‹ La douce France. Illus. de J.M. BretonChapitre 61 sur 81 · LE LABOUREUR · texte numérisé non relu

LE LABOUREUR

toutes. II lui faut plus d'intelligence générale et plus de véritable ouverture d'esprit qu'à l'ouvrier auquel il est encore supérieur par les conditions de la vie. Car il dépend très peu du propriétaire, encore moins d'une clientèle, et, au contraire, par les saisons qui l'obligent à modifier et à varier son travail, par les bons et les mauvais jours dont il profite ou dont il souffre, il dépend plus immédiatement de Dieu que les autres, ce qui grandit toujours les hommes.

Pensez que ce métier, ancêtre des métiers et le plus noble qui soit, est aussi le plus nécessaire. Le vieil économiste Turgot disait avec raison : « Le laboureur peut absolument se passer du travail des autres ouvriers, mais aucun ouvrier ne peut travailler, si le laboureur ne le fait vivre. » C'est lui, en effet, qui "fournit le pain, la viande, et une foule d'autres richesses que la terre peut donner.

Pensez que le laboureur a donc joué dans l'histoire de notre pays un rôle immense. Rôle à peu près muet, il est vrai. Quelques historiens en ont profité pour représenter nos ancêtres les paysans comme des êtres accablés de misère, ignorants de leurs droits et soumis à toutes les tyrannies. C^est là une affirmation injurieuse pour nos vieux pères et pour nous-mêmes, autant que déraisonnable. Je ne sais pas s'ils connaissaient tous leurs droits, nos vieux pères, mais ils connaissaient leur devoir, ce qui a toujours été plus difficile, et ils le remplissaient. Ils

souffraient des maux de leur temps, comme nous souffrons des maux du nôtre, mais il a fallu qu'ils eussent beaucoup d'esprit, beaucoup de courage, de bonté, de probité, d'honneur et même quelque bien-être, puisqu'ils ont fait ce chef-d'œuvre qui est la France, chef-d'œuvre que les rois tout seuls n'auraient pu faire, pas plus qu'un général ne gagne une bataille sans armée.

Pensez enfin, quand passe Thomme qui laboure et qui sème, que si la France perdait ses paysans attirés par les villes, ceux-ci seraient remplacés par des mercenaires étrangers, ou bien de vastes parties du territoire retourneraient à la sauvagerie de la forêt et de la lande. Et apprenez à estimer et à honorer le métier si humble et si grand, qui ne pourrait mourir sans que la patrie mourût.

Le Meunier.

Il y a eu autrefois beaucoup plus de meuniers que nous n'en avons aujourd'hui. Les règlements de police et plusieurs autres causes ont détruit la bâtisse et chassé les meuniers. Quand vous voyagerez sur une route de France, que ce soit au nord ou au midi, vous ne rencontrerez guère de chaînes de collines qui n'aient des moulins pour fleurons. Les uns sont encore vivants, droits sur le pivot, les ailes tendues et tournant

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