LE FORGERON
que vous le trouverez reproduit sur les assiettes en couleurs qui plaisaient au bon public, encore simple dans ses curiosités, du commencement du dernier siècle. Avec les « vues » de Paris, rien n'était plus à la mode, parmi les gens de la province, que les vues des principaux métiers, imprimées dans la pâte tendre, par les ouvriers de Limoges ou de Gien. Regardez-en la collection. Après le porteur d'eau, robuste Auvergnat dont le visage s'élargit par en bas, aucun personnage n'a meilleure mine et ne semble plus heureux de vivre que le forgeron du village, posant un fer sur le sabot fumant d'un cheval. Et ce n'est pas si mal observé.
Il faut ajouter que, ici comme ailleurs, le métier grandit avec l'homme et peut s'élever jusqu'au grand art. Ce qui est fermé, dans le monde, ce qui n'a point d'issue, ce qui emprisonne à la fois les corps, les esprits et les fortunes qui ne feront que végéter, ce sont les emplois subalternes dans les administrations, les mauvaises places de scribes que des naïfs recherchent avec avidité. Les métiers manuels sont autrement libres, ils sont d'autres écoles de dignité humaine, de progrès, d'autres sources de richesse. Au-dessus du forgeron ordinaire, il y a le forgeron assez habile pour construire des serres et des charpentes de métal ; il y a la grande entreprise qui dispose de capitaux considérables, qui forge les plaques de blindages de nos cuirassés et de nos tourelles, qui fore nos canons
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et lance des ponts sur les rivières, et, au-dessus encore, il y a les maîtres forgerons, ceux qui ont dessine', battu, limé, poli, amené jusqu'à leur perfection des grilles de fer comme celles de Nancy, des portes comme celles de la galerie d'Apollon au Louvre, des armures comme celles de nos musées, des épées, des boucliers, des vases, des torchères, et même les nombreux balcons ouvragés que l'on voit encore dans les vieilles villes de France, d'Espagne, d'Allemagne, qu'on reverra demain, tout neufs, scellés dans la pierre blanche, lorsque le goût de la décoration, qui renaît rapidement, aura renouvelé l'intérieur de nos maisons, et songera aux embellissements de la façade.
Le Rempailleur de chaises.
Un tout petit métier, qui a été sur le point de mourir, et qui revit. Je ne crois pas qu'il ait jamais enrichi personne; mais il nourrit son homme. Peut-on demander plus à un métier, quand, d'ailleurs, il est sain et sans chômage?
Qu'il soit sain, vous en conviendrez, c'est une vérité d'expérience. Les plus heureux des rempailleurs m'ont toujours semblé les plus pauvres, ceux qui, n'étant liés par contrats ni promesses