CHAPITRE QUINZIEME
supérieures les moyens de paralyser leurs mesures et mettait le peuple en communication plus directe avec ses représentants.
Le président de la Convention, Thuriot, répondait :
«La Convention nationale applaudit aux nouvelles preuves que vient de donner la commune de Louveciennes de son patriotisme reconnu dès le commencement de la révolution, et qu'elle manifeste en ce moment en mettant à exécution la loi du 2 juin à l'égard d'une femme trop longtemps célèbre pour le malheur de la France. Les faits que vous venez de dénoncer contre elle sont trop graves; soyez sûrs que, s'ils sont prouvés, sa tête tombera sur l'échafaud (1)... »
Forts de l'approbation de la Convention, Greive et ses amis arrêtaient madame du Barry et la conduisaient à Versailles pour être incarcérée dans la maison d'arrêt du département. En vain Goujon (2), le procureur syndic, s'emportait contre eux, déclarait l'arrestation opérée contre le vœu des habitants de Luciennes, les faits allégués contre madame du Barry exagérés et dénués de preuves, se plaignait vivement du despotisme exercé par le club de Luciennes sur les communes environnantes, et finissait par des menaces et la déclaration qu'il les ferait
(1) L'Égalité controuvée, ou Petite Histoire de la Protection, contenant les pièces relatives à Varrestation de la du Barry.
(2) C'est Goujon qui, après la journée du 20 mai 1795, condamné par une commission militaire, se poignarda en descendant l'escalier de sa prison.
trembler : le club et Greive tenaient bon, et madame du Barry, m nièce, madame de Boissaison, femme d'un émigré, et ses domestiques, notoirement suspects d'a)'isfocratieet d'incivisme, restaient sous les verrous.
Cependant madame du Barry, instruite des faits allégués contre elle, faisait rédiger une contreadresse, bientôt couverte des signatures de tous les habitants de Luciennes ennemis du club. La pétition, présentée le 6 juillet, était adressée au comité de sûreté générale, qui, après en avoir délibéré, faisait droit à la demande de madame du Barry et la renvoyait devant le département qui arrêtait que madame du Barry serait remise en liberté : madame du Barry était encore une fois sauvée.
Dans la joie de sa délivrance, elle écrivait à un membre du comité de sûreté générale :
J'étois bien persuadée, monsieur, que ma cause étant entre vos mains, j'obtiendrais la justice qui m'est due. J'attendais avec bien de l'impatience quelle fût tej'minée pour vous faire tous mes remerciemens. M. de la Bondie ne m'a pas laissé ignorer avec quel zèle vous avez embrassé ma défense. Je m'estimerois bien heureuse si jamais je puis t7'ouver des occasions de vous en témoigner mareconnoissance. Aujourd'hui que vous n'êtes plus mon juge et que je n'ai plus à craindre qu'on me soupçonne d'avoir capté vot}'e sufrage, j'espè7'e que vous voudrés bien me fournir les occasions de faire connoissance avec vous et de vous remercier de vive voix. Si le lieu que j'habite peut exciter votre curiosité, j'aurai un vrai plaisir de vous y recevoir. J'en aurois toujours un bien