtre. Toutes les larmes versées, tous les sacrifices faits pour elle, disent qu'elle est digne d'amour.

On peut affirmer que la Lorraine devint toute française dès l'avènement du duc Stanislas en 1736; mais elle était partiellement à nous depuis bien plus longtemps, et des Lorrains avaient combattu pour la France avant même que Jeanne d'Arc eût paru.

La réunion de l'Alsace à la France, qui eut

CE QUE FURENT L'ALSACE ET LA LORRAINE. qi

lieu en 1648, était désirée parla plupart des Alsaciens. Ceux mêmes qui ne l'avaient pas souhaitée s'y rallièrent vite et fortement. La domination française fut douce. Elle respecta les franchises, la langue, la liberté religieuse des nouveaux Français. Rien ne ressemblait moins que l'Alsace d'alors, à un pays conquis, soupçonné et contraint. Déjà, en 1 709, sous LouisXIV, l'ambassadeur du roi de Prusse écrivait : « Il est notoire que les habitants de l'Alsace sont plus Français que les Parisiens, et que le roi de France est si sûr de leur affection à son service et à sa gloire, qu'il leur ordonne de se fournir de fusils, de pistolets, de hallebardes, d'épées et de plomb, toutes les fois que le bruit court que les Allemands ont dessein de passer le Rhin, et qu'ils courent en foule sur les bords du Rhin, pour empêcher ou au moins disputer le passage à la nation germanique, au péril évident de leur propre vie, comme s'ils allaient en triomphe. Il faut donc laisser les Alsaciens au Roy qu'ils adorent, et au pays auquel ils donneront maintenant toujours conseil, faveur, aide et secours dans l'occasion. »

Louis XV fut reçu triomphalement par l'Alsace. Plus tard, sous le règne de Louis XVI, Strasbourg célébra par de grandes fêtes l'anniversaire de sa réunion à la France, et ses représentants proclamèrent en son nom : « Tous les ordres et citoyens de la ville de Strasbourg, jouissant depuis cent ans, sous la domination

de la France 1, d'une tranquillité et d'un bonheur inconnus à leurs ancêtres, ont marqué le désir unanime de témoigner publiquement leur reconnaissance et leur attachement. »

Pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire, plus encore que sous l'ancien régime, l'Alsace et la Lorraine firent superbement leur devoir de provinces frontières. De tous les vignobles, de toutes les houblonnières de l'Alsace, et des plateaux onduleux de la Lorraine, il se leva tant de soldats glorieux que la liste en serait lourde, même pour la mémoire d'un enfant bien doué. Rappelez-vous seulement Kellermann, de Strasbourg, le héros de Valmy; le comte de Custine, de Metz, qui prit Mayence; Kléber, de Strasbourg, dont la statue est encore là, sur une place, comme un peu de France, vivante mystérieusement, et devant laquelle les étudiants défilent chaque année; Mouton, de Phalsbourg; Rapp, de Colmar, engagé à seize ans; Lefebvre, de RoufFach, duc de Dantzig par la grâce de la victoire ; le maréchal Ney, de Sarrelouis; Lassalle, de Metz; Richepanse, Molitor, Eblé... Aujourd'hui encore, en igio, soixanteseize généraux, originaires d'Alsace -Lorraine, figurent sur les contrôles de l'armée française.

C'est une partie de cette Lorraine et c'est presque toute l'Alsace, qui furent arrachées à

I. Strasbourg n'avait été définitivement réuni à la France qu'en septembre 1681.

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