CHAPITRE QUINZIÈME. Si
Ce n'était pas assez encore; incomplètement tranquillisée par cette déclaration, par l'arrêté pris par la municipalité de Luciennes le 8 octobre (1), à la suite de sa comparution devant le bureau la veille, elle adressait l'engagement qu'elle avait pris avec sa municipalité au président de la Convention :
Monsieur le président,
Un vol qui m'enleva, il y a vingt-un mois, mes effets les plus précieux et le seul gage quayent mes créanah^s m'a occasionné un procès en Angleterre pour lequel j'ai été déjà obligée d'y faire deux voyages trés-dispendieux; je me vois forcée à faire un troisième, sur l'avis que je reçois, que ce procès doit être jugé définitivement ce laois-cy et que, sous peine d'être condamnée faute de me 7'ep7'ésenter et de perdre les frais considérables que j'ai déjà exposés, il est de toute nécessité que je me 7'ende à Londres, J'ai l'honneur de vous assurer, monsieur le président, que mon intention n'est nullement d'aban-
(1) « Cejoiird'hui 7 octobre 1792, l'an I"' de la République française s'est présentée devant nous, officiers municipaux de la commune de Louveciennes , district de Versailles , département de Seine-et-Oise, dame Vaubernier du Barrj", résidant habituellement en ce lieu, laquelle nous a déclaré qu'étant obligée d'aller à Londres pour assister au jugement définitif des voleurs, qui, la nuit du 10 au 11 janvier 1791, lui ont volé ses bijoux dans son château de Louveciennes, elle nous en fait la déclaration pour qu'elle ne puisse pas être regardée comme émigrée pendant son absence, ni ti-aitée comme telle par aucune autorité constituée , de laquelle déclaration elle nous a requis acte que nous lui avons octroyé, vu la lettre de M. Lebrun, ministre des affaires étrangères, en date du 2 courant, qui est restée annexée à la présente minute, et la susdite dame du Barry a signé avec nous, les jour et an que dessus. — Bon pour copie conforme à l'original, le 8 octobre 1792.» {Madame Dubarry, par le Roi. Versailles , 1858.)
donner ma patine, ou je laisse tout ce qui me j'este de bien, mais je prends au contraire l'engagement le plus formel de retourner à mon habitation de Louvecienne aussitôt que mon procès sera terminé. Je dépose de même cet engagement entre les mains de ma municipalité de la part de laquelle je suis bien assurée de n'avoir à attendre que des témoignages qui me seront favorables.
Je suis avec respect. . . . ( 1 ) .
Madame du Barry partait « par la diligence de Calais en véritable sans-culotte», accompagnée dans ce dernier voyage de Labondie, le neveu de d'Escourt. Elle avait cru que son affaire serait terminée en quelques semaines, mais le procès traînait des mois (2). Pendant son séjour à l'étranger, les événements entraient dans une phase tragique, Louis XVI était exécuté et la guillotine menaçait tous les suspects. Les voyages de madame du Barry, ce dernier séjour à Londres, eurent-ils un but politique, comme ont voulu le faire croire Greive etFouquier-Tinville? Madame du Barry servit-elle un plan, un parti, des espérances? La légèreté delà femme ne permet pas de le supposer. Tous ses crimes contre la Révolution furent sans doute des prêts à des émigrés, des services d'argent, de généreuses charités, des actes de cette pitié qui avait si vite changé le cœur de l'ancienne du Barry pour la Reine.
En ce voyage, la favorite qui avait renversé Choiseul se trouva une fois, dans un dîner chez le ban-
(1) Dossier du Barry. Archives nationales, W 16.
(2) Son procès n'était jugé que le 28 février 1793.