‹ La Du BarryChapitre 109 sur 154 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

en vous exposant tous mes motifs de crainte; j'en ferai part au commissaire que vous jugerez à propos de nommer et qui vous fei^a connaître dans son rapport que j'ai mérité que vous veniez à mon secours (1).

Le citoyen Lavallery était envoyé à Luciennes, et il engageait madame du Barry à se retirer à Versailles sous les yeux et sous la protection immédiate du département. Madame du Barry lui avouait que toute sa fortune, consistant en numéraire, bijoux, argenterie, était cachée dans divers endroits de sa maison ; que les clubistes le savaient par Salenave, par Zamore, par sa femme de chambre, la veuve Cottet, qui les renseignait sur tout son intérieur, et que son départ ouvrirait Luciennes à Tavidité de la bande, à la visite domiciliaire et aux fouilles de tous ces hommes, les uns officiers municipaux, les autres gardes nationaux. Toutefois, les jours suivants, madame du Barry changeait de résolution et se disposait à se rendre à Versailles (2); mais, le lendemain de la visite de Lavallery, le club de Luciennes se concertait et arrêtait qu'il serait envoyé une députation à Versailles pour y dénoncer d'avance madame du Barry auprès du comité révolutionnaire de la commune.

(1) Dossier de madame du Barry. Archives nationales, W 16.

(2) Un jour qu'elle se disposait à partir pour Versailles, une femme Renaut venait s'informer avec des cris et des vociférations si vraiment madame du Barry quittait Luciennes, et comme la Renaut entendait madame du Barry demander à une fille de chambre quelle était la personne qui faisait tant de bruit, elle jetait à la propriétaire du château : a C'est une femme qui était avant toi dans ce pays-ci et qui y sera encore après, entends-tu? n

En même temps Blache, en sa qualité d'agent du comité de sûreté générale, devait la dénoncer de nouveau à Paris à ce comité dont les membres venaient d'être renouvelés. La députation de Luciennes, arrivée à Versailles, convenait avec le comité révolutionnaire de la ville qu'il serait fait une pétition au comité de sûreté générale, afin d'en obtenir une extension de pouvoirs qui empêchât le département de s'immiscer dans l'arrestation de madame du Barry. Il était convenu en outre qu'on dénoncerait trois membres du département, au nombre desquels était Lavallery, le protecteur avoué de madame du Barry (1).

Au milieu de cette vie d'inquiétudes mortelles, madame du Barry continuait cependant à aimer. Semblable à ces illustres détenues de la prison du

(1) En effet, Lavallery était devenu son correspondant, son dévoué protecteur, et dans tous ses embarras la comtesse s'adressait à Thumanité du républicain, attendri par la beauté et la grâce de la femme. Voici une lettre adressée à Lavallery, faisant partie du dossier de madame du Barry : « Je viens d'être instruite, citoyen, que le ministre des affaires étrangères, en faisant passer à l'administration du département la traduction des certificats qui m'ont été délivrés à Londres, lui a observé qu'il navoit pas vu sans étonneynent que dans ces actes on m'ait donné le titre de comtesse; je n'en suis pas étonnée moins que lui, et si j'avois eu connaissance de la forme dans laquelle ces certificats m'ont été expédiés, je ii'aurois certainement pas laissé subsister un titre qui blesse les lois de mon pays, auxquelles je resterai invariablement attachée; je n'ai aucune connoissance de la langue anglaise; j'ai dû me fier à un Anglois pour la poursuite de mon procès, et cette inadvertance a pu lui échapper facilemetit puisqu'il m'avoit précédemment connue sous ce titre, et que c'est sous ce même titre qui n'étoit pas alors prohibé qu'il a intenté et suivi l'action dont il était chargé...

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