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LE SIEGE DES LEGATIONS

l'aspirant Herber et quarante-cinq marins, à la légation de France. Après quelques jours, les Boxeurs s'approchent de tous côtés, construisent des barricades, s'établissent dans les maisons voisines, lancent des torches enflammées, attaquent à coups de fusil, et bientôt à coups de canon, les murs, les toits, les retranchements rapidement élevés par nos marins. Leur nombre est considérable ; leur fusillade est souvent aussi nourrie pendant la nuit que pendant le jour. Les ennemis sont à la fois les Boxeurs, agitateurs venus de partout, et des troupes régulières chinoises, que la duplicité de la vieille reine laisse combattre contre les Européens. On estime que 10.000 hommes enveloppent les Légations, que défendent 3i5 soldats et quelques volontaires. Dans la journée du i3 , commencent les grands incendies, allumés par les Boxeurs, et qui détruisent, en trois jours, i3 églises, 7 écoles et 7 hôpitaux européens. Le 16, un quartier de Pékin, où se trouvent les boutiques de marchandises européennes, est pillé et brûlé. Une foule de chrétiens chinois sont venus chercher abri dans le voisinage des Légations, et se mettre sous la protection de l'Europe.

Nos marins, répartis en petits postes, courant aux points où l'attaque est la plus vive, obligés d'éteindre un incendie, de relever pendant la nuit un pan de mur jeté à bas par un boulet, de veiller aux mines que les Chinois creusent pour entrer dans la place, ou pour la

faire sauter, sont en danger dès qu'ils se montrent. Des tireurs, partout embusqués, les guettent. Dans ce combat presque continuel, les Français montrent l'entrain légendaire de la race. Ils ont, en plus de la bravoure, l'initiative et la belle humeur. Le carnet de notes publié par M. Darcy en donne cent preuves.

A la date du 18 juin, on y peut lire un billet, — le dernier, — que l'enseigne Henry a réussi à faire parvenir à son chef, un billet où il raconte qu'il a repoussé l'assaut des Boxeurs, et que les matelots « gardent tout leur entrain », et qui se termine par ces lignes si déférentes, si vibrantes, en dessous, de jeunesse et d'audace : « M'autorisez-vous, si l'occasion s'en présentait, à prendre l'oflfensive pour aller surprendre les Boxeurs avant qu'ils n'attaquent? » Le voyezvous, ce jeune Breton de vingt ans, qui n'a que trente hommes pour tenir garnison dans le vaste enclos du Pé-t'ang, mais qui les connaît tous, et, à cause de cela même, souffre d'être réduit à un rôle de défense, et de ne point aller à l'ennemi, un contre cent? Quelques jours plus tard, le 27 juin, la légation de France est furieusement attaquée. Vers onze heures, la colère des ennemis semble tomber. Les officiers et les marins estiment que c'est une permission de déjeûner. Mais le deuxième maître canonnier Le Gloanec, un brave, un de ceux qui s'habituent tout de suite à la guerre, et mènent la vie de danger comme une vie de plaisir, regrette d'avoir

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quitté le poste d'observation qu'il avait trouvé, le toit d'une maison, d'où il pouvait apercevoir les Chinois et répondre à leur feu. Il n'achève pas de déjeûner, il se lève, grimpe sur les branches d'un platane qui lui a déjà servi d'échelle, et gagne son toit. Hélas! il a été vu par les ennemis cachés dans les maisons et les ruines. Une balle lui fracasse la tête; il tombe; il est mort. Tous ses compagnons et ses chefs accourent autour de lui. Son commandant le pleure comme un ami. « Devant ces restes inanimés, dit M. Darcy, j'éprouve un gros serrement de cœur : c'est plus qu'un auxiliaire actif, courageux, intelligent et dévoué que je perds, c'est presque un ami. Souvent, derrière les barricades, pendant les accalmies, nous parlions ensemble de la Bretagne où nous avons laissé, l'un et l'autre, tant de personnes chères. Il a là-bas deux fillettes qui grandissent sous le même ciel et à côté de la mienne; mais leurs rires frais et gracieux d'enfants insouciants voleront longtemps encore de vague en vague, avant qu'elles n'apprennent le malheur qui les frappe, et surtout qu'elles n'en comprennent toute l'étendue. » Le Gloanec est le cinquième Français qui meurt pour maintenir le droit de la France, qui est chez elle dans sa légation, et pour protéger plusieurs milliers d'hommes, de femmes, d'enfants chinois, menacés comme chrétiens, et qui ont eu confiance dans les puissances d'Europe.

DOUCE FRANCE. l3

Deux jours plus tard, c'est l'aspirant Herber qui est tué, à la même place. On cesse de se battre un moment. On accourt à ce nouveau malheur. Les matelots ont à la main leur fusil tout fumant. Ils regardent ce jeune officier, « qui était adoré et respecté de tous ». Plusieurs ont les yeux pleins de larmes. Ils ne peuvent pas même lui rendre les derniers devoirs et le porter jusqu'à la tombe qu'on va creuser dans le jardin. Les Boxeurs préparent l'assaut et attaquent les murs à coups de pioche; d'autres s'approchent d'une écurie, et, avec des étoupes enflammées, portées au bout d'une perche, ils essayent d'incendier la charpente. Vite, les défenseurs reprennent leur poste de combat.

Ce qui est admirable chez eux, officiers et matelots, ce n'est pas seulement le courage, c'est l'endurance dont ils font preuve. Chaque matin, chaque soir, on espère qu'on va entendre le bruit du canon du côté de l'est, et qu'une colonne de secours envoyée de Tien T'sin va délivrer les assiégés. Les moindres signes, les tumultes confus qui s'élèvent ici ou là, dans l'immense ville, des fusées qui montent au-dessus du palais impérial, les moments d'accalmie où les Boxeurs s'arrêtent de tirer, tout est rapporté à cette espérance unique. Mais les semaines passent et rien ne vient. Nos Français défendent chaque mur, chaque pavillon du jardin, les écuries, les ruines mêmes, et ne se retirent que quand la position est intenable. Avec quelle opiniâtreté! Vous

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pourrez le demander au fusilier breveté Lesneven, si vous le rencontrez en Bretagne. On Va. vu rester le dernier derrière une barricade, et la garder tout seul, et il a fallu, pour qu'il revint, répéter l'ordre bien des fois.

Cependant les nôtres reculent lentement. Les murs de tous les appartements sont criblés de projectiles. Au milieu de ces scènes de mort, dans ces jardins et ces cours où les balles se croisent en tous sens, comme les mouches en été, une jeune femme montre autant de courage que les hommes. C'est la femme du ministre d'Autriche, M. de Rosthorn. « M™^ de Rosthorn, dit M. Darcy, promène toujours au milieu de nous sa figure si fine, si douce et si rieuse. Si elle se rend compte du danger, elle dissimule tellement bien ses impressions, qu'il est impossible de lire sur son visage la moindre trace d'ennui ou d'inquiétude, excepté quand son mari s'expose plus qu'il ne devrait le faire, ce qui lui arrive trop souvent. Elle a un mot aimable, une attention, une prévenance pour tous, volontaires, officiers et matelots; on est sûr de la trouver partout où l'on a besoin d'elle. Mais M™^ de Rosthorn veille surtout sur nos malades; elle sait trouver du lait condensé pour préparer ellemême les bouillies ou les boissons ordonnées par le docteur Matignon aux dysentériques. Merveilleuse maîtresse de maison, elle empêche le gaspillage de nos dernières boîtes de conserves, réservées aux blessés. »

Le Siège du Pé-T'ang.

Le mois de Juin est écoule'; le mois de juillet va finir. Les Légations tiennent toujours. Pendant ce temps, Paul Henry, avec trente matelots français et dix italiens, défend la cathédrale et la mission. Paul Henry était né à Angers, d'une famille d'origine bretonne. Huit frères ou sœurs et peu de fortune, une enfance très gaie et très protégée, une éducation très chrétienne, beaucoup d'entrain naturel, le goût de la mer et l'amour de la France, voilà toutes les racines de cette vie héroïque et brève. Il prépare les examens pour la marine, il entre au Borda, il fait quelques voyages d'études, puis la campagne de Crète; le i^'" janvier 1900, pendant un congé, il est désigné pour rejoindre le d'Eiitj^ecasteaux, alors en Extrême-Orient. « Quelles belles étrennes ! s'écria-t-il, en rentrant chez lui, j'embarque pour faire le tour du monde 1 » Il ne devait pas revenir. Il avait vingt-trois ans.

J'ai raconté comment, arrivé de Tien T'sin à Pékin, sous les ordres du commandant Darcy, il avait été chargé, par celui-ci et par le ministre de France, M. Pichon, de défendre le Pé- T'ang.

Le Pé-T'ang, situé presque au centre de Pékin, formait un parallélogramme, entouré de tous côtés par des rues, et protégé par un mur de clôture. Il renfermait un grand nombre de

constructions récentes : la cathédrale au milieu, la résidence de l'évéque, M^"" Favier, celle des missionnaires, un séminaire, des écoles, des imprimeries. Au nord, séparé par une rue, un autre vaste domaine, dénommé le Jen-Tsé-T'ang ou maison de charité, enfermait dans son enceinte la résidence des Sœurs de la charité de Saint- Vincent de Paul, un dispensaire, un orphelinat, des écoles aussi pour les petites Chinoises. Ces deux établissements français, depuis le commencement des troubles, étaient devenus des lieux de refuge pour une foule de chrétiens, chassés de la campagne ou de la ville même, par la terreur. Ces réfugiés, venant s'ajouter aux prêtres de la mission, aux religieuses, aux quatre cent cinquante jeunes filles des écoles ou des orphelinats catholiques, aux enfants des crèches, formaient une population de plus de trois mille quatre cents personnes, que Paul Henry devait défendre avec quelques matelots. Il y réussit. Bientôt isolé, les communications avec les Légations étant devenues impossibles, élevé, par la force des choses, au redoutable commandement de tout ce petit peuple, ce jeune homme donne les plus merveilleux exemples de talents et de vertus ; il a l'autorité du chef, le don d'organisation, le courage entraînant, la bonté souriante et compatissante. Il fait creuser des tranchées, relever des murs, mettre en défense la cathédrale qui servira de citadelle. Faute de fusils, il arme de pieux et de bâtons une cen-

taine de Chinois, les exerce, les discipline, leur assigne des postes de combat, ou plutôt des postes de guet, le long de la muraille, et il attend l'ennemi. L'ennemi ne tarde pas à venir. Ce fut un siège terrible que celui du Pé-T'ang. L'enseigne Henry écrivait au crayon, sur un carnet, les événements de chaque jour, ses craintes, ses espoirs, les traits de bravoure de ses hommes, et le compte minutieux des cartouches dépensées *. Ces notes, comme celles de M. Darcy, font le plus bel honneur aux soldats de la France; elles racontent les mêmes batailles acharnées, de jour et de nuit, des surprises, des incendies, des mines qui éclatent, hélas! et des blessures, et des morts. Pendant deux mois, il n'y eut presque point de répit. Contre cette cathédrale, ces hôpitaux, séminaires et écoles, défendus par quelques Européens, les Boxeurs et, avec eux, les réguliers chinois ont tiré plus de deux mille cinq cents boulets, obus, boîtes à mitraille, et des millions de coups de fusil. On a compté jusqu'à quatorze canons bombardant ensemble la mission. Des centaines de fusées incendiaires et de gerbes de paille allumées ont été jetées sur les toits. Quatre mines ont éclaté ; un plus grand nombre ont été éventées et détruites par les assiégés. Parmi ceux-ci le siège a

I. J'ai publié la plus grande partie de ce journal dans L'Enseigne de vaisseau Paul Henry, i vol. Marne et G'% éditeurs.

fait quatre cents victimes, dont trente-huit chrétiens chinois, deux frères maristes, un missionnaire français, six matelots italiens, quatre matelots français et leur officier tués au feu. Les marins italiens ont eu trois blessés; les marins français neuf; les religieux du Pé-T'ang cinq. Mais le drapeau tricolore qui flottait sur la cathédrale n'a pas été pris ; l'ennemi n'a pu entrer ; les survivants ont été sauvés du massacre et de la torture.

L'enseigne Henry était la grande âme forte qui maintenait, dans l'épreuve, la discipline et l'espoir. Ses matelots lui ont rendu témoignage. Dans des lettres, écrites après le siège, du fond de la Bretagne, ou de la Provence, pendant le congé , ils ont fait de leur chef un éloge plus émouvant que les plus belles oraisons funèbres. « Grâce à lui, dit l'un d'eux, nous avons tenu tête, trente hommes, à une armée ennemie. Pendant deux mois et demi de guerre, et grâce à lui, nous avons échappé à une mort épouvantable ; si nous avions eu un autre que lui, je pense que nous n'aurions pas échappé. » Tous répètent : « Il était si aimable! Il savait consoler tout le monde. » Le chauffeur auxiliaire Louarn dit, mieux encore : « Il trouvait pour nous des mots très affables, au plus grand des combats. » Le fusilier Peuziat ajoute : « Il voulait jamais que nous aurions montré notre tête aux Chinois, et lui, il ne se cachait jamais. On craignait toujours pour notre commandant, parce qu'il n'avait

peur de rien. » D'autres rapportent qu'il ne mangeait Jamais sans s'être assuré que les hommes avaient leur ration; qu'il mangeait souvent avec eux, que, plus souvent, il couchait près d'eux, soit qu'il dormît tout habillé dans le réduit du poste, pour être le premier levé en cas d'alerte, soit qu'il abandonnât son lit par charité pour les malades. C'est ainsi que le matelot Lalès ayant été pris d'un accès de fièvre violent, l'officier le coucha dans son propre lit, et s'étendit luimême par terre, à côté. Il aimait ceux qui luttaient et souffraient avec lui ; il avait secrètement recommandé aux gradés de ne pas punir les matelots, de les traiter bonnement, et, après tous les combats, de les féliciter.

Le 3o juillet, vers six heures du matin, au moment où il allait tenter une sortie, pour s'emparer d'un canon qui causait grand dommage à la porte fortifiée du Jen-Tsé-T'ang, un messager vient l'avertir que les Boxeurs se précipitent contre la muraille du nord. L'officier demande deux hommes de bonne volonté, et court au point menacé. A peine a-t-il pris place sur un échafaudage, et commencé de diriger la défense, qu'une balle lui traverse le cou. Presque en même temps, une seconde balle l'atteint en plein corps, et le perce de part en part. Paul Henry a encore la force de descendre. Les matelots qui l'attendent le voient s'avancer tout pâle; il défaille, tout le monde se précipite; on porte le blessé sous une véranda, où un prêtre chinois.

M. Tso, lui donne les derniers sacrements. Le combat est abandonné; plus personne ne défend les murailles. Tout le monde pleure le chef, l'ami, la jeunesse qui meurt. L'évéque, prévenu, ne peut cacher ses larmes. « J'étais à prier le bon Dieu, raconte-t-il, quand mon domestique me dit : « L'officier est blessé! — Qui? Paul! » Je cours immédiatement; je n'avais pas fait trois pas quand il me dit : « Il est mort! » Je m'étais retenu jusque-là de pleurer, mais ce jourlà je n'ai pas pu. Sa blessure lui avait enlevé la parole. Il était souriant, et il n'a pas eu une petite ride ni un changement sur son visage, jusqu'à la fin. On me l'a apporté, il était étendu sur un petit lit; déjà sa figure était toute blanche. Il était là comme une figure de cire qu'on met sur les autels, blanc et deux fois plus beau qu'il n'était pendant sa vie. Et c'était un bel homme. »

Ce sourire du mourant, tous les hommes accourus autour de Paul Henry l'ont remarqué. L'un d'eux, Peuziat, qui a vu l'officier descendre de la muraille et s'avancer, dit : « Il nous regardait en souriant; il voulait nous parler, mais il n'a pas pu. » Louarn dit, de même : « Quand notre chef a été tué, il est venu tomber dans les bras d'un marin, et nous regardait en souriant, voulant encore nous encourager, et ne paraissant nullement souffrir, quoique percé par ces deux balles qui devaient le faire souffrir horriblement. » Tous se souviennent de l'affir-

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mation réitérée de leur chef : que le Pé-T'ang serait sauvé, mais que, lui, il allait mourir ^.

Ce fut le quartier-maître Elias qui prit le commandement de la petite troupe du Pé-T'ang, après la mort de Paul Henry. Il y eut encore de grandes souffrances pour les assiégés. La fusillade ni la canonnade ne cessent, mais elles se ralentissent. Les assauts furieux des semaines précédentesne se renouvellent pas. Et, le i6 août, la délivrance vient enfin.

La veille, jour de l'Assomption, une colonne de secours était entrée dans Pékin, et avait débloqué les Légations, Les assiégés du Pé-T'ang avaient compris, au bruit des batailles qui se livraient dans la ville, à la hâte avec laquelle les Chinois emportaient les drapeaux plantés sur les murailles du Palais Impérial, que les Européens étaient victorieux. Comme le crépitement des coups de feu se rapprochait, le matin du i6 août, le vieil évêque de Pékin, prenant un clairon, sonna par trois fois la casquette du père Biigeaud. Rien* ne répondit, si ce n'est une bombe qui vint éclater à ses pieds. Une demi-

I. Le jour de la Saint-Paul, 29 juin, comme on lui souhaitait sa fête, il avait répondu : t Vous verrez que nous sauverons le Pé-T'ang; peut-être quelques-uns de nous n'y seront plus; je serais heureux de mourir pour une si belle cause; j'espère que le Bon Dieu m'ouvrirait le paradis. Si" je dois disparaître, je ne disparaîtrai que lorsque vous n'aurez plus besoin de moi. » Il avait répété ces paroles, la veille même de sa mort.

heure plus tard, on répéta la sonnerie de clairon. Un officier aperçut le drapeau, escalada la muraille, et serra la main d'un des assiégés. Mais il descendit aussitôt, et continua sa route, avec un détachement qu'il menait à l'ennemi, plus loin, dans la Ville Jaune. C'était un capitaine japonais. Presque en même temps, une troupe française s'avança dans la rue de la cathédrale. Oh ! quelle rencontre des Français avec des Français! Un des soldats de la colonne de secours a raconté ce qu'il avait vu. Lisez la lettre qu'il a écrite à ses parents : « Il était temps que nous arrivions! Aussitôt que tous ces malheureux ont entendu notre bombardement, et le feu qui crépitait de tous côtés, ils ont compris que nous approchions enfin... Nous voici en face de l'endroit où se défendaient les Européens. Ils entendent nos cris, ils se hissent au sommet du mur. Le premier qui se montre, c'est M^"" l'Archevêque, les cheveux blancs, la barbe blanche, le crucifix en or sur la poitrine et un grand drapeau français à la main. Nou3 nous trouvions en première ligne et à peu près à 5oo mètres, quand nous aperçûmes cette grande figure; nous étions bien fatigués, mais à la vue du drapeau tenu par ce vieillard, un grand cri s'échappa de toutes les poitrines, et c'est à qui arrivera le premier. En un instant, nous voici dans l'enceinte. Archevêque, prêtres, sœurs, matelots, tous nous sautent au cou et nous embrassent. Aussi, vois-tu, ma chère mère, je pleure encore

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au souvenir de cette heure vraiment inoubliable. Les soeurs nous donnaient du pain, et nous remerciaient avec des mots impossibles à redire. Les pauvres matelots, heureux de leur délivrance, faisaient en l'air des sauts invraisemblables. Je renonce, du reste, ma chère mère, à te raconter cette scène par écrit. Je te la dirai de vive voix, car je vivrais cent ans que jamais je ne l'oublierais. »

Le corps du glorieux enseigne a été ramené en France. Il repose en terre bretonne, au bord de la mer, dans la paroisse de Plougrescant •.

Deux conversations.

Pendant qu'on se battait aux Légations et au Pé-T'ang, d'autres marins et un peu plus tard nos bataillons d'infanterie de marine, sur cette même terre de Chine, continuaient la France héroïque, et se montraient dignes de leurs frères assiégés dans Pékin. L'histoire de la colonne Seymour, qui essaya vainement d'atteindre Pékin, l'histoire du siège de Tien-T'sin sont pleines de traits de courage, de bonne humeur au danger, de présence d'esprit, de dévouement à l'honneur. Elles ont été écrites, mais séparément, toutes ces histoires, au lendemain de la guerre. Il faudrait les fondre en un seul livre. "Comment ne sont-elles pas dans

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