C'est le nom donné à la grande caravane annuelle du sel
2. Cette même année, au mois d'avril, les capitaines Cauvin et Pasquier, les lieutenants Langlumé et Vallier, à la tête de leurs méharistes, avaient fait une reconnaissance vers Timiaouine, rencontré là-bas les troupe» algériennes, et suivi, pour le retour, dans l'immensité saharienne, des routes toutes nouvelles.
sections sont échelonnées vers l'est, à la limite du désert, et sur les pistes fréquentées par les caravanes.
Vous vous le représentez bien le tirailleur vêtu de bleu, botté de rouge, assis sur un petit siège de bois, en avant de la bosse du méhari. Il touche, avec les pieds, le cou de l'animal. Il le conduit avec une seule guide. Deux peaux de bouc, pleines d'eau, accompagnent la selle, et la bordent, à droite et à gauche, d'un gros bourrelet qui danse. En arrière, le tirailleur a posé et attaché, en travers du chameau et sur la bosse même, un sac de cuir où sont enfermées des galettes de mil à la graisse, ou des galettes de blé, que l'eau des puits doit amollir. Et il va, où la France veut qu'il aille. Il a entendu parler du pays des blancs. Peut-être a-t-il fait le voyage de Paris ou de quelque colonie. Mais il connaît surtout ses chefs, qu'il aime, qu'il n'abandonne jamais, qu'il considère comme des êtres supérieurs, en même temps qu'un sentiment confus de l'origine commune lui fait dire : « Sang de nègre, sang de blanc, c'est la même chose. » Quand le méhari paresse, et broute en marchant les touffes de hâd, le tirailleur le fouette avec la longue lanière en cuir d'hippopotame. La bête reprend son pas tranquille, ou son petit trot d'amble, qui double sa vitesse.
L''^tape sera longue, trente, quarante, cinquante, quatre-vingt kilomètres : mais au bout,
il y aura l'eau du puits, Teau qui ranime, et qui repose, et qui fait dormir.
Et maintenant, vous savez ce qu'il faut savoir, pour comprendre ce que fut le combat d'Achorat.
Le Combat d'Achorat.
Au mois de novembre 1909, la grande caravane annuelle pour le transport du sel, l'azalay, s'organisait dans la région d'Araouan, au nord de Tombouctou, et les pâturages, disséminés parmi ces grands espaces désertiques, étaient pleins de chameaux de bât et d'ânes, que des nomades de plusieurs tribus dirigeaient vers les mines de sel gemme de Taodéni. Autour des puits, on était presque sûr de trouver des campements; l'eau rare, sans cesse puisée, remplissait les peaux de bouc pour la traversée des dunes ou des steppes, pour les longues étapes de la soif. Excellente occasion, offerte aux pillards arabes, maîtres très anciens du désert. Mais, depuis quelques années, ainsi que je l'ai dit, la France commençait à protéger les gens de l'azalay, et, le 16 novembre, un détachement de tirailleurs méharistes partait d'Araouan pour Taodéni, afin de faire la police de cette grande foire. Il était commandé par le capitaine Grosdemange, commandant la première compagnie; le lieutenant Morel commandait le peloton de reconnaissance; ils avaient,
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SOUS leurs ordres, trois sous-officiers européens, deux sous-officiers indigènes, dont le sergent très brave, et devenu légendaire, qui s'appelait Diara Fofana, cinq caporaux, un clairon et soixante-trois tirailleurs.
Force bien réduite, et qui pouvait être exposée à de terribles rencontres. Avant son départ, le bruit avait déjà couru qu'un fort rezzou de nomades pillards avait été aperçu par des gardeurs de chameaux d'une tribu amie, qui s'étaient enfuis à son approche.
A peine la compagnie s'est-elle mise en marche qu'un courrier vient, à toute allure, annoncer qu'en effet, les pillards ont paru aux environs de Bou-Djébiha, et réclamer la protection des Français, Le capitaine décide de modifier l'itinéraire primitivement établi, et de faire une reconnaissance vers ce pays. Alors commence une chasse mouvementée. Il faut d'abord lever le gibier, puis le poursuivre, puis l'atteindre. Dans la journée du i6, on fait trente kilomètres. Le 17, on rencontre un homme, qui déclare que les gens du rezzou ont tiré sur lui et lui ont enlevé six chameaux. Le 18, la compagnie bivouaque en dehors du village de Bou-Djébiha.
Des renseignements arrivent de plusieurs côtés. Mais, comme toujours, ils ne sont pas très précis. Les éclaireurs ont relevé les traces d'un campement de méharistes au puits d'Anefis, mais, selon les uns, les pillards sont au
nombre d'une centaine; selon d'autres, ils ne sont pas plus de cinquante. Le 20 novembre, la compagnie reprend la marche vers l'est. Elle se hâte. En un jour et demi, elle parcourt quatre-vingt-cinq kilomètres. En arrivant au puits d'Anefis, elle apprend que le rezzou, assurément bien renseigné, a déguerpi. On le suit à la trace, de puits en puits, pendant huit jours et pendant de longues heures de nuit. Il est insaisissable. Les Arabes accueillent nos troupes avec des démonstrations de joie, mais, par peur des vengeances, hésitent à servir de guides. A l'une des étapes, les hommes refusant de nous montrer la route, une femme s'écrie qu'elle guidera les Français, et quelques hommes alors viennent avec nous.
Le 27 novembre, des traces d'eau répandue autour d'un puits, quelques animaux de prise abandonnés, le sable partout fraîchement foulé, donnent au capitaine Grosdemange et aux tirailleurs la certitude que l'ennemi va être rejoint. Dans la nuit du 28 au 29, à deux heures du matin, pendant une marche, à huit cents mètres en avant, on aperçoit des feux. La flamme monte tout droit, et la fumée aussi. On voit, autour des feux, des silhouettes en mouvement. Il y a un petit renflement du sol, des bancs de cailloux : les guides reconnaissent le puits d'Achorat. Aussitôt, le capitaine divise son détachement en deux sections. Il laisse quelques hommes à la garde dos chameaux de selle. D'autres
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déjà sont en arrière avec le convoi. C'est une petite troupe de quarante-cinq tirailleurs, qui s'avancent au pas de charge, sur une ligne, baïonnette au canon, pour enlever le camp des nomades. Défense a été faite de tirer. Ils arrivent, ils surprennent l'ennemi; mais, aux premiers cris des blessés, les pillards, couchés et dormant tout autour du puits, s'éveillent, et, s'abritant derrière les chameaux et les bagages amoncelés qui leur servent de rempart, se défendent à coups de fusil. Ils ne sont pas une cinquantaine, comme on l'assurait, mais cent quatre-vingts, bien armés. Les tirailleurs, en plusieurs endroits, tournent l'obstacle, pénètrent au milieu des bêtes affolées, se heurtent aux pillards, qui ne reculent pas. On se bat corps à corps. Diara Fofana, deux fois blessé, continue de se battre. Le capitaine est en pleine mêlée. Il a la barbe brûlée par la poudre d'un coup de fusil tiré à bout portant; une balle traverse son casque, une autre ses vêtements. L'adjudant Rossi est blessé, et un caporal sénégalais, chargeant le corps sur ses épaules, l'arrache aux ennemis et le porte à cent mètres en arrière. Plusieurs tirailleurs tombent morts. A la lumière voilée de la lune, le capitaine aperçoit une troupe de guerriers touareg qui se défilent hors du campement, et menacent de prendre à revers l'une des deux sections engagées. Il lance contre eux le lieutenant Morel et quelques tirailleurs, qui arrêtent l'ennemi. Puis
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il ordonne, car cette bataille de nuit devient par trop incertaine, qu'on se retire au delà du terrain dénudé, jusqu'à de petites dunes pierreuses, plantées de maigres arbustes, et oii il fait creuser des trous de tirailleurs.
Le jour n'est pas levé. Pendant une heure, les coups de fusil sont rares. On voit confusément, à cinq cents mètres en avant, des formes mouvantes, nombreuses, d'hommes et de chameaux autour du puits. Quelques-uns des bandits touareg emplissent en hâte les peaux de bouc, afin de ne point mourir de soif dans le désert, si la bataille est perdue; d'autres fortifient les abords du puits et chantent le chant de la mort des guerriers. Le jour se lève. La fusillade recommence. Des chameaux chargés d'eau et de sacs fuient vers le nord. Mais les tireurs ennemis, armés de fusils à tir rapide, embusqués derrière les replis de terrain ou derrière le retranchement qu'ils viennent de construire, tuent encore plusieurs de nos combattants. Un autre contingent de nomades, campé dans les dunes lointaines, a répondu aux appels des guerriers. Ils arrivent en rampant, ouvrent le feu contre nous, avancent, nous débordent. Il ne s'en faut pas de cent mètres que nous ne soyons entièrement enveloppés par eux. Le capitaine Grosdemange, « admirable de sang-froid, dirige le feu des tirailleurs ^ ». Il n'a