CHAPITRE QUINZIÈME
le pays devenu bien mauvais. 11 était tombé dans le village un aventurier du nom de Greive, un homme à moitié Anglais, à moitié Français, se qualifiant homme de lettres et sïntitulant défenseur officieux des braves snns-culottes de Louveciennes, ami de Franklin ef rfeMARAT, factieux et anarchiste du premier ordre, et désorganisateur du despotisme dans les deux hémisphères {i). Il avait organisé un club dans la tranquille localité et déjà obtenu, sur une de ses motions, l'apposition des scellés sur Luciennes. Le retour de Londres de madame du Barry, en renversant peut-être ses plans et ses spéculations sur la mine d'or de Luciennes, le rendait plus enragé contre la propriétaire du château, sur l'intérieur et la société de laquelle il avait les révélations les plus indiscrètes et les plus perfides de l'officier d'office Salenave et du nègre Zamore ; car ces deux domestiques du château faisaient déjà partie de la société populaire de Luciennes composée d'une quarantaine d'habitants.
■gue vous voudrez bien faire lever les scellés qui ont été apposés chez elle, contre toute justice, puisque la loi n'a jamais défendu de sortir du royaume à ceux que des affaires particulières et pressantes appellent en pays étranger. Toute la France est instruite du vol qui lui a été fait la nuit du 10 au 11 janvier, que ses voleurs ont été arrêtés à Londres, qu'il y a eu une procédure suivie, dont le dernier jugement n'a été rendu que le 28 février dernier, ainsi que l'atteste le certificat ci-joint.
Louveciennes, ce 27 mars 1793.
(1) C'est ainsi que Greive signe sa rarissime brochure portant le titre de : L'Egalité controuvée , ou Petite Histoire de la protection contenant les pièces relatives à l'arrestation de la du Barry, ancienne maîtresse de Louis XV, pour senir d'exemple aux patriotes trop ardents qui veulent sauver la République , et aux modérés qui s'entendent à merveille 'pour la perdre. Qu'il est difficile de faire le bien, f i^Père Duchène.)
Madame du Barry, lors de sa réinstallation chez elle, mettait à la porte Salenave, qu'elle surprenait à voler ses porcelaines. Greive, alors renforcé du domestique chassé, qui osait se montrer l'ennemi ouvert de son ancienne maîtresse, et bientôt appuyé d'un certain Blache qui, sous le masque de professeur de français en Angleterre, avait espionné madame du Barry à Londres, et qui venait d'être chargé d'une mission de surveillance dans le département de Seine-et-Oise; Greive et ces deux hommes, profitant delà loi rendue le 2 juin qui ordonnait aux autorités, dans toute l'étendue de la République, de faire saisir et mettre en état d'arrestation toutes les personnes notoù'etnenf suspectes d'aristocratie et d'incivisme... faisaient rédiger par le club de Luciennes une adresse aux administrateurs. Cette adresse, pour la rédaction de laquelle Greive avait choisi le jour de la nouvelle de la prise de la Flèche par l'armée royaliste, signalait le département de Seine-eL-Oise, Mantes, Ruel, Bellevue, Meudon, Saint-Cloud, Suresnes, Bougival, Marly, comme remplis de scélérats et de scélérates tendant la main à l'insurrection, qui débordait dans le département d'Eure-et-Loir après la défaite des républicains à Saumur. Elle montrait une chaîne d'aristocrates des deux sexes le long de la Seine prêts à unir, dans une conspiration royaliste, la Seine à la Loire. Dans cette adresse, datée du 26 juin 1793, « les bons citoyens de Luciennes, dans le but d'éveiller l'attention paternelle des administrateurs sur les périls de la patrie,