‹ La Du BarryChapitre 105 sur 154 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

et sur les grandes mesures à prendre, » leur demandaient la publication du terrible décret rendu le 2 juin par la Convention.

La députation menée par Greive, Blache et Salenave, après avoir obtenu des administrateurs un texte en règle delà loi du 2 juin, convoquait aussitôt la Commune à l'effet de procéder à la formation d'une liste de personnes à arrêter ; et le nom de madame duBarry était mis le premier sur la liste

Madame du Barry, informée de ce qui se passait, avait dépêché Morin, son valet • de chambre, avec Labondie arrêté quinze jours auparavant chez elle, pour plaider sa cause auprès des membres des administrations supérieures. Greive, et à sa suite le maire et les municipaux entraînés, étaient le 27 juin déjà au château et se disposaient à arrêter madame du Barry, quand arrivait le citoyen Boileau, membre du district. Boileau faisait assembler sur-lechamp la municipalité, la réprimandait pour avoir précipité lexécution d'une loi qui allait lui être envoyée avec des restrictions et des modifications, et réinstallait madame du Barry chez elle.

Greive ne se découragea pas. 11 rédigea une autre adresse, la fit couvrir de signatures ; et le 3 juillet il emmenait le maire et les municipaux à la barre de la Convention pour y faire lecture de cette nouvelle adresse, datée du 1" juillet 1793, an II de la République. «Les braves sans -culottes de Luciennes, y disait Greive, félicitaient la Convention des décrets sages, bienfaisants et populaires rendus depuis l'im-

mortelle insurrection du 31 mai... Ces décrets avaient renouvelé le feu sacré prêt à s'éteindre sous les glaces du modérantisme. Les sans-culottes de Luciennes venaient de commencer leurs opérations par l'arrestation d'une femme qui avait su, malgré des relations notoirement inciviques, par ses richesses et ses caresses, qu'elle avait apprises à la cour d'un tyran faible et crapuleux, échapper à la déclaration des droits de l'homme ; d'une femme qui avait fait de son château le centre des projets liberticides contre Paris, commencés par Brissac, continués par les aristocrates de toute couleur avec lesquels elle était en perpétuelle correspondance ; d'une femme qui insultait par son luxe aux souffrances des malheureuses dont les époux, les pères, les frères et les enfants versaient leur sang pour l'égalité dans nos armées ; » de la du Barry enfin, dont l'arrestation était indispensable « pour détruire les vestiges d'une fausse grandeur qui fascinait les yeux des bons' et simples habitants des campagnes, et mettre en pratique les principes méconnus de l'égalité (1).»

Les braves sans-culottes finissaient par demander rimpression de leur adresse, « afin de donner le branle aux autres communes du département ».

Son adresse lue, Greive, avec une perfidie habile, remerciait les citoyens représentants du décret rendu la veille, décret qui, en ordonnant l'envoi direct des décrets aux communes , ôtait aux administrations

(1) L'Égalité controuvée, ou Petite Histoire de la protection, contenant les pièces relatives à l'arrestation de la du Barry.

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