‹ La douce France. Illus. de J.M. BretonChapitre 9 sur 81 · LE PAYSAN DE FRANCE · texte numérisé non relu

LE PAYSAN DE FRANCE

On a fait, du paysan, beaucoup de portraits non ressemblants, et cela ne date pas d'hier. On a exagéré ses défauts, car il en a. Je voudrais essayer de montrer, non pas le modèle purement idéal de cette grande famille française, mais le type supérieur qui a été réalisé, dans de nombreuses provinces. Et je connais encore, Dieu merci, des hommes qui ressemblent à celui que je vais peindre. Je ne considérerai que le laboureur des terres fortes, celui qui tenait la charrue, faisait ses semailles et récoltait son froment.

Il avait une vie rude, toute de vigilance et de lutte contre l'innombrable ennemi de son bien; il en gémissait et l'aimait tout ensemble, et, s'il s'enrichissait, il voulait rester pauvre de maison et pauvre de vêtement, pour augmenter seulement le nombre de ses bœufs ou celui de ses champs. Il avait l'esprit lent, mais tout à fait solide, judicieux, hardi dans la riposte, et instruit dans les deux choses nécessaires : les éternelles et celles de son état. Il n'était point servile, parce qu'il avait une conscience, mais il avait le respect de la hiérarchie, étant prince lui-même dans sa

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