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CHAPITRE TROISIEME

qui vient de reconnaître la voiture et la livrée de la favorite ; — elle entrera si vous en donnez l'ordre. » Et, sur ces mots, madame du Barry paraît derrière la comtesse de Béarn(l). Elle entre, parée des cent mille francs de diamants que le Roi lui a envoyés, parée de cette coiffure superbe dont le long échafaudage lui a fait manquer l'heure de la présentation, parée d'un de ces habits triomphants que les femmes du dix- huitième, siècle appelaient « un habit de combat », armée de cette toilette où les yeux d'une aveugle, l'intuition de madame du Deffand, voient le destin de l'Europe et le sort des ministres (2). Et c'est une apparition si rayonnante, si éblouissante, qu'au premier moment de surprise les plus grands ennemis de la favorite ne peuvent échapper au charme de la femme et renoncent à calomnier sa beauté (3).

Toutes les figurations, tous les portraits, toutes les images que madame du Barry a laissés d'elle, tous ces miroirs d'immortalité de la beauté mortelle, le marbre, la toile, l'estampe, montrent et réfléchissent à nos yeux les plus charmantes séductions de

(1) Mémoires du maréchal duc de Richelieu (par Soulavie). 1793, vol. IX. — Vie privée du maréchal de Richelieu. Paris, Buisson, 1791, vol. II.

(2) Lettres de la marquise du Deffand. 1812, vol. II.

(3) La Gazette de France annonce eu ces termes la présentation, t De Versailles, le 26 avril 1769. Le 22 de ce mois, la comtesse du Barri a eu l'honneur d'être présentée au Roi et à la Famille royale par la comtesse de Béarn. »

la forme, les plus délicats attraits, la plus mignonne perfection d'un corps et d'un visage, qui semblent réaliser l'idéal de la jolie femme française du dixhuitième siècle (1).

Ses cheveux étaient les plus beaux, les plus longs, les plus soyeux (2), les plus blonds du monde, et d'un blond cendré, et bouclés comme les cheveux d'un enfant, — des cheveux qui gardent au front de la femme comme une adorable survie delapetUe fille. Elle avait, contraste charmant! des sourcils bruns, et des cils bruns recourbés, frisant presque autour de ses yeux bleus, que l'on ne voyait presque jamais entièrement ouverts (3), et d'où coulaient de côté des œillades allongées, des regards à demi clos qui étaient le regard de la volupté. Puis c'était un petit nez finement taillé et l'arc retroussé d'une bouche délicieusement mignarde. C'était une peau, un teint, que le siècle comparait à une feuille de rose tombée dans du lait. C'était un cou cpii semblait le cou d'une statue antique, allongé par le Parmesan pour se balancer délicatement sur de rondes épaules

(1) Nous traçons ce portrait de madame du Barry surtout d'après les deux portraits de Drouais de la vente Devère (17 mars 1755), portraits qui nous semblent les originaux exposés au Salon de 1769.

(2) A la correspondance amoureuse de madame du Barry avec lord Seymour, possédée par M. Barrière, était jointe une mèche de cheveux de la favorite. J'ai pu toucher ces cheveux, je n'ai jamais rencontré de cheveux de créature humaine ressemblant aussi complètement à de la soie.

(3) Souvenirs de madame Yigée-Lebrun. Fournier, 1835, vol. I. — C'est bien là le regard minaudier, le regard en coulisse des deux portraits exposés par Drouais en 1769, et que critique le s^lonnier des Mémoires secrets sans avoir vu madame du Barry.

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