‹ La douce France. Illus. de J.M. BretonChapitre 7 sur 81 · DEUX MOTS D'ENFANTS · texte numérisé non relu

DEUX MOTS D'ENFANTS

Il y a, au musée de Cluny, à Paris, une vitrine où sont exposés des crucifix anciens, très précieux. Je considérais l'un d'eux, sculpté dans un morceau d'ivoire par un grand artiste, qui avait exprimé la douleur sans pareille du Fils de Dieu mourant pour tous les hommes, et qui sait n'être aimé que de quelques-uns. La tête était penchée à droite, les lèvres entr'ouvertes allaient dire : « Tout est consommé », et achever ainsi l'Évangile; les yeux regardaient avec tant de douceur que les visiteurs qui s'approchaient et rencontraient ce regard, devenaient graves tout à coup, et laisaient voir un peu de pitié, quand ce n'était pas un peu d'amour.

Deux jeunes filles vinrent s'accouder sur la vitrine ; la plus âgée avait quinze ans peut-être, et elle tenait par la main un petit garçon, blond comme elle, qui se levait sur la pointe de ses souliers. Ensemble ils considérèrent les crucifix, et je ne vis, sur leur visage, que de l'étonnement. L'aînée dit :

— Regarde donc, Marguerite, comme on lui a fait un air malheureux, à cet homme-là !

Marguerite ne répondit rien. Le petit seul demanda :

— Pourquoi penche-t-il la tête? on dirait qu'il pleure, tu ne trouves pas?

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