‹ La Du BarryChapitre 119 sur 154 · CHAPITRE SEIZIEME. Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIEME. Î

surtout depuis Franklin. Ce sont lui et Béthune Charost qui ont été les émissaires les plus actifs des cours de Londres, de Berlin et de La Haye, et c'est ce Forth qui, il est à présumer, a concerté avec elle à Louveciennes le prétendu vol de diamants. » Sur une lettre de lord Hawkesbury, qui lui fait ses compliments et sera enchanté de lui être de quelque utilité pour son procès dans le pays, on lit : « Lettre qui prouve ses liaisons avec les courtisans de Georges IIL Le lord Hawkesbury est le conseiller pinvé du tyran qui gouverne Pitl lui-même et qui tient réellement, depuis vingt ans, les rênes du gouvernement, quoique quelquefois disgracié en apparence; son fils est le grand coumer politique, aujou7-d'hui, entre le cabinet de Londres et les puissances coalisées dans les Pays-Bas. » Sur une lettre de Rouen, le bijoutier qu'elle avait amené à Londres, lettre datée du 27 août 1793, et qui la félicite d'en avoir fini avec les persécutions, on lit : « Lettre de Rouen, le bijoutier, qui a intrigué tout récemment en sa faveur, avec trop de succès, auprès de l'ancien comité. » Sur une lettre qui parle de l'abbé Billardy, on lit : « Cet abbé Billai'dy a été ensuite un de ses convives les plus constans depuis la Révolution, ainsi que l'abbé de Fontenille, l' ex-vicaire d'Agen, guillotiné V auti'e jour à Paris. Billardy est mort. C'étoient deux amis inséparables que ces abbés, et Billardy aussi contre-révolutionnaire que l'autre: Voilà les amis de la Dubarryl-^ Sur une lettre de Cochet de la Croix, on lit : « Ce bout de lettre est d'un nommé Cochet de la Croix, ci-devant chevalier et attaché au ci-devant duc de Coigny. C'est un

impudent aj'istoa'ate que j'ai ai'rêté au mois de mai, à Vinstaiit qu'il venait de s'adresser à la Duharry pour être habillé et équipé, afin d'entt'er dans les chajTois de la fameuse compagnie de Beaune- Winter, qui allait pa^Hir pour la Vendée. Il est dans les prisons de Versailles. » Mais ce n'est pas assez de faire à madame du Barry un crime des lieux communs de l'amitié ou des correspondances d'affaires dans des lettres dont quelquesunes mêmes sont antérieures à la révolution, Greive force des lettres à dire ce qu'elles ne disent pas, rapproche certains passages d'événements avec lesquels ils n'ont aucun rapport. Il imagine, il suppose, il ment, il torture enfin les phrases et les mots, pour en extraire une apparence de culpabilité nécessaire à ses plans, à ses haines. C'est ainsi qu'une lettre de Rohan-Chabot, relative à la constitution d'une rente de 9,000 livres à madame du Barry, moyennant un versement de 200,000 livres, porte : « Il est question de la constitution ci-jointe de 9,000 livi'es de rente à la Dubarry., pour 200,000 livres une fois payées. — Cette somme ne serait- elle pas destinée pour la Vendée? On trouveim une autre pièce où elle prête, à la même époque, 200,000 livres à l'évêque de Rouen. Or, quelévêque, l'ancien ou le moderne? Tout ceci est plus que suspect! » Une lettre de Laneuville, qui dit avoir prêté en 1786 et en 1787 200,000 francs à madame du Barry, et qui se trouvait dans une enveloppe au nom de Galonné, porte : « Cette lettre a été vraisemblablement 7'endue à la Dubar^^y pendant son séjour à Londres, où elle a toujows vu la femme de Calonne.

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— Laneuville est à la Force; je l'ai arrêté chez la Dubarry. » Un compte de dépense de madame du Barry pendant son séjour à Londres, en novembre 1792, porte : « Ne serait-ce pas de Vargent donné aux émigrés? Il faut demander à la Duharry qu'est-ce que c'est que ces gens dont j'ai souligné les noms, — surtout cette Pauline. — On la croit la duchesse de Mortemart, fdle de Brissac. » Et je citerai, en dernier lieu, une lettre quelconque de madame du Barry, datée de la Meilleraie le 9 avril 1793, qui porte : « Remarquez l'époque de cette lettre : celle de la tj'ahison de Dumouriez. » Deux des pièces ainsi annotées sont curieuses en ce qu'elles témoignent chez madame du Barrj^, le jour de son arrestation, d'une certaine résistance, d'une petite colère de femme qui se rebiffe et ne craint pas d'arracher des mains des commissaires les pièces qu'on veut saisir. L'une de ces pièces, dont le bas est déchiré, est une lettre d'un sieur Guillemin, sollicitant de madame du Barry une lieutenance de gendarmerie, lettre sur laquelle Greive a écrit : « Pièce saisie d'enti'e les mains de la Dubarry, qu'elle a voulu ai'racher des mains du nommé Guenon, brave sans-culotte de Louveciennes, le jour de son arrestation. Elle a même réussi à arracher la sigiiature de la fin de la lettre, dont le sens s'entend. » L'autre est la brochure de Bergoeng, député du département de la Gironde, à ses commettans. Sur cette brochure, Greive a écrit : « Pièce imprimée par les scélérats réfugiés à Caen, et que j'ai trouvée sur sa fable. Elle me l'a ôtée de la main deux ou trois fois. »

De toutes ces fiches, de toutes ces annotations en tête et en queue des lettres formant les douze liasses de papiers saisis à Luciennes, Greive rédigeait en hâte pour Fouquier-Tinville un factura qu'il intitulait : Chefs d'accusation conti'e la Dubarry.

Il mentionnait dans ce factura la raédaille en argent de Pitt, frappée en 1789, trouvée cachée à Luciennes chez la ferarae de chambre Roussel.

Il détaillait les livres et brochures liberticides, parmi lesquels il citait : Histoire des caricatures de la révolte des François, par Boyer de Nismes, etc

Il rapportait le bulletin de souscription de madarae du Barry souscrivant à Londres pour douze exemplaires du Dernier Tableau de Paris par Peltier.

Il énumérait les pièces en l'honneur de Marie- Antoinette gardées et conservées par madame du Barry : Portrait de la Reine de France, traduit de l'anglais par Burke: Épitaphe de Va?'icourt, tué à la porte de la Reine ; vers manuscrits sur lesquels on lit de la raain de Greive : « On croit que ces vers sont de V abbé Dellile, poète en titre de la Dubarry. »

Il dénonçait les gravures antirévolutionnaires de Louveciennes, parmi lesquelles existait un portrait de Charles- Plnli2:)pe de France, comte d'Artois.

Il rappelait, à propos d'un reçu de la ferarae Roussel du 13 septembre 1793, que madame du Barry se faisait toujours appeler comtesse.

Puis Greive revenait sur les relations de madarae du Barry avec le chevalier de Goigny, avec l'arab^ssa-

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