CHAPITRE SEIZIÈME
ments de son rapport contre les Vandenyver, une inslruclion était commencée sur les correspondances saisies à Luciennes chez madame du Barry, instruction que Héron semble avoir entièrement abandonnée à Greive.
J'ai sous les yeux tout ce papier jauni (1), où se mêlent des copies notées de chansons à des comptes de dépense, ces lettres écrites dans la sécurité des années tranquilles ou dans les alarmes des années révolutionnaires, ces poulets galants d'hommes de la cour, ces billets de grandes dames avec leur encadrement de stries bleues ou de coquilles roses, lettres d'amour, lettres d'amitié, lettres d'affaires, lettres bien peu conspira fj'ices, devant lesquelles l'étonnement vous prend à voir au beau milieu une violente croix tracée au crayon rouge sur quelques lignes indifférentes, et en haut, attachée par une grosse épingle, une petite fiche contenant un commentaire accusateur. Quelques-unes de ces lettres portent en bas un émouvant, un frissonnant : « J\e varietur. Sainte-Pélagie, brumaire an 11, » que suivent les trois signatures de Voulland, Jagot, du Barry.
Mais donnons un échantillon de ces fiches, de la criminalité que les hommes de la Révolution dégagent des plus innocentes relations d'amitié, des passages les moins répréhensibles d'une correspondance.
(1) Tribunaux révolutionnaires, dossier de la nommée Jeanne Vaubernier du Barry... et des Vandenyver, prévenus d'intelligences et correspondances contre-révolutionnaires avec les émigrés. Archives nationales, carton VV* 16.
enfin des regrets d'êtres chers même les plus résignés. Sur une lettre insignifiante signée R. R. R., on lit : « De la vieille ajn'stocrate la ci-devant princesse de Rohan- Roche fortf femme plus méchante que folle et qui jouit d'une certaine faveur auprès de plusieurs administrateurs de Versailles.» Sur une lettre non signée qui demande à madame du Barry si elle est toujours incommodée de l'odeur de la rivière, on lit : a Cette lett7'e est du vieux ci-devant pjrince de Beauvau. » Sur une lettre de Louis d'Armaillé qui remonte à 1786, on lit : « Lettre du ci-devant marquis d'Armaillé^ arrêté l'autre jour par l'ordre de la commune de Paris. » Sur une lettre de madame Lebrun, datée de Naples, où elle se rappelle au souvenir de M. de Brissac, de l'ambassadrice de Portugal, de la marquise de Brunoi, on lit : « Lettre de la femme Lebrun, peintj^eet maîtresse de Calonne. » Sur une lettre non signée où on lui demande le prêt d'une de ses chemises grecques, on lit : « Marcel croit que cette lettre est de la femme Bandeville, femme d'un ex-pi^ésident, aristoc^^ate fieffé. Ces femmes se voient toujours les vendredis à l'Opéra, lieu de rendez-vous des aristocrates. » Sur une lettre de Thélusson, on lit : « C'est un des plus forts banquiers de Londres, neveu de Thélusson ancien associé de Necker et grand ennemi de la Révolution. ^^ Sur une lettre de Forth, l'agent de police anglais que madame du Barry employa pour le recouvrement de ses diamants à Londres, on lit : « Preuve de ses liaisons avec Forth, le fameux espion anglais qui n'a jamais cessé d'intriguer contre la France depuis 1777 et