‹ La douce France. Illus. de J.M. BretonChapitre 76 sur 81 · LE MARINIER · texte numérisé non relu

LE MARINIER

Rhône s'entendront, et à la vanité des plaintes et des gémissements substitueront la tactique des efforts associés; quand la vaillante campagne que mènent les compagnons de « La Loire navigable » ou leurs contradicteurs, partisans « du canal latéral », aura abouti et rendu au pays le premier de ses fleuves ensablé; en somme, quand nous l'aurons voulu, le métier de marinier reprendra vie aussi chez nous. On reverra, plus nombreux, plus chargés, plus rapides qu'autrefois, les trains de bateaux monter et descendre nos cours d'eau et s'arrêter aux petits ports désertés. Le métier refera la race des vieux mariniers de France, la race hardie, active et gaie, que le voyage affine et tient en perpétuel éveil. Car le marinier est un voyageur et plus ou moins, par conséquent, un philosophe et un humoriste; il commerce avec des gens de toute humeur et de tout accent, et par là il acquiert plus de connaissances et de finesse que ceux qui restent chez eux; il a besoin d'initiative et de résolution; il doit connaître le temps comme un paysan et les courants comme un marin; il est plus indépendant qu'un terrien, parce qu'il a sous les pieds une planche qui est à lui, et qu'il y a sous la planche l'eau qui n'est à personne; il s'enrichit souvent comme l'histoire en témoigne; il vit, comme il est bon de vivre, actif dans le grand air qui passe.

Si vous vous promenez le long des quais de la Seine, à l'automne surtout, quand la récolte

rr LA DOUCE FRANCE.

vient d'ârc achevée, et que les bateaux, greniers montants, tout pleins de pommes, de marrons et de vin, s'entassent dans les ports de Paris, regardez la population qui vit là, pour un temps, et songez aux jolis voyages qu'ont faits ces mariniers. Ils sont de Normandie, de Bretagne, mais surtout de Franche-Comté, d'Auvergne ou de Lorraine. On les reconnaît à l'accent. Ils ont vu couler doucement, du pont de leur chaland, les collines et les plaines de France. Les voici maintenant au cœur de la cité, vivant dans leurs maisons, comme un bourgeois de Paris. Et, mieux qu'un bourgeois peut-être, quand la saison de vente sera finie, ils reprendront, la poche pleine, le chemin de leur province.

C'est un Joli métier qui peut redevenir florissant. Que Dieu protège la batellerie!

Le facteur.

On peut diviser les hommes de bien des manières, et de celle-ci notamment : ceux qui redoutent le facteur, et ceux qui l'attendent avec impatience.

La première catégorie est assurément la moins nombreuse et celle où la jeunesse est rare. Il faut avoir souffert de la vie cruellement, pu posséder un esprit dénué de toute curiosité, peureux et d'humeur sauvage, pour fuir le brave petit

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