‹ La douce France. Illus. de J.M. BretonChapitre 72 sur 81 · LE JARDINIER-FLEURISTE · texte numérisé non relu

LE JARDINIER-FLEURISTE

la fortune. Elles emportent

ment peu gâtées par le même bouquet dont il y a tant de douzaines dans la voiture, et elles ont toutes un sourire de contentement, un geste de tendresse pour cette pincée de feuilles et de corolles, de couleurs et de parfums, qui est de la vie, et de la vie jeune, élégante, exquise, fragile et émouvante ajoutée à la leur.

L'ouvrière mettra les violettes dans un verre, sur la table de travail , et elle imaginera un avenir; la jeune femme les laissera se faner à son corsage, et sentira que c'est bien, et qu'il y a une harmonie de plus ici-

as; la v, cille les gardera

28o LA DOUCE FRANCE.

dans l'ombre, et trouvera une douceur à voir ces petites créatures, qui ne se détournent point d'elle parce qu'elle est vieille, et qui lui donnent leur fraîcheur, leur parfum, leur e'clat, sans les retirer et les diminuer, comme tant d'autres douceurs se retirent et diminuent. Personne ne saurait dire ce que les fleurs ont éveillé de pensées heureuses dans les âmes. Elles sont des associées et des amies. Elles sont une forme de notre adoration, quand nous ornons les églises avec des gerbes ou que les enfants, dans les processions, effeuillent des roses. Elles suivent, avec nous, nos morts, et veillent un peu de temps sur les tombes, plus que nous-mêmes.

Le Ramoneur.

Du temps que j'étais enfant, je me demandais souvent : A quoi sert la grêle? A quoi servent les puces, les chenilles? A quoi sert le vent, la fumée? », etc. On m'avait dit, — et la proposition est toute raisonnable, — qu'il n'y avait rien d'inutile dans le monde. Je cherchais à justifier la formule, et cela me jetait dans de grands embarras et de grands efforts d'esprit. Quelquefois, il est vrai, la réponse se présentait d'elle-même. Pour la fumée, par exemple, je me rappelle qu'à peine m'étais-je posé la

Page 1