‹ La douce France. Illus. de J.M. BretonChapitre 57 sur 81 · L'AIDE FRATERNELLE · texte numérisé non relu

L'AIDE FRATERNELLE

En quelques parties retirées de nos campagnes, loin des villes, c'est une coutume encore de loger le mendiant, dans la grange au foin, ou dans une chambre où il trouve un lit et une couverture. J'ai vu des femmes préparer la soupe, le matin, pour ces inconnus, comme avaient fait leurs mères du treizième siècle, et les servir elles-mêmes, avec ce respect du pauvre' qui est une des créations sublimes du christianisme. Mais la clientèle vagabonde des fermes est devenue trop nombreuse et trop peu sûre, et les gardiennes du logis, dans presque toute la France, ne donnent plus guère qu'un morceau de pain, souvent par timidité autant que par charité, aux coureurs de route qui viennent frapper à la vitre de la fenêtre basse, ou se pencher au-dessus de la demi porte qui donne accès dans la grande salle.

La charité de la campagne est d'une autre sorte : elle s'exerce envers les enfants orphelins ou abandonnés. Vous ne sauriez croire combien de fois j'ai obtenu les réponses que voici : « Combien avez-vous d'enfants, maîtresse Bardoul? — Deux, monsieur. — J'en vois trois ici. — Oh ! monsieur, le troisième, je puis dire qu'il est à moi aussi; c'est le fils de notre voisin, vous vous rappelez, qui est mort voilà des années; ça n'était pas riche; ça ne savait où aller : alors

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