NOS MARINS
obstruent l'entrée du Ménam. Les officiers prévirent tout, et n'hésitèrent pas.
A six heures, le capitaine de frégate Bory,
commandant l'Inconstant, ordonne de faire route et franchit la barre. La Comète suit, à quatre cents mètres, commandée par le lieutenant de vaisseau Dartige du Fournet. A six heures trente.
i86 LA DOUCE FRANCE
au moment où les deux navires, ayant doublé un banc de vase, prennent le milieu du fleuve et s'approchent du fort de TOuest, les Siamois, sans provocation, sans avertissement, tirent sur eux, avec leurs pièces de 21 c/m, cachées dans des tourelles blindées. Les Français ne répondent pas encore, mais tous les hommes courent à leur poste de combat, et, comme aux jours de fête, à la pointe de chaque mât, le pavillon tricolore est hissé. «... Au tumulte de la première minute, a succédé un silence profond. Après le frisson de la surprise, après un flux de pensées rapides et chères qui sont le cri du sang, il semble qu'on entende battre son cœur... Le fort Phra-Chula se couvre d'éclairs et de fumée; son tir, évidemment repéré d'avance, est bien ajusté, quoique nous soyons à quatre mille mètres de lui. Ses pièces à éclipse n'apparaissent qu'au moment de faire feu , puis redescendent aussitôt dans leurs puits blindés... Toujours muets, nous continuons notre route à dix nœuds Les Siamois ne pourront pas dire que nous avons manqué de patience, et d'ailleurs, plus nous serons près, mieux nous riposterons. Les gros obus de 2 1 c/m labourent la mer autour de nous, ricochent avec un son mat, passent à travers la mâture, suivis de ce bruit d'ondulations stridentes qui semble un vol d'ailes de métal... Nous sentons par moments le souffle de ces projectiles dont un seul, frappant la flottaison ou les chaudières, suffirait pour mettre un de nos navires