‹ La douce France. Illus. de J.M. BretonChapitre 67 sur 81 · LE TISSERAND · texte numérisé non relu

LE TISSERAND

fille et nullement singulière : « Pour ce qui est

de filer et de coudre, je ne crains aucune femme de Rouen. »

On n'achetait pas, en ce temps-là, des che-

mises, des draps et des torchons tout faits dans les grands magasins, mais chaque famille avait sa fabrique de fil, comme chacune avait sa fabrique de pain sous le toit où l'on vivait. Je ne dis pas que cela fût mieux que de nos jours, mais cela était très bien. Les « marraines » habiles, quand elles louaient leur fuseau, pouvaient gagner une somme assez ronde par semaine, sans quitter le logis ni le soin du ménage. Et si, comme il arrivait le plus souvent, on filait pour soi-même ou pour ses proches, ce n'était point une chose indifférente, de porter et d'user cette toile bénie, où les mères, les sœurs, les femmes avaient mêlé un peu de leur pensée.

Le fil sortait de la maison en écheveaux. On le confiait au tisserand. Et celui-ci était encore un de ces innombrables ouvriers d'autrefois, que leur profession ne séparait ni de leur maison, ni de leur famille. Très souvent la femme, la fille, les fils travaillaient à côté du père, dans la pièce où ne cessait guère le claquement du métier. Le tisserand connaissait son métier de bois; il pouvait souvent le réparer seul^ il connaissait aussi la clientèle et le goût variable du monde. Et il ne faisait point une seule sorte de toile, mais, selon la qualité du fil et de l'esprit de la fileuse, selon la fortune du client et la mode du pays, il fabriquait des toiles de tous les grains et de toutes les nuances, depuis l'étoffe rugueuse comme le granit, qu'on décorait du nom de

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