LE RAMONEUR
pitié qui s'est exprimée dans des chansons, et des romances, et des gravures, et qui prétendait nous faire pleurer sur le petit ramoneur quittant l'Auvergne, emmenant sa marmotte et laissant sa mère. C'est totijours triste de quitter sa mère, même quand on n'est pas d'Auvergne, et je connaissais beaucoup trop d'exemples du même ordre, pour m'apitoyer particulièrement sur celui-là.
Les ramoneurs n'étaient pas plus intéressants que les mousses après tout? Mais je les plaignais pour la dureté de leur métier. Je les voyais monter sur les épaules de leur maître, et se hisser dans le trou de la cheminée, retenus seulement par la pression de leurs genoux et de leurs reins; je songeais, tout le temps de leur ascension, à ce qu'il arriverait si la fatigue les prenait, et s'ils n'avaient plus la force de s'arcbouter ainsi aux deux parois principales; je songeais à leur angoisse dans les passages plus étroits où ils pouvaient étouffer, et à la respiration difficile de ces petites poitrines, serrées par la contraction du corps, et aspirant un air tout empesté par la suie qui tombait.
Heureusement le métier disparaît. Les cheminées ne se prêtent plus à cette besogne inhumaine. Elles nous chauffent mal; elles n'ont plus que des ouvertures dérisoires, mais au moins les enfants n'y montent plus. Je ne sais pas quels peuvent être les profits des derniers Auvergnats, munis de la raclette, qu'on entend
encore chanter, de loin en loin : « Ramonez les cheminées, du haut en bas! », mais ils doivent être bien médiocres. Ils deviendront si faibles, d'année en année, que toutes les mères d'Auvergne aimeront mieux faire émigrer leurs petits Auvergnats en Tunisie, au Tonkin, en Nouvelle- Calédonie, à Madagascar, ou dans les plaines de France, — pourquoi pas? — que dans les tuyaux de cheminées.
Ainsi soit-ill
Le Marinier.
Le marinier n'est pas le marin, pas plus que le fleuve n'est la mer. Mais il y a une parenté entre l'un et l'autre. On n'exerce pas le métier de marinier sans vocation, ni sans danger, ni sans que l'humeur de l'homme en devienne plus indépendante et plus brave. Quant au profit d'argent, c'est un point qui a varié et variera avec le temps.
N'a-t-on pas cru, par exemple, quand les chemins de fer ont été construits en tous sens, à travers la France, que c'en était fini de la batellerie, que la lutte n'était plus possible, que les « routes qui marchent », les beaux fleuves et rivières qui ne cessent de nous offrir le voyage des montagnes à la mer, allaient perdre un de leurs rôles naturels, devenu inutile grâce au