CHAPITRE QUINZIEME
tout récemment à madame du Barry de faire trop bonne chère et de ne pas envoyer son superflu aux Vendéens (1).
Madame du Barry eut bientôt connaissance du pamphlet. Elle s'étonna de l'intimité des renseignements qui ne pouvaient avoir été donnés à Greive que par des gens de sa maison. Instinctivement, et du premier mouvement, ses soupçons allèrent à Zamore, à ce nègre dont la Révolution avait fait un homme, et dont la trahison allait faire un citoyen. Elle savait à quelles idées il appartenait ; elle se rappelait que, seul de ses domestiques, il n'avait point été arrêté lorsqu'elle avait été conduite à Versailles. C'était lui, ce Zamore, comblé de ses grâces, lui tenu sur les fonts baptismaux par madame du Barry et le prince de Conti, qui vendait à Greive les secrets de Luciennes. Madame du Barry le chassait aussitôt; «lie débarrassait sa maison d'un espion ; elle croyait à jamais délivrer sa vue d'un ingrat : mais Zamore devait reparaître une dernière fois dans la vie de madame du Barry, au tribunal révolutionnaire I
Le club devenait plus menaçant pour le château, plus furieux et plus déclamateur contre madame du Barry. Quels mois que ces sept mois passés pour la propriétaire de Luciennes avec le club de Greive à sa porte! Toutes les heures il fallait se défendre de
(1) Sur une note manuscrite de Greive du dossier de la du Barry, on lit : « Enfin la représentation faite par la femme Rohan-Rochefort que sa table étoit splendide, qu'il faudroit mieux 1» diminuer pour fournir des secours aux volontaires de la Vendée ; à quoi la Dubarry a répondu ; ■» Bois, bois, » d'un air dédaigneux, qu'ils n'en valoient pas la peine. »
la prison, de la mort. Madame du. Barry n'échappait à une dénonciation que pour être exposée, à quelques jours de là, à une nouvelle dénonciation ; elle ne sortait des prisons de Versailles que pour être menacée des prisons de Paris. Alors la malheureuse femme, comme affolée, écrivait cette lettre :
Aux citoyens administratews du département de Vej'sailles.
Jusqu'ici, citoyens, des agitateurs avaient fait de vains efforts pour troubler ma tranquillité ; j'av ois à leur opposer ma conscience et votre équité, bien convaincue que favois en elle un rempa7't assuré contre leur malveillance. Ils ont imaginé d'autres moyens pour me tourmenter. Mais ils seront impuissants puisque ma cause vous est soumise.
Quand je n'ai eu qu'à repousser une dénonciation dont la loi vous attinbuoit la connoissance et qui paraissait ne devoir pas sortir des limites de votre ressort et n avoir d'autre suite que votive décision, je nai pas cru devoir joindre les instances à ma pétition et détourner votre attention des objets importants pour se fixer sur une affaire qui m'étoit personnelle. Mais aujourd'hui la dénonciation a pris un caractère de gravité et de publicité qui m'impose la loi de repousser promptement la calomnie. La malveillance de mes dénonciateu7's s'est accrue à tel point que j'ai tout à craindre d'eux.... Je suis donc dans le cas de solliciter de votre zèle la plus prompte exécution. J'ose ajouter, citoyens, que l'humanité vous en fait un devoir... Je m veux pas abuser de vos moments,