CHAPITRE QUINZIËMK
quier Thélusson, à côté du neveu du ministre, du jeune duc de Choiseul, qui avait eu la curiosité de faire sa connaissance. Pendant ce dîner, où elle montra une grande amabilité pour son voisin, elle lui parla longtemps de son oncle, déplorant les conseils qu'elle avait suivis, lui faisant l'aveu, avec une grâce que le duc reconnaît, d'une coquetterie réele un moment exercée par elle sur le ministre, mais vite tuée par la dignité froide, la glace de l'ancien amant de madame de Pompadour. Dans la haute société où elle était acceptée elle vit plusieurs fois Pitt, qui lui donna la médaille frappée en son honneur qui allait lui être si fatale. Le ministre anglais l'engageait à rester en Angleterre, à ne pas tenter dans le moment sa rentrée en France, et, comme elle lui parlait de ses engagements d'honneur, il prédisait à la belle et imprudente créature le sort de Régulus.
Au fond ses engagements envers la municipalité de Luciennes et le président de la Convention, madame du Barry les eût, je crois, facilement oubliés si elle avait pu emporter sa fortune avec elle ; mais elle était poussée au retour en France par un sentiment de propriétaire, par les entrailles qu'elle avait naturellement pour toutes ces richesses dont était bondé le petit palais. Et son retour, en ces temps mortels, fut peut-être seulement amené par la nouvelle de l'apposition des scellés, du 16 février 1793, sur sa propriété de Luciennes (1).
(1) Note de Greive dans le dossier de madame du Barry : « Elle n'est
A sa rentrée dans sa propriété, à la levée des scellés à Luciennes(l), madame du Barry trouvait autour d'elle les choses terriblement menaçantes et
revenue en France qu'après la nouvelle de Fapposition des scellés sur sa maison. Fait certain : son passeport de Lebrun n'étoit que de six semaines et elle y est restée cinq mois. » La vérification du fait allégué par Greive n'est pas possible, le passeport de Lebrun n'existe pas au dossier de madame du Barry. Voici la pièce qui amena l'apposition des scellés, c'est une lettre du procureur général syndic du district de Versailles, adressée aux administrateurs du district et qui s'exprime en ces termes :
ic La femme Dubarry, propriétaire à Louveciennes, a quitté la France au moyen d'un passeport au commencement de 1792, pour poursuivre en Angleterre les auteurs d'un vol considérable fait en sa maison.
« Le doute inspiré sur cette poursuite par le laps de temps et par l'ignorance de ses effets a fait naître nécessairement l'incertitude.
« Dans cet état, l'administration a pensé qu'il convient de prendre sut les biens de cette femme des mesures conservatrices pour assurer à la fois ses droits et ceux de la nation.
« Elle me charge, en conséquence, de vous inviter à faire apposeï les scellés sur la maison de la femme Dubarry, à Louveciennes, d'y commettre un gardien, et de lui adresser le procès-verbal qui sera dressé à cette occasion.
« Vous voudrez bien , citoyens, presser cette opération et m'en faire part aussitôt qu'elle aura été faite. »
Deux jours après, les membres du directoire du district répondaient par cette délibération :
« Vu la lettre du procureur général syndic, le directoire du district a commis le citoyen Brunette, l'un de ses membres, à l'effet de procéder, en présence de deux officiers de la commune de Louveciennes, à l'apposition des scellés sur tous les meubles, titres et effets de la femme du Barry, et établir à la conservation desdits scellés un ou deux gardiens solvables Fait à Versailles, le 16 octobre 1793. » (Archives
de Seine-et-Oise, pièce citée par Le Roi dans Madame du Baivy.)
(1) Citoyens administrateurs ,
La citoyenne de Vaubemier du Barry est très-étonnée qu'après toutes les promesses qu'elle vous a fournies des raisons qui Vont forcée d'aller en Angleteive, vous l'ayez traitée comme émigrée. — Avant son départ elle vous a communiqué la déclaration qu'elle avait faite à sa municipalité ,vous l'avez enregistrée dans vos bureaux; vous savez que c'est le quatrième voyage qu'elle est obligée de faire, toujours pour le même motif. Elle espéra