LE PECHEUR AU FILET
pêche ne se fait plus. Il jette volontiers un coup d'épervier dans les réserves déclarées intangibles par l'administration. Toutes les occasions lui sont bonnes. Quand les rivières sont prises par le froid, il assemble en tulipe les branches d'un saule émergeant, se cache au milieu, et, au petit matin, dans les brumes où les oiseaux voyagent avec les premières lueurs de jour, il tire les canards sauvages, les sarcelles et les oies. Quand un héron gris s'aventure à portée de fusil, il le tire aussi, et va le vendre à quelque amateur. Au printemps, sur les talus des prés, il déniche des œufs de vanneau. Dans les jours chauds de l'été, s'il voit dormir un brochet, entre deux nénuphars, il a deux chances de le prendre et une de le manquer.
La plupart de ces pêcheurs de fleuve sont agiles et bien découplés. Ils sont agiles aussi d'esprit, moins silencieux que beaucoup de marins, moins savants sur la distinction entre le tien et le mien, plus retors et moins désintéressés. Mais la vie libre les fait assez indépendants. Ils sont serviables, durs au mal, capables d'un acte de courage pourvu que ce soit sur l'eau. La race n'est point méprisable. Elle aurait quelques défauts de moins si le métier rapportait plus, si le poisson était plus abondant dans des eaux mieux aménagées.
Le Tisserand.
C'était, autrefois, une belle industrie domestique, celle du lin et du chanvre. Si le chanvre ne poussait que dans quelques régions, dans les terres légères et profondes des plaines arrosées, le lin épanouissait sa fleur bleue presque partout en France. On le trouvait dans chaque village, comme des fileuses pour le filer. Il donnait sa fleur à tout le monde, ses graines au moulin pour faire l'huile, ses tiges aux vieilles femmes et aux jeunes filles, qui avaient le privilège de la quenouille, les mères ayant les bras chargés d'enfants.
Elles filaient donc, les anciennes et les jeunes, la quenouille passée sous le bras gauche et le plus souvent attachée au corsage; elles filaient en gardant les moutons et les oies, en conduisant les vaches au champ; elles tournaient le fuseau dans leur main droite : c'était comme le rosaire du travail qu'elles ne se lassaient point d'égrener. Elles savaient dire l'un et l'autre merveilleusement, depuis la petite enfance. Un peu de leur bon renom, un peu de leur honneur de ménagère et de leur vertu de femme semblait attaché à leur science du fuseau. La reine Berthe filait avec ses dames d'atours, comme les plus pauvres de son royaume. Jeanne d'Arc disait à ses juges, pour montrer qu'elle était honnête