‹ La douce France. Illus. de J.M. BretonChapitre 53 sur 81 · LA LEGENDE DE VAIRE · texte numérisé non relu

LA LEGENDE DE VAIRE

Un instant après, je prenais congé d'elle, et j'étais déjà sur la place de la ville magnifique et déchue.

— Ma sœur, je ne reviendrai sans doute jamais : voulez-vous me permettre de vous laisser une aumône, pour les plus pauvres de vos enfants ?

Elle regarda la pièce d'or que je mettais dans sa main.

— Oh! dit-elle, il faut être de France, pour donner une somme pareille !

Et, après avoir hésité, elle ajouta :

— C'est beaucoup trop : un demi-bouton ! Elle était émue, parce que la France était

venue et s'en allait. Elle ne voulut pas le laisser voir, et ce fut son sourire qui m'accompagna, jusqu'à ce que j'eusse disparu.

La légende de Vairé.

Il y a des légendes mortes, qu'aucune lèvre humaine ne raconte, et qu'on ne trouve plus que dans les livres. Mais d'autres sont vivantes. Telle est la légende des deux pèlerins, que tout le monde connaît en Vendée, et qui met encore, chaque année, les habitants en fête.

Comment ne pas la connaître? Le bourg de Vairé n'a 4e renom que par elle. Des maisons blanches qui sont les jeunes, des maisons grises qui sont les vieilles, un clocher fin, une vue

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très large : c'est tout Vairé. Beaucoup de villages en ont autant. Mais Vairé possède sur son territoire deux croix de pierre, à peu de distance Tune de l'autre, le long de la route de la Mothe-Achard. La plus éloignée s'appelle la Croix de l'Ane, la plus proche la Croix des Pèlerins, et, au pied de celle-ci, deux pierres tombales brisées affleurent le gazon. C'est là que s'acheva l'histoire.

Elle commença vers la fin du xin* siècle, en cet âge où les hommes bâtissaient tant pour Dieu. Dix-sept cents églises, assure-t-on, s'élevaient alors sur le territoire qui se nomme aujourd'hui la Vendée. Les gens de Vairé en avaient-ils une trop vieille et qui menaçait ruine? N'en avaient-ils pas du tout? Ce qui est certain, c'est qu'ils voulurent avoir leur église neuve. Ils la bâtirent avec amour, ils la firent aussi belle que le permettait leur condition de laboureurs, ouvriers, ménagères, fileuses de laine. La grande nef terminée, on mit dessus un clocher, et sur le fin bout du clocher, un couvreur qui n'avait pas peur alla sceller la croix. Mais, pour que l'église fût consacrée, il fallait qu'elle eût les reliques d'un saint. Où les trouver? Rome était pleine de reliques assurément. Si le Pape connaissait la détresse de Vairé, il ne refuserait pas de donner quelque reste précieux des martyrs. Mais Rome était si loin! Quel audacieux risquerait le voyage? Leslaboureurs et les artisans se le demandaient les

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