DEUX CONVERSATIONS
tante. Depuis plusieurs jours, la route de Pékin est occupée par les Boxeurs, qui ont détruit le chemin de fer et incendié les gares. On est sans nouvelles du lieutenant de vaisseau Darcy, de l'enseigne Henry et dé la poignée d'hommes qui sont allés au secours de la Légation de France et de la mission. Second sujet d'inquiétude plus grave encore : la colonne de troupes internationales qui est partie de Tien T'sin sous les ordres de l'amiral anglais Seymour, pour essayer, à son tour, d'entrer dans Pékin, n'a pas pu percer les masses ennemies qui se sont opposées à sa marche. Elle est isolée dans la plaine, cernée on ne sait où, et, comme elle n'a emporté que peu de provisions et peu de munitions, on peut tout craindre. N'est-elle pas déjà détruite? N'allons-nous pas apprendre la mort du capitaine de vaisseau de Marolles et des marins qui forment le contingent français ?
— Je vous prie. Monsieur, en arrivant à Tien T'sin, de faire tous vos efforts pour vous mettre en communication avec le commandant de Marolles, s'il est encore vivant. Je vous autorise, si vous le jugez possible, à tenter de le rejoindre ; mes instructions se résument en deux mots : renseignez-vous, et faites pour le mieux. La mission vous plaît-elle?
— Je suis ravi que vous ayez pensé à moi, amiral, et je ne saurais trop vous en remercier'.
I . Voyez : Le siège de Tien T'sm, i 5 juin, i 5 juillet 1 900.
2g8 la douce FRANCE.
C'est une réponse bien simple dans ses termes, vous le voyez, enfants, et beaucoup de nos soldats ou de nos marins l'ont faite au moment où une mission de péril et d'honneur leur était confiée. Je suis persuadé que celui qui l'a rapportée dans son livre l'a jugée toute naturelle et ordinaire. Et c'est pour cela qu'il convient d'admirer encore plus cette acceptation, prompte et joyeuse, du devoir où l'on peut mourir.
Je vous ai promis de vous rapporter une seconde conversation. Elle est très courte, celle-ci. Elle a eu lieu vingt jours plus tard. Deux des combattants qui ont pris part à cette marche sur Tien T'sin, sont à l'hôpital, blessés et amputés tous les deux, et voisins de lits.
L'artilleur Caillet tourne la tête du côté de son camarade.
— Dis donc, ils m'ont coupé le bras droit ! Le matelot Affre, du Descartes, répond :
— Moi, c'est le bras gauche!
— Eh bien! mon vieux, reprend Caillet, à nous deux nous pourrons encore faire une cigarette !
On comprend que de pareils hommes aient excité l'admiration de l'amiral anglais qui les voyait obéir, se battre et souffrir. Le détache-
par le lieutenant de vaisseau Alexis Daoulas. i vol. Brest, imprimerie Gadreau, igoS.