‹ La douce France. Illus. de J.M. BretonChapitre 64 sur 81 · LE BOUCHER · texte numérisé non relu

LE BOUCHER

de détacher les coupons de quelques bonnes rentes 3 ^ , de quelques bonnes obligations de chemins de fer et de quelques bonnes valeurs à lot, qui sont une occasion d'espoir et d'émotions. Il thésaurise-, il dédaigne les stériles agitations des politiciens; il demande que le quartier soit tranquille, que le travail ne s'arrête nulle part, et que les herbages soient beaux dans la campagne. Cet homme n'est point déraisonnable. Il achète bientôt une ferme, et c'est là ce qui découvre le fond de son âme.

Le boucher, ai-je osé dire, est un élégiaque. N'est-ce pas vrai? Il devient acquéreur d'une ferme parce que le placement lui semble avantageux et solide. J'accorde qu'il ne ferait pas l'affaire si elle n'était point une bonne affaire. Mais il a une arrière-pensée d'avenir. Il rêve d'une maison rustique, pas trop loin de la ville, au bord d'une route si c'est possible, où l'on se retirerait, chez soi, environné de terres, d'arbres et de gazons qui ne seraient point à d'autres. Le rêve se réalise un jour. Vers la cinquantaine, le boucher fait bâtir un pavillon sur son domaine ; c'est là qu'il se repose, toujours jovial et le teint cramoisi; c'est là qu'il pêche ou qu'il chasse, qu'il reçoit ses amis et les traite copieiisemcnt : c'est là aussi qu'avant d'être un vieillard il meurt d'apoplexie.

Le Pêcheur au filet.

Le pêcheur à la ligne a un frère : le pêcheur au filet, comme la comédie a une sœur : la tragédie. Ils ne se ressemblent pas.

Cela est bien évident pour le marin, pour le pêcheur côtier dont la vie est pleine de fatigue et de danger. Nous possédons, en France, toutes les variétés de ce type d'hommes et toutes sont précieuses. Nous avons le Provençal qui capture le thon à la madrague, et qui tend le trémail pour la dorade et le rouget, pêcheur que connaissait déjà la vieille Gaule, descendant de ces races méditerranéennes qui ont toutes du sang africain, batailleur, fataliste et pirate; nous avons les Basques et les Bretons, qui pèchent la sardine, ou traînent le chalut sur les fonds de sable, depuis l'embouchure de TAdour jusqu'à Granville, et qui se divisent en plus de colonies bien distinctes qu'il n'y a d'arrondissements maritimes; nous avons les marins de Normandie et ceux des Flandres, gens du Nord, aventuriers de la mer grise et froide, pêcheurs de harengs et de morues, et pour lesquels il semble que les périls soient encore plus nombreux, avec les brumes et les bourrasques plus fréquentes, avec les courants des mers étroites, avec l'incessant passage des grands navires qui coupent les petits en deux et ne sentent pas même la secousse.

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