‹ La douce France. Illus. de J.M. BretonChapitre 71 sur 81 · LE JARDINIER-FLEURISTE · texte numérisé non relu

LE JARDINIER-FLEURISTE

Onl'appelle; il monte; il redescend avec le meuble endommagé; il l'a pendu à son bras droit; il en pend un autre à son bras gauche; il accroche de nouvelles chaises invalides aux pieds des deux premières; il rente chez lui portant une pyramide. Et le travail peut commencer. La femme aide souvent l'homme. Les enfants, s'ils sont assez débrouillés et adroits, taillent les barreaux de bois blanc. Un sansonnet en cage, un bouvreuil, un pinson siffle à la fenêtre. J'ai vu des familles de rempailleurs qui étaient gaies comme leur oiseau. Je dois avouer cependant qu'elles demeuraient peu fortunées, et moins sûres que lui de la graine quotidienne.

Le Jardinier-Fleuriste.

C'est un joli métier que celui-là, très sain, suffisamment lucratif, et dont la bonne renommée n'a jamais été compromise dans les violentes grèves et les séditions. Les jardiniers sont des pacifiques, des sages. Où voyez-vous qu'ils aillent perdre leur temps à faire des discours et surtout à en écouter? Quand les a-t-on rencontrés dans les rues, promenant des drapeaux qui n'ont rien de national, des chansons qui n'ont rien d'harmonieux, des idées qui n'ont rien de fraternel? Ils ne figurent pas, et cela doit se dire

à leur honneur, dans les comptes rendus des mauvaises journées de la France.

Jardiniers-fleuristes, ils ont mieux à faire : ils ont leur vie à gagner en propageant, en vulgarisant un des grands biens de ce monde, qui est la fleur. Ils fleurissent nos fenêtres, et Tétage le plus haut est souvent le mieux fleuri; ils fleurissent nos rues, nos tables, nos boutonnières ou nos corsages, nos chapeaux quelquefois et les petits jardins que les villes nous permettent d'avoir; ils fleurissent aussi les grands jardins qui sont à tout le monde, où chacun peut admirer, et respirer, et méditer, s'il lui plaît, des fleurs si belles et si choisies que les rois n'en ont pas de plus superbes. Que deviendrions -nous sans eux, dans les villes, si nous n'avions devant nous que de la poussière, des pierres, du fer et des hommes, sans un brin de verdure qui nous rappelle qu'il y a la nature autour de l'artificiel, et qu'il y a le silence autour du bruit?

En vérité, le monde ne saurait se passer de fleurs, surtout le monde qui vit à l'étroit et qui souffre. Avez-vous remarqué les acheteuses de bouquets de violettes, de piquets d'œillets et de réséda, quand les marchandes passent, dans les rues de Paris, poussant les petites voitures à bras? Ce sont des ouvrières, qui se priveront d'un dessert, tout à l'heure, à cause des deux sous qu'a coûtés le bouquet, des jeunes femmes qui sont loin d'être de grandes dames, des ménagères, des vieilles toutes ridées, fanées, et assuré-

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