‹ La douce France. Illus. de J.M. BretonChapitre 60 sur 81 · LE LABOUREUR · texte numérisé non relu

LE LABOUREUR

science et de poe'sie tout ensemble, a pour mission de mêler un peu de ciel à la terre. Puis il revient, il sème, et le grain germe, pour que le monde continue de vivre.

Pensez que le labour est le plus ancien des métiers, et le plus universel. Dès le début, et lorsque l'homme marchait sur un sol tout jeune

et saturé d'énergies, il inventait la charrue. Elle est sculptée sur les plus vieux monuments, célébrée dans les plus vieux livres. Simple branche d'arbre d'abord, aiguisée en forme d'épieu, elle devait, au cours des siècles, être fabriquée en métal, s'enrichir d'un versoir et d'une paire de roues. Mais l'idée première n'a pas changé. Même la charrue primitive s'est conservée intacte dans un grand nombre de pays. J'ai vu les Arabes d'Afrique labourer avec une sorte de gros hameçon de bois qui égratignait la poussière, et que tirait un chameau attelé avec un àne. J'ai vu des machines à peu près semblables dans les

campagnes de l'Asie Mineure. J'ai rencontré, dans la plaine de Rome, quinze charrues de from, exactement alignées, ouvrant et rejetant ensemble la terre violette. C'étaient les mêmes instruments que Virgile avait décrits : un coin de fer, deux ailes de bois, une plate-forme, à Tarrière du timon, sur laquelle le laboureur se tient debout. Une moitié du monde ne laboure point autrement. En vérité, il y a peu d'exemples d'un outil aussi vénérable par l'âge, aussi sûrement indicateur de la commune origine des hommes, aussi noble par les services qu'il a rendus. Pensez à cela.

Pensez qu'il n'y a guère, non plus, de métier plus complexe. Le laboureur ne se contente pas de préparer la terre pour la semence du froment ou du seigle : il doit connaître la culture de vingt plantes ou fourrages qui trouvent leur emploi dans une ferme; il doit nourrir et élever plusieurs sortes d'animaux dont chacune exige des soins différents; il doit être un peu ingénieur, — au moins d'instinct ou d'expérience, — pour niveler ses champs, les irriguer, dresser les talus, réparer les hangars et les ponts; un peu vétérinaire, un peu bûcheron, un peu marchand, un peu vigneron.

Ce n'est pas tout. Un fermier est un chef. Il commande sur son domaine. Autorité, prévoyance, initiative, patience, il a besoin de faire preuve de qualités très diverses, et il n'excellera dans son métier qu'à condition de les posséder

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