LE RAMONEUR
dé-
question, je me répondis, avec la rapidité daigneuse qu'on met à résoudre les questions trop faciles :
« C'est bien simple! D'abord, elle est jolie au-dessus des cheminées, la fumée. Et puis, elle sert à faire vivre les ramoneurs.»
Je me trompais. L'utilité des choses ne nous sera jamais entièrement connue.
Nous avançons lentement et sans sûreté dans cette nuit prodigieuse des volontés souveraines de Dieu, et, là où il faudrait un
soleil pour tout illuminer, nous ne possédons qu'une mèche soufrée, pétillante, tressée brin à brin, allumée avec peine, que nous appelons la science, et dont nous sommes, d'ailleurs, justement fiers. Mais ce n'est qu'une mèche. Il a fallu du temps pour découvrir que rien n'est plus précieux qu'une cheminée qui fume, et que ces bons coups de vent, par lesquels toute la colonne ascendante des gaz et des poussières de charbon est ramenée dans l'appartement, et roule sur les plafonds et les poutrelles. Nous gémissons sur les tentures et les peintures fanées, et c'est une marée désinfectante qui les a imprégnées et assainies. La fumée tue les germes morbides. Elle a sauvé, dans les fermes basses, dans les taudis, dans les mansardes, et quelquefois, malgré les fumistes, dans les appartements bourgeois, une foule de gens qui ne s'en sont jamais doutés et qui se plaignaient d'elle.
J'étais moi-même ingrat envers la fumée qui sort de la route tracée. Je ne l'estimais que bien droite, sage, entre les quatre pans de la cheminée, ou se déversant dans l'air libre, ondoyante, poussée par la brise. Je croyais naïvement qu'elle n'avait que ce double rôle, panache et girouette à l'extérieur, ou bien suie noire le long des parois, ouvrage lentement préparé pour les ramoneurs d'hiver. Ne faut-il pas qu'ils vivent? Que deviendraient-ils sans la suie?
Je les ai toujours plaints. Non pas de cette