‹ La douce France. Illus. de J.M. BretonChapitre 44 sur 81 · NOS MARINS · texte numérisé non relu

NOS MARINS

hors de combat. Sur la passerelle, l'officier de manœuvre compte les coups à haute voix ^ » A six heures quarante-trois, un obus touche l'Inconstant, et tue le maître charpentier. Nos navires répondent au feu de l'ennemi. Ils avancent toujours. La nuit va tomber. Devant eux, le fleuve est barré par des coques de bateaux coulées, des chaînes, des pieux. Il ne reste de libre qu'une ouverture de quatre-vingts mètres. Au delà de la passe, qui doit être garnie de torpilles, neuf bâtiments de guerre siamois sont embossés, et attendent nos deux petits navires qu'ils vont accabler d'obus et de balles. Que croyez- vous que va faire le commandant Bory? Il faut que la France passe, elle passera. Il ordonne « : à toute vitesse ! » L' Inconstant et la Comète se précipitent en avant, droit au milieu du chenal. Une torpille éclate à quelques mètres de rinconstant, et ne le touche pas. « Il franchit le barrage, et s'engage entre les deux lignes ennemies. Il est superbe au milieu du feu. Sa coque blanche disparaît dans la fumée ; ses hunes jettent des flammes; il marche dans une sorte de nuage traversé de lueurs rouges, que dominent fièrement ses mâts pavoises de pavillons tricolores... La Comète, suivant les eaux de son chef de file, traverse à son tour la flottille sia-

I. Journal d'un Commandant de la Comète, par le C* Dartige du Fournet. Un vol. Paris, Pion Nourrit et Ci». 1897.

l88 LA DOUCE FRANCE.

moise, ripostant de droite et de gauche, faisant ïeu a la fois de sa grosse artillerie, de ses hotchkiss, de sa mousqueterie des gaillards. L'ennemi a des mitrailleuses dont le crépitement s'entend même à travers le piaulement des balles et le fracas de la canonnade. Pendant quelques minutes, une averse de projectiles pleut sur nous, et, comme par miracle, personne n'est encore blessé; mais, au moment où nous élongeons le dernier bâtiment de gauche, grand navire à voiles blanc que nous laissons à cent mètres par bâbord, une de ses salves tue à leur pièce les canonniers Jaouen et Allongue. Notre canon de retraite répond par un obus en plein bois; le feu cesse; nous sommes hors du guêpier ;... il est six heures cinquante-huit. »

Avant d'atteindre Paknam, les deux navires français passent encore devant le fort de l'Ilot, qui les canonne de ses huit grosses pièces, et les manque. Pendant qu'ils filent à toute vitesse, une petite lumière les suit dans les ténèbres. Elle se démène et danse dans le sillage. Seraitce un torpilleur ennemi? Les pointeurs de la Comète en sont persuadés. Ils ne la quittent pas des yeux, et voudraient la couler à fond. Heureusement leur conseil n'est pas écouté. C'est la vedette de l'Inconstant, un simple canot à vapeur, qui a traversé toute la bataille, a subi le feu, comme un cuirassé, mais sans pouvoir répondre, n'a pas été touché, et tâche de rejoindre la flottille.

Page 1