‹ La douce France. Illus. de J.M. BretonChapitre 40 sur 81 · C°" DUNES · texte numérisé non relu

C°" DUNES

Pâtures pour chameaux

Gao-GâO

Mais deux herbes aussi aident à les découvrir, et Vune d'elles, en vérité, ne semble pas avoir d'autre office, car elle est si coriace que les animaux n'en veulent pas, ni les chevaux, ni les

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ânes, ni même les chameaux. L'autre est le hâd, une plante grasse, épineuse et salée, dont les chameaux font volontiers leur nourriture. Quand elles croissent toutes les deux, dans une dépression du désert, on peut creuser : l'eau n'est pas loin. On boit, on abreuve les bêtes, on remplit, pour l'étape prochaine, les peaux de boucs qui servent de tonnelets, et, quand la caravane est partie, le sable recommence à combler le puits et bientôt à l'effacer.

. Puisqu'il y a des hommes, dans le Sahara, et du butin, il doit y avoir des voleurs. Ils ne manquent pas. Depuis les temps les plus anciens, certaines tribus nomades, qui paissent leurs troupeaux aux confins du désert ou dans le désert même, les Touareg notamment, se sont faits une terrible renommée de pillards, et la méritent. Les Touareg, la tête enturbannée, le visage voilé jusqu'aux yeux d'un voile noir, armés et adroits, habitués depuis l'enfance aux fatigues et aux intempéries, fourbes, intrépides, renseignés sur tout ce qui bouge dans l'étendue des sables, forment des, bandes de maraudeurs, des « rezzous », et partent à la poursuite des caravanes. Ils sont montés sur des chameaux de selle, d'une espèce plus svelte, plus rapide, obtenue par sélection, et qu'on appelle méharis. A peine ont-ils rejoint les lourds convois de marchandises ,tué les conducteurs, et refait la provision d'eau au puits le plus voisin, ils se perdent dans les dunes, et qui les rattrapera?

Autrefois, personne ne les rattrapait. Ils étaient impunis. Mais le temps de la France est venu. Elle a paru au nord du Sahara, elle a paru au sud, et elle a dit : que les caravaniers passent en paix; s'ils sont attaqués, Je châtierai les pillards!

Tout de suite, l'effort a commencé, et je vais vous en raconter l'histoire. Le 19 décembre 1893, un détachement de marins, conduits par le lieutenant de vaisseau Boiteux, s'emparait de Tombouctou. C'était un poste avancé dans le désert. Mais comment gouverner de là tout l'océan des sables? Les colonnes d'infanterie légère qui rayonnèrent au sud, à l'est, à l'ouest, — on avait peur encore des profondeurs du nord, — dégagèrent la place et la rendirent à peu près sûre. En 1897, un premier corps de chameliers, armés pour la poursuite des nomades, fut organisé par le lieutenant de cavalerie Rampont. Mais les chameliers étaient des noirs, et non pas des Arabes ou des Touareg. Ils ignoraient l'art de soigner les chameaux, de les dresser, de les ménager, et probablement de les aimer. Tout le troupeau périt avant d'avoir servi. L'année suivante, un autre officier de cavalerie, le lieutenant de Gail, réussit à quitter Tombouctou, à la tête de 32 méharistes exercés. Pour la première fois, une force française foula les pâturages de hâd et les abords des puits, jusqu'à 120 kilomètres de la ville, et les tribus commencèrent à craindre cette puissance que le sable n'arrêtait pas. En

lyo LA DOUCE FRANCE.

1904, on fait un coup d'éclat, une chose d'une incroyable hardiesse. Les Français occupent depuis longtemps l'Algérie. Mais quelle limite, vers le sud, convient-il de fixer à ce Gouvernement Général? Où finira la province d'Oran? celle d'Alger? Où commencera notre Afrique occidentale Française? Il faut l'aller voir. Le commandant Laperrine descendra donc, avec ses méharistes, dans l'extrême sud de la province d'Oran, pendant qu'un officier de Tombouctou, le capitaine Thévéniaut, essayera de traverser tout le Sahara, au pas de ses chameaux. Des deux côtés, on passera dans l'inconnu, on montrera le drapeau tricolore à des Arabes qui n'ont jamais reçu d'autre visite que celle des maraudeurs, des marchands enturbannés, ou d'un vautour égaré. Le rendez-vous est pris. C'est Timiaouine, un misérable village, perdu dans les dunes. Le capitaine Thévéniaut emmène avec lui soixante soldats, et, — observez bien ce détail d'immédiate civilisation, — un brave commis des Postes et Télégraphes, qui s'appelle Gombemorel. Combemorel va étudier le tracé de la ligne télégraphique qui reliera, plus tard, bientôt, les postes français du Niger à ceux du sud algérien. Tout réussit, au prix de fatigues magnifiques. L'Algérie et le Niger se donnent la main à Timiaouine. Les chefs règlent la question de frontière. Les soldats chantent des chansons de marche autour des puits. On se sépare. « Adieu les Africains du

nord ! — Adieu les Africains du sud ! » Les caravanes rentrent dans la grande mer croulante, chaude et dorée. Celle de Thévéniaut regagne Tombouctou à travers des régions très ingrates et des mieux ignorées. Elle avait vécu plus de six mois dans le désert; elle avait poussé sa pointe à 5oo kilomètres de son point de départ. La plupart de ses chameaux en moururent. Mais la preuve était faite. C'est grâce au méhari, avec des compagnies montées, que nous pourrions établir notre domination et faire la police du Sahara.

En effet, deux ans plus tard, — le temps de remonter notre chamellerie, — nous commençons la meilleure des opérations de police. Un second rendez-vous est pris, le commandant du territoire militaire des oasis sahariennes, lieutenant-colonel Laperrine, vient à la rencontre de notre compagnie méhariste de Tombouctou, et la rejoint à Taodéni, c'est-à-dire à la frontière nord du Sahara, dans la région la plus désolée du globe, mais où se trouvent des mines de sel gemme qui fournissent le sel à une partie de l'Afrique. Les marchands, pillés presque chaque année, par des « rezzous » formés au Maroc ou en Mauritanie, demandent pro tection pour la grande caravane de novembre. Ils mettent leur confiance dans ces Français qui viennent du nord, qui viennent dumidi, qui montent à méhari comme les Touareg, et qui parlent enfin, aux caravaniers toujours inquiets,

de libre commerce et de justice » Puissiez-vous , disent-ils, assister au chargement des blocs de sel, quand le mois de novembre ramènera vers Taodéni tant de marchands et tant de bêtes de charge; puissiez-vous éloigner les pillards, qui sont là, toujours, dans les dunes, guettant les faibles! »

Ce fut promis. Au début de l'hiver de 1907, tout ce qui vit dans le Sahara apprenait que les Français protégeraient « l'azalay ^ ; » la nouvelle courait d'un puits à l'autre ; elle était murmurée, de capuchon à capuchon, par les courriers dont les pistes se croisent sur les sables, et tout le désert en frémissait, de joie ou de fureur. La caravane, cette année-là, fut plus nombreuse, et plus fructueuse, que celles, des deux années précédentes. Les Touareg se tinrent au loin; ils n'osèrent pas approcher, et, de nouveau, le désert connut ces choses 2.

Nous avons, aujourd'hui, en bordure du Sahara, plusieurs groupes de méharistes. La région de Tombouctou est gardée par les section d'Araouan et de Ras el Ma. D'autres

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