LA PRUDENTE CAMPAGNE
— Comment, Marie, les serpents?
Elle me regarda, et quand elle vit que je ne riais pas, que j'avais l'air de m'intéresser à la chose, mais sans hâte et sans passion, ce qui est la grande manière, elle me livra son secret.
— Oui, Monsieur, me dit-elle, les couleuvres que vous entendez chantent au bord de leur trou, en attendant qu'elles s'endorment pour l'hiver. Remarquez bien qu'elles ne sont pas très nombreuses, tandis que vous ne pourriez jamais compter les grillons de l'été, ou les crapauds qui chantent la veille des jours de pluie. Les couleuvres ne font ainsi que depuis le quinze août jusqu'à la fin de septembre. Alors on ne les entend plus jamais.
Et comme j'insistais, comme je demandais : Etes-vous bien sûre? elle ajouta :
— Je suis si sûre, Monsieur, que j'ai vu ce que je vous dis. Vous savez bien que l'escalier qui monte au grenier de chez nous est extérieur à la ferme, et bâti en pierres. Un jour que j'entendais le même chant que nous entendons aujourd'hui, je descendis tout doucement du grenier, et, sur une des marches, je vis une couleuvre enroulée sur elle-même, et qui gonflait son cou, et qui chantait.
Je ne me porte pas garant de la découverte, mais ce que je puis dire, c'est que, même sur des sujets comme celui-là, la confidence d'un homme ou d'une femme de la campagne n'est point aisée à obtenir.